NOIR, NOIRE, adj. et subst.
NOIR,
NOIRE, adj. et subst.
I. Emploi adj.
A.  [Gén. postposé]
Caractérisé par l'absence de couleur (ou par une couleur très sombre) ou
bien par l'absence de lumière.
1. Caractérisé par l'absence de couleur (aucune radiation visible n'étant
réfléchie) ou par une couleur très sombre.
Rem. À strictement parler, noir ne désigne pas une couleur. Le
corps noir absorbe intégralement les rayons qu'il reçoit à sa surface. Mais
la langue retient le fait que le noir produit une impression visuelle analogue
à celle des couleurs et admet couramment la couleur noire.
a) Qui est de la couleur la plus sombre. L'épaisse et noire colonne
de fumée qui s'éleva (...) de la place du Vieux-Marché ( COPPÉE,
Bonne souffr., 1898, p.150). Là-bas, des petites taches noires disséminées.
Il regardait. Alors il remarquait que deux taches, d'abord assez distantes
l'une de l'autre, s'étaient rapprochées. C'étaient bien les taureaux ( MONTHERL.,
Bestiaires, 1926, p.434).
SYNT. De l'encre noire; crayon noir; étoffe, satin, velours, drap
noir(e); des vêtements noirs de veuve; robe noire; cheveux, cils, poils
noirs; yeux noirs; boule noire; perle noire; le tableau* noir; être noir de
cheveux; noir comme un corbeau*, une taupe, du jais; noir comme la suie, comme
de l'ébène.
Point
noir
 Synon. de comédon. Après
rinçage et séchage, dégraissage de la peau; expression des points noirs
pour éliminer le sébum ( QUILLET Méd. 1965,
p.303).
 ,,Petit nuage noir qui annonce
l'orage`` ( LITTRÉ).
Au fig. Menace d'échec,
de trouble, de malheur. La richesse terrienne n'est point exposée aux
vicissitudes qui sont le point noir des valeurs de bourse ( CHÂTEAUBRIANT,
Lourdines, 1911, p.130).
Néol. ,,Sur une route:
croisement, virage, etc., très dangereux`` ( GILB.
1980).
Moines noirs.
V. moine I A. Bénédictin noir. On vit bientôt se présenter au château
un noir Bénédictin aux yeux de braise ardente ( BOYLESVE,
Leçon d'amour, 1902, p.241).
HIST. Parti
noir (celui des députés de l'Assemblée constituante qui siégeaient
plus à droite que les monarchistes, et qui arboraient en 1789 une cocarde
noire [d'apr. Lar. Lang. fr.]). Blousons noirs. V. fan
ex. Drapeau* noir. Chemises noires (celles des fascistes et p.méton.
les fascistes eux-mêmes). L'action directe des chemises noires s'exerce
plus d'une fois contre les sièges de journaux adverses ( Civilis. écr.,
1939, p.38-16). Terrorisme noir. Quels sigles terroristes vont donc dominer
la scène italienne? Les «rouges» ou les «noirs»? Le «front armé» de
gauche ou celui de droite? Le terrorisme noir a fait le premier sa rentrée
politique: le 2 août à Bologne (quatre-vingt-quatre morts), puis le 2
septembre, à Rome, avec l'assassinat de Maurizio Di Leo ( Le Nouvel
Observateur, 20 sept. 1980, p.53, col. 2).
PHYS. Corps
noir. ,,Modèle théorique imaginé par les physiciens pour ses propriétés
simples et qui est supposé absorber tout un rayonnement reçu par sa surface,
laquelle, par conséquent, ne diffuse ni ne réfléchit`` ( MULLER
1966, s.v. corps noir).
Locutions
Marquer qqc. d'un
caillou noir (rare). Considérer quelque chose comme défavorable (v. caillou
B 2 c). Les jours à marquer d'un caillou noir, il ignorait toujours que c'étaient
ceux où elle avait vainement attendu la lettre de Ludwig ( PEYRÉ,
Matterhorn, 1939, p.96).
Bête noire. V.
bête1 II C 1 b et II C 2 a.
Qqn1/qqc.1
est la bête noire de qqn2. Quelqu'un a quelqu'un ou quelque
chose en horreur. M. Bremond est un pur mystique. La raison est sa bête
noire ( BREMOND, Poés. pure, 1926, p.42). Ils
ne m'aimaient pas, ces Delahaie. Leur bête noire, voilà ce que j'étais.
Leur bête noire! ( DUHAMEL, Notaire Havre,
1933, p.39).
En partic. [En
parlant des produits qui servent à donner la couleur noire] Colorant noir;
laque noire. Le pigment noir qui donne la couleur aux encres est obtenu par
combustion incomplète de matières animales, minérales ou végétales ( BÉG.
Estampe 1977).
b) P. ext. Qui est d'une couleur foncée. Le reste nous était
caché par des mamelons couverts de noires forêts de pins ( LAMART.,
Voy. Orient, t.2, 1835, p.80). Le chien s'appelait Noiraud parce qu'il
était noir ( AYMÉ, Jument, 1933, p.73).
[En parlant d'un
lieu] Être noir de monde. Les gradins noirs de gens ( CLADEL,
Ompdrailles, 1879, p.122).
En partic.
(dans des loc. nom. plus ou moins figées où noir ne peut guère être
modifié par un adv.).
Boîte noire. V. boîte
I B 2 b.
Habit noir (vieilli). Vêtement
habillé, tenue de cérémonie. Rumphius, l'égyptologue, conservait, même
sous ce brûlant climat, l'habit noir traditionnel du savant avec ses pans
flasques, son collet recroquevillé, ses boutons éraillés ( GAUTIER,
Rom. momie, 1858, p.153).
Lunettes noires. Synon.
lunettes de soleil. V. lunette C 1 a.
Marée* noire. Or* noir.
Pierre noire. À la
Mecque, pierre en basalte ou en lave qui fut apportée à Abraham par Gabriel.
De longues caravanes de pèlerins traversent tous les ans une partie de
l'Asie pour aller baiser une pierre noire à La Mecque ( BERN.
DE ST- P., Harm. nat., 1814, p.344).
Savon* noir.
Terres noires, sols
noirs. ,,Terme général et imprécis désignant des sols de couleur
noire, en général`` ( GEORGE 1970). Synon. tchernoziom.
Vierge noire. ,,Se
dit de certaines statues anciennes de la Vierge, généralement sculptées
dans le bois et qui sont de couleur très sombre. La Vierge noire du Puy
``( Ac. 1935).
Domaine de l' alim.
Blé* noir.
Beurre noir. Beurre
fondu et foncé à la chaleur. Elle sent la raie au beurre noir ( GONCOURT,
Journal, 1864, p.36). Au fig. Avoir, pocher les yeux au beurre noir.
V. beurre A.
Café* noir (p. oppos.
à café au lait et à café crème). Lieu* noir (p.
oppos. à lieu jaune). Morue* noire (p. oppos. à morue
blanche ou verte). Radis* noir (p. oppos. à radis rose).
Raisin noir (p. oppos. à raisin blanc). Pain* noir (p.oppos.
à pain blanc). Poivre* noir (p. oppos. à poivre rouge, gris
ou blanc).
(Viandes) noires. Viandes
qui tirent sur le noir, comme la chair du lièvre, p. oppos. aux
viandes blanches (veau, poulet). Quant à la volaille noire, telle que les
oies et canards , on peut, attendu la fermeté de leur peau, les exposer
sans inconvénient à un feu vif ( AUDOT, Cuisin.
campagne et ville, 1896, p.628).
MÉD. Maladie
noire (vx). ,,Le meloena ou la maladie noire que constitue
une hématémèse chronique`` ( Encyclop. méthod. Méd. t.10 1821). Sang
noir. Sang carboné ou caillé. Dans le ventricule, il y a un mélange
de sang noir, venant de l'oreillette droite, et de sang rouge venant de
l'oreillette gauche ( COUPIN, Animaux de nos pays,
1909, p.156). Ses mains avaient du sang noir séché sous les ongles ( MONTHERL.,
Bestiaires, 1926, p.563).
BOT., ZOOL. [Qualifie
des animaux ou des plantes caractérisés, pour tout ou partie, par leur
couleur plus foncée que d'autres de la même espèce] Race noire du Velay;
aigle, canard, milan, rat noir; macreuse noire; chêne, hêtre noir.
En emploi
adv. Le vieux cracha noir ( ZOLA, Germinal,
1885, p.1136).
c) P. exagér. Rendu foncé
Rendu foncé par
une meurtrissure. Elle ôta sa camisole pour montrer son dos et ses bras
noirs de coups ( ZOLA, Nana, 1880, p.1308).
Rendu foncé par
la saleté, la poussière, la pollution. Façade, maison noire; mains
noires; être noir de suie. De maigres doigts jaunes et noirs de boue ( RIMBAUD,
Poés., 1871, p.96). Une vieille femme, presque aveugle, y étalait
trois ou quatre sacs de lentilles et de haricots, noirs de poussière ( ZOLA,
Germinal, 1885, p.1363). Ces figures violettes de froid, noires de
crasse ( ADAM, Enf. Aust., 1902, p.84). Quand
les noires cités névropathes auront enfin rendu la vie des leurs intenable
( MONTHERL., Bestiaires, 1926, p.471).
 [En parlant d'une pers.] Des
ouvriers noirs de charbon ( ZOLA, Nana, 1880,
p.1455). Passe le noir mécanicien, chargé d'outils et de bidons ( ALAIN,
Propos, 1921, p.248).
Les gueules* noires. Pied(-)noir*.
Rendu foncé
par les rayons du soleil. Synon. basané, bronzé, hâlé. L'été,
j'ai les bras tout noirs ( AUDIBERTI, Mal court,
1947, II, p.155).
d) P. anal., rare. Caractérisé par l'absence d'harmoniques:
1. Les
instruments à percussion, timbales, grosse-caisse, font de grands
trous noirs [it. ds le texte] dans la masse [orchestrale]; le
roulement du tambour est grisâtre...
LAVIGNAC, Mus. et musiciens, 1895, p.213.
2. Caractérisé par l'absence de lumière, plongé dans l'obscurité.
Synon. sombre. Rues étroites et noires; pièce, entrée noire. Combien de
repos haletants sur les marches, dans le petit escalier noir et tortueux?
( MAUPASS., Contes et nouv., t.2, Mis. hum.,
1886, p.648). La façade de Saint-Jean, surmontée de statues qui
dansaient, profilaient leurs noires silhouettes ( ROLLAND,
J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1450).
Lumière
noire. V. lumière A 2 a. Il fait noir, nuit noire; à la nuit
noire. Il fait noir. On n'y voit goutte ( A. FRANCE,
Vie fleur, 1922, p.335). Il était nuit noire et Zarouk me répondit
(...) qu'il nous suffisait d'avancer dans la direction d'une grosse planète
bleu pâle qui se levait à l'horizon ( DUHAMEL, Suzanne,
1941, p.181).
Au fig. J'ouvre les yeux,
elle les ouvre et tout de suite il fait noir dans son coeur ( BEAUVOIR,
Mandarins, 1954, p.174).
Il fait noir
comme dans un four (v. four A); noir comme dans le cul d'un nègre
(vulg.).
Un temps
noir. Un temps très couvert. Un matelot m'avait volé ma montre. (...)
il s'était réfugié sur la troisième vergue, à quarante-quatre mètres du
pont. Il faisait un temps de cochon noir. L'homme avait son couteau ( AUDIBERTI,
Quoat, 1946, 2 e tabl., p.67).
[ P. méton.]
Silence noir. Silence
qui règne dans un lieu sombre ou sous un ciel couvert. Dans le grand
silence noir des arbres immobiles ( ZOLA, Débâcle,
1892, p.478).
Vent noir (région.).
Vent du nord, vent glacial qui règne par temps couvert. Synon. bise noire.
Dans les mois du vent noir et des brouillards plombés Les pétales du
vieil automne sont tombés ( SAMAIN, Chariot,
1900, p.40).
PHOT. Chambre
noire. Instrument d'optique où on ne laisse entrer les rayons lumineux
que par une ouverture étroite:
2. Mais la
photographie ne consiste pas seulement à former une image nette dans une chambre
noire, ou à la projeter sur un écran, il s'agit essentiellement de la
capter sur une surface sensible pour pouvoir obtenir un cliché négatif et
une épreuve.
PRINET, Phot., 1945, p.35.
ASTRON. Trou
noir. ,,Objet extrêmement dense, au point que les rayons lumineux ne
peuvent plus parvenir à un observateur lointain, du fait de la courbure de
l'espace introduite par cet objet`` ( Astron. 1973, s.v. trou noir).
MÉD. Voile
noir. ,,Trouble de la vision observé chez les aviateurs pilotant des
appareils rapides lors de virages serrés... (cécité passagère)`` ( Méd.
Biol. t.1 1970, s.v. anopsie des aviateurs).
B.  [Parfois antéposé]
Au fig.
1. Qui inspire de l'inquiétude, de la mélancolie; qui est
terrifiant. Noirs pressentiments; noires pensées; pessimisme noir. Un noir
chagrin dévore l'ame de Lusignan ( COTTIN, Mathilde,
t.2, 1805, p.264). Il est deux noirs instincts qui bravent la raison: Le goût
de suicide et la soif du poison ( AMIEL, Journal,
1866, p.255). Elle resta ensuite six mois très faible et tourmentée par
des idées noires ( JANET, Obsess. et psychasth.,
1903, p.36).
Faire un
tableau noir de la situation. Présenter une situation comme mauvaise. Le
commandant de la 2e armée me fit un tableau très noir de la
situation de son armée ( JOFFRE, Mém., t.1,
1931, p.408).
Série noire.
Suite d'événements malheureux. Allons, décidément, c'est la série
noire qui continue! ( BOURDET, Sexe faible,
1931, III, p.463).
Série à la noire
(rare). L'accident arrivé à son fils complète pour Christian une vraie série
à la noire ( A. DAUDET, Rois en exil, 1879,
p.446).
[En parlant du
moment où des événements fâcheux ont lieu] Aux jours noirs de l'été
40, dans la débâcle générale ( AMBRIÈRE, Gdes
vac., 1946, p.273):
3. ... la
Bourse venait de vivre une journée de débâcle. Un «mardi noir»,
disait-on déjà, par référence au triste «jeudi noir» de Wall
Street, qui avait donné le signal de la grande crise de 1929.
Le Nouvel Observateur, 18 oct. 1976, p.22, col. 2.
OEil, regard
noir. Regard irrité et menaçant. Arthur (...) me regardait d'un oeil
noir et farouche ( BRIZEUX, Marie, 1840,
p.78). Alban lui proposa son billet, mais le vieillard lui fit un oeil
noir, croyant qu'il s'agissait d'un revendeur suspect ( MONTHERL.,
Bestiaires, 1926, p.482). Madame de Curel me lance un regard noir
( GYP, Souv. pte fille, 1928, p.145).
En partic.
Littérature, série noire, roman noir. Qui évoque des péripéties
terrifiantes, notamment meurtrières. Aujourd'hui encore, je lis plus
volontiers les «Série Noire» que Wittgenstein ( SARTRE,
Mots, 1964, p.61).
Rem. Les romans de la «série noire» paraissent sous couverture
noire.
Humour* noir.
MÉD., vx.
Bile* noire, vapeurs* noires.
2. Qui est répréhensible, immoral ou illégal. Noirs projets,
desseins; noirs complots; noire ingratitude; méchanceté, âme noire. Le
monde est moins noir qu'il n'en a l'air. Les bons instincts y sont représentés
comme les mauvais ( AMIEL, Journal, 1866,
p.277). J'ai voulu tout avoir. Simplement. C'est le côté noir de ma vie
( J. BOUSQUET, Trad. du silence, 1935, p.22).
Argent noir (v. infra
II B 2 travail au noir). Il s'agissait de blanchir «l'argent noir»,
souci majeur des Américains ayant des ressources illicites ( Le Point,
12 janv. 1976, p.106, col. 3).
Bande noire. ,,Association
de spéculateurs, d'hommes d'affaires qui s'entendent pour acheter à bas prix
des propriétés, des objets mis en vente, qu'ils revendent ensuite à profits
communs très élevés`` ( Ac. 1935):
4. ... je
fais des voeux pour la bande noire (...). Je prie Dieu qu'elle
achète Chambord (...), qu'elle l'achète six millions (...) que le tout
soit revendu à huit millions à trois ou quatre mille familles (...). Je
trouve à cela beaucoup et de grands avantages pour le public et pour un
nombre infini de particuliers.
COURIER, Pamphlets pol., Disc. souscr. acquis.
de Chambord, 1821, p.85.
Caisse noire. Fonds qui
échappent à la comptabilité légale. Je vous demande un million de marks
à prélever sur notre caisse noire ( L. DAUDET, Ciel
de feu, 1934, p.246).
Liste noire. Liste des
suspects, des exclus. Tu seras inscrit, moralement, sur une liste noire, où
figurent les types nébuleux, incapables, comme ils disent, de faire un homme
d'état ( ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932,
p.155).
Magie* noire. Marché*
noir. Messe* noire.
Travail, salaire noir. ,,Clandestin,
en dehors de la légalité. S'adonner au travail noir`` ( GILB.
1980).
Il n'est pas si diable
qu'il est noir (vx). ,,Il n'est pas si méchant qu'il le paraît`` ( Ac.
1935).
Rendre noir (vx).
,,Diffamer, faire passer quelqu'un pour méchant, pour criminel. On l'a
rendu bien noir dans cette affaire`` ( Ac. 1935). Synon. noircir.
HIST. Le cabinet noir. ,,Bureau
du ministère de l'intérieur où sont envoyées les lettres de toute personne
compromise ou réputée hostile au gouvernement (...). Le cabinet noir a
fonctionné sous toutes les monarchies; supprimé à la révolution de juillet
1830, il fut rétabli sous le second empire`` ( FRANCE
1907).
3. Qui transgresse toute norme; qui atteint un état extrême. Une
misère noire. Au fond de la plus noire douleur j'ai surtout souffert de
trouver des limites à ma faculté de l'exprimer ( J.
BOUSQUET, Trad. du silence, 1935, p.25).
Être noir de
colère. Être dans une colère extrême. Henriette était noire de colère,
ses yeux carrés brûlaient les passants, les tramways, le ciel gris sur
lesquels ils se posaient ( TRIOLET, Prem. accroc,
1945, p.137).
Être noir de
rire. Être ivre de rire. Les autres étaient noirs de rire. Ils se
donnaient de grandes claques sur les cuisses pour mieux manifester leur joie
( GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p.64).
En partic.,
pop. Être noir. Être ivre. (Ds ESN. 1966). On
coursait les Allemands, on en ramassait qui étaient saouls, perdus, noirs
comme du cirage ( DORGELÈS ds Lar. Lang. fr.).
Et quand il a la fièvre Quand il est noir quand il est couché le
soir Des milliers et des milliers d'adresses Arrivent à toute vitesse et se
bagarrent dans sa mémoire ( PRÉVERT, Paroles,
1946, p.62).
La Peste
noire. Épidémie qui a ravagé l'Europe au XIVe
siècle. Le virus de la Peste Noire fut la cause première du dépeuplement
de l'Europe ( M. BLOCH, Apol. pour hist.,
1944, p.101).
C.  Qui appartient à
une race caractérisée essentiellement par la pigmentation très foncée de
la peau. Race noire; peuples noirs; hommes et femmes noirs; esclaves noirs.
Ce n'est pas parce que les hommes sont blancs ou noirs (...) qu'il leur faut
des lois; mais parce qu'ils sont ambitieux, avares, voluptueux, féroces ( BONALD,
Législ. primit., t.1, 1802, p.192). Une grande richesse a été
ajoutée, de main d'homme, d'homme blanc, noir ou jaune, sous la direction de
la France, à l'état primitif du Tonkin, du Congo et de Madagascar ( MAURRAS,
Kiel et Tanger, 1914, p.131).
[ P. méton.]
Propre à cette race, habité par elle. Le problème noir; l'âme noire; le
continent noir (l'Afrique); les quartiers noirs (de New York); art
noir, poésie noire (v. fonctionnel ex. de Sartre). Je songe au
drame hindou où l'affluence trop large et trop continue du sang noir provoque
une rupture constante d'équilibre ( FAURE, Espr.
formes, 1927, p.68).
II. Emploi subst.
A.  [Correspond à
supra I A] Au masc.
1. Couleur noire.
a) Caractère de ce qui est noir ( cf. noirceur). Peindre en
noir. Son manteau, d'un noir foncé, est semé d'étoiles et bordé d'une
frange lumineuse ( NERVAL, Filles feu, Isis,
1854, p.657). Ses grosses moustaches étaient d'un noir d'encre ( ZOLA,
Germinal, 1885, p.1200). Sous le ciel givré d'astres et d'un noir
bleuté insondable ( VAN DER MEERSCH, Invas. 14,
1935, p.271). Le noir absorbe la lumière et ne la rend pas. Il évoque,
avant tout, le chaos, le néant, le ciel nocturne, les ténèbres terrestres
de la nuit, le mal, l'angoisse, la tristesse, l'inconscience et la mort ( Symboles
1969).
ARTS. [En
parlant d'un tableau dont les couleurs ont noirci avec le temps] Pousser au
noir. Noircir. Les tableaux ont poussé au noir et le coloris en est
souvent peu agréable ( MÉNARD, Hist. beaux-arts,
1882, p.165).
En noir et
blanc. Anton. en couleurs. Film, reproduction, télévision en noir et
blanc. Cela fait 4 vol. in-8., illustrés de nombreuses reproductions en noir
et blanc des miniatures de Mir Muhammad ( CENDRARS, Bourlinguer,
1948, p.17).
Rem. Suivi d'un compl. déterm. ( noir d'ébène, noir de jais)
ou d'un adj. ou subst. apposé ( noir franc, noir jais), noir est
inv. et fonctionne comme substantif.
b) Matière colorante servant à teindre en noir. Noir d'acétylène,
d'aniline, de Prusse. C'est un de ces papiers enduits de noir de fumée ( CUREL,
Nouv. idole, 1899, II, 3, p.201). Le noir
animal s'obtient en calcinant des os en vase clos. En grains, il a des propriétés
décolorantes et désinfectantes; en poudre fine, il sert en teinture. Le noir
de fumée s'obtient en recueillant la fumée de bois résineux, d'huiles
impures, etc. Le noir d'ivoire résulte de la calcination d'ivoire pulvérisé.
Le noir de pêche, de la calcination de noyaux de pêche ( Lar. mén. 1926).
2. [Sert à désigner des parties d'objets ou des objets caractérisés
par la couleur noire]
[En parlant de vêtements,
de tentures, notamment pour marquer le deuil] Un vaste appartement tendu de
noir ( COTTIN, Mathilde, t.2, 1805, p.340). Elle
était tout en noir et voilée ( DUMAS fils, Dame
Cam., 1848, p.259). Un homme vêtu de noir ( PONSON
DU TERR., Rocambole, t.3, 1859, p.531).
[P. allus. à la
couleur noire de l'habit des prêtres] Quelques commentateurs ont soutenu
(...) que le Rouge et le Noir [ titre du roman de Stendhal, 1830]
désignent le prêtre et le bourreau ou la tache sanglante dont sera éclaboussée
la soutane noire. D'autres ont émis l'hypothèse que ces couleurs
soulignaient le conflit des idées de la gauche libérale avec les menées des
prêtres (...). Beyle de son côté (...) aurait donné une explication aussi
plausible: Le Rouge signifierait que venu plus tôt Julien Sorel eût
été soldat, mais, que dans l'époque où il vécut, il dut se faire prêtre,
de là le Noir ( H. MARTINEAU (introd., 1955) ds STENDHAL,
Rouge et Noir, Paris, Garnier, p. IX).
Fam. Noir,
petit noir. Café noir. Le petit noir est un café fabriqué dans des
conditions extrêmement simples, lesquelles permettent de le débiter au prix
très modique de dix centimes le bol. Été comme hiver, la marchande de
petits noirs est à son poste ( Comic-Finance, 14 janv. 1869, 2 e
année, numéro 2 ds QUEM. DDL t.18).
ARTS GRAPH. Parties
noires d'un dessin, d'un tableau. Par ses grands blancs et ses noirs
profonds, elle [ l'héliogravure] rend avec vigueur les
contrastes ( Civilis. écr., 1939, p.10-13). Les
parties d'un dessin ou d'une gravure en noir et blanc, qui sont dessinées ou
imprimées très fortement par rapport aux blancs du papier et aux parties
plus légèrement traitées. On oppose les noirs d'un dessin aux clairs,
parfois aux blancs ou aux lumières ( BÉG. Dessin
1978).
Noir au blanc. ,,Impression
dont le fond est noir et les textes et illustrations blancs. Il s'agit donc
d'une inversion des valeurs d'une impression, c'est pourquoi le noir au blanc
est souvent nommé «texte composé ou dessiné réclamé en inversion`` ( CHAM.
1969). Synon. (sur écran cathodique) vidéo* inverse.
,,Centre
d'une carte, d'une cible où il y a un cercle noir dans lequel les tireurs
cherchent à mettre le coup`` ( LITTRÉ).
Fam., vieilli. Mettre dans le noir. Réussir. Synon. mettre dans le
mille*. (Ds DG).
Mettre les
choses noir sur blanc. Par écrit. J'aime (...) à mettre les choses
noir sur blanc. Mais quand j'essaie de commencer un rapport, la plume me tombe
des mains ( GRACQ, Syrtes, 1951, p.101).
Passer, aller
du blanc au noir. ,,Passer d'une opinion à l'opinion contraire, passer
d'une extrémité à l'autre`` ( Ac. 1798-1878). Si vous lui dites
blanc, il répondra noir. ,,Il se plaît à contredire`` ( Ac.
1878). Les deux ministres se contredisaient, l'un disant blanc, l'autre
disant noir ( MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914,
p.222).
Être au
noir. ,,Expression de marine signifiant pour un navire pétrolier qu'il
transporte des produits noirs [les produits pétroliers les plus denses]`` ( Pétrol.
1964).
AGRIC. Le
noir des céréales. ,,Maladie des céréales et spécialement du froment,
produite par un champignon ( puccinie des graminées, uredo frumenti)``
( LITTRÉ). Au milieu des grains de lupuline [ du
houblon], on recherche les vestiges de maladie et notamment du miellat
et du noir ( BOULLANGER, Malt., brass., 1934,
p.63).
Meurtrissure ( supra
I A 1 c). Synon. bleu:
5. Non,
Monsieur, laissez-moi, je ne joue plus avec vous. Et
pourquoi, ma grosse Victoire? Parce
que vous me pincez. Oh! si
doucement. Avec ça! J'ai
le derrière couvert de noirs.
Les Propos du Commandeur ds FRANCE 1907.
Arg. ,,L'opium.
[argot des opiomanes]`` ( SANDRY, CARRÈRE, Dict. arg.
mod., 1953, p.218). P. oppos. à la blanche, «la cocaïne».
3. Obscurité, ténèbres. Il donnait des signes d'inquiétude,
sondait anxieusement le noir autour de lui ( COURTELINE,
Train 8h 47, 1888, 2 e part., III,
p.117). La nuit sidérale, impolluée, le noir absolu, lisse, vide, stérile
( BERNANOS, Joie, 1929, p.642). Tremblant de
peur comme un enfant dans le noir ( PRÉVERT, Paroles,
1946, p.166).
Pot(-)au(-)noir. V. pot1.
B. Au fig., au
masc.
1. [Suggère la tristesse, la mélancolie, l'inquiétude] Pousser
les choses au noir. À ses yeux, ce mot cruel la cinquantaine jetait du
noir sur toute sa vie ( STENDHAL, Chartreuse,
1839, p.126). N'a-t-elle pas cédé un peu vite, et surtout depuis l'envoi
de mes présents?... Bon, je vois les choses trop en noir, et je ne devrais
songer plutôt qu'à préparer ma rhétorique amoureuse ( NERVAL,
Filles feu, Corilla, 1854, p.666). Mais elle, qui ne bouge pas de la
maison, aperçoit mieux que lui le noir des journées prochaines ( GENEVOIX,
Raboliot, 1925, p.231).
Broyer* du noir. Vx. Faire
du noir. S'enfoncer dans le noir, dans son noir ( Ac. 1798-1878).
Pop. Être
dans son noir. ,,Être taciturne,... dans son jour de mauvaise humeur`` ( HAUTEL
t.2 1808).
2. [Suggère l'idée d'illégalité, de normes transgressées]
Fam.
Travailler au noir, travail au noir. En France, les lois n'interdisent
pas aux cover-girls étrangères de venir travailler «au noir» pendant trois
mois ( Le Nouvel Observateur, 15 juin 1966, p.27, col. 3).
3. [Suggère l'incompréhension] Être dans le noir, être dans le
noir le plus complet. ,,Ne rien comprendre à quelque chose, ne plus s'y
retrouver`` ( REY- CHANTR. Expr.
1979). Anton. y voir clair.
C.  [Désigne des
pers.] Au masc. ou au fém.
1. Homme ou femme de race noire. Chez les Noirs, dans la morne
Afrique, ou chez les Jaunes, au fond de l'effrayante Asie ( COPPÉE,
Bonne souffr., 1898, p.73). Le sens du rythme qui caractérise le
Noir ( FAURE, Espr. formes, 1927, p.97). Victime
de la traite des Noirs et de l'esclavage, (...) Atar-Gull fut transporté
(...) à la Jamaïque ( SUE, Atar-Gull, 1831,
p.37).
Rem. Noir/nègre. ,,Pour désigner les peuples de race noire,
ces deux mots sont synonymes... Néanmoins le second terme ( nègre) étant
considéré par les Noirs eux-mêmes comme péjoratif, on emploie le premier
de préférence`` ( THOMAS 1956). V. aussi nègre
I A rem. pour l'usage actuel.
2. Vx. Homme ou femme de race blanche qui a le teint ou les
cheveux noirs. Il a épousé une brune, ou plutôt une noire ( Lar.
19e).
3. HIST. Les noirs. ,,S'est dit des membres du côté droit de
l'assemblée constituante, pendant qu'elle siégea au Manége: les membres du
côté gauche furent appelés les blancs. Les modérés étaient appelés impartiaux
noirs ou impartiaux blancs, selon le côté vers lequel ils
penchaient`` ( Ac. Compl. 1842).
REM. 1. Noirement, adv., littér., rare. a) [Correspond à supra
I A] Hapax. En noir. On trouve assez aisément l'Imitation de
Corneille (...) en de nobles in-quartos (...), noirement et largement imprimés
( VALÉRY, Pièces sur art, 1931, p.31). b) [Correspond
à supra I B] a/) De manière inquiétante, menaçante. La
destinée, jusqu'alors simplement impitoyable, se manifeste! (...) noirement
atroce ( BLOY, Désesp., 1886, p.66). b/) De
manière triste, sombre. Et la perspective de la rentrée, dans la maison,
de Judith, qu'Estelle déteste (...) rend le ménage noirement songeur ( GONCOURT,
Journal, 1872, p.906). 2. Noirien, noirin, noireau, noirot, subst.
masc. Cépage à raisins noirs cultivé en Languedoc et en basse Bourgogne ( noirien),
en Beaujolais et dans le Forez ( noireau) (d'apr. FÉN.
1970). Une grappe de «noirot», raisins à jus très noir ( MENON,
LECOTTÉ, Vill. Fr., 2, 1954, p.75). Le groupe des noiriens
avec le pinot, le gamay, le chardonnay... ( LEVADOUX,
Vigne, 1961, p.30). 3. Noirouffe, adj., pop. D'un noir foncé. Les
toutes petites briques jaunes des murs, lesquelles briques jaunes deviennent
au bout de très peu de temps obscurément rougeâtres, puis tout à fait
noirouffes ( VERLAINE, Corresp., t.1, 1872,
p.78). Voir ID., Souv. et fantais., 1896, p.259.
4. Noir(e)té, (Noirté, Noireté)subst. fém., rare, région.
Obscurité de la nuit tombante. Ils sont toute la journée dehors, et
quelquefois encore à la noirté ( GENEVOIX, Raboliot,
1925, p.315). 5. Noirpiaud, -aude, subst. ,,Un noirpiaud, dans le
patois de la Thiérache, est un individu à teint sombre`` ( A.
LEFEBVRE ds RHEIMS 1969). V. noiraud. Tu
ne criais pas quand on te battait. Dis, noirpiaude, vilaine! ( CLAUDEL,
Violaine, 1892, I, p.503).
Prononc. et Orth.: [  ].
Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adj. A. Sens
phys. 1. a) ca 1100 neir «se dit d'un corps qui ne réfléchit
aucun rayon lumineux» ( Roland, éd. J. Bédier, 982); ca 1160 noir
( Enéas, éd. J. J. Salverda de Grave, 4012); b) ca 1393
«se dit de vêtements, en signe de deuil» ( Ménagier de Paris, éd.
Sté Bibliophiles fr., t.2, p.123: robes noires); c) [ ca
1675 fig. bête «objet d'aversion» ( RETZ, Mémoires
ds OEuvres, éd. A. Feillet, t.1, p.224: Montrésor, qui étoit sa bête)]
1750 bête noire ( FOUGERET DE MONBRON, Le
Cosmopolite, p.61); d) 1790 hist. les Noirs ( Motion du père
Gérard, Pamphlet, 27 avr., in AULARD, La
Société des Jacobins, I, 64, Jouaust ds QUEM. DDL
t.11); e) 1859 le noir «le café» ( MONSELET, Le
Musée secret de Paris, 78-79 ds QUEM. DDL
t.21); 1867 un petit noir ( GONCOURT, Man.
Salomon, p.364); 1874 café noir ( Lar. 19e); f)
1904 phys. corps noir ( Le Radium, nov. p.141); 2. ca
1100 neir «de race noire» ( Roland, 1917: la neire
gent); 1742 Code noir «édit de mars 1685 concernant le statut des
esclaves noirs dans les colonies» ( DUBOS, Hist.
crit. de l'établissement de la monarchie fr. dans les Gaules, t.2,
p.380); 3. a) ca 1120 neir «privé de lumière, plongé
dans l'obscurité» ( St Brandan, éd. I. Short et B. Merrilees, 1104: neir
calin); b) 1 re moitié XIVe
s. [date ms.] expr. il fait noir ( ADENET LE ROI, Berte,
éd. A.Henry, 960: Jusqu'a tant que noir fist); c) 1758 opt. chambre
noire ( ROUSSEAU, Lettres à M. d'Alembert sur
les spectacles, p.82); c) 1835 cabinet noir ( Ac., s.v.
cabinet); 4. a) ca 1160 noir «d'une couleur très
foncée» ( Enéas, 2270: char noire); b) 1546 pocher
les yeux au beurre noir ( RABELAIS, Tiers Livre,
chap.XX, éd. M. A. Screech, p.149, 122: il m'a presque poché les oeilz au
beurre noir); c) 1690 «meurtri» ( FUR.:
femme [...] toute noire de coups); d) 1690 «sale» ( ibid.:
mains [...] toutes noires de crasse); 5. ca 1174 neir
«qui est plus sombre (dans son genre)» ( ÉTIENNE DE FOUGÈRES,
Livre des manières, éd. R. A. Lodge, 703: pein de neire
paste); 1343 pain noir ( VARIN, Arch. admin.
de Reims, t.2, p.888); 1530 savon noir ( PALSGR.,
p.198b); 6. a) 2 e moitié XVIe
s. anc. méd. bile noire ( A. PARÉ, éd. J. Fr.
Malgaigne, t.3, p.157a); b) 1604 humeur noire ( MONTCHRESTIEN,
Reine d'Écosse, p.75); 7. 1898 arg. «ivre» (arg. des
typographes, s. réf. ds ESN.); 1901 ( BRUANT,
p.270 [arg. des lithographes]). B. Sens moral 1. a) 1 re
moitié XIIe s. neir «mauvais, méchant»
( Lapidaires, éd. P. Studer et J. Evans, FFV 721, p.58); b) a/ )
1630 magie noire (v. magie); b/ ) 1816 roman noir ( J.
des Débats, 8 août ds MACK. t.1, p.202); c/ )
1857-67 messe noire ( BAUDEL., Fl. du Mal,
p.283); d/ ) 1939 humour noir (v. humour); 2. 1160-74
noir «triste» ( WACE, Rou, éd. A. J.
Holden, II, 3462: le cuer noir); 3. a) ca 1175 neire
ire ( Chronique Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 18081); 1563 cholère
noire ( PALISSY, Recepte, p.124); b)
1640 regarder noir «regarder d'un oeil plein de colère» ( OUDIN
Curiositez, p.372); 4. 1678 «entaché dans sa réputation»
( LA FONTAINE, Fables, VII, I, 64); 5.
Mystérieux, caché, clandestin a) 1702 liste noire (v. liste);
b) 1882 caisse noire (v. caisse); c) 1941 marché
noir ( M. DÉAT ds L'OEuvre, 3 févr.); d)
1963 travail noir ( Lar. encyclop.). II. Subst. A.
Sens physique 1. a) 1 re moitié XIIe
s. neir «couleur noire» ( Lapidaires, éd. citée, FFV 400,
p.43); b) dernier quart du XIVe s. noir
«la couleur noire, signe de deuil» ( FROISSART, Chroniques,
l. I, § 513, éd. S. Luce, t.6, p.108); 2. a) ca 1130 neir
«partie noire de quelque chose» ( Gormont et Isembart, éd. A. Bayot,
93); b) 1704 «centre d'une cible» ( Trév.); c) 1817 art
«partie noire d'un tableau, d'un dessin» ( STENDHAL,
Hist. peint. Ital., t.1, p.219); 3. ca 1200 «obscurité, ténèbres»
( RAIMBERT DE PARIS, Ogier le Danois, éd. J.
Barrois, 9069); 4. Matière colorante noire a) 1260 noir de
chaudière ( ÉTIENNE BOILEAU, Métiers, éd.
G.-B. Depping, Titre L, p.119); b) XIVe
s. noir «fard, maquillage» ( Moamin, éd. H. Tjerneld, II, 48,
20); c) 1620 noir de fumée ( MAYERNE, Pictoria,
éd. Berger, p.210); d) 1825 noir animal ( Annales de chim. et
de phys., t.XXVIII, p.183 ds Fonds BARBIER);
5. 1556 «personne de race noire» ( J. TEMPORAL,
trad. : J. LÉON AFRICAIN, Description de l'Afrique,
I, 5 ds QUEM. DDL t.21); 6. 1818 «maladie
des plantes» ( Nouv. dict. d'hist. nat. ds FEW t.7, p.131a). B.
Sens moral 1. 1756 broyer du noir ([ GRANDVAL],
Le Tempérament, 15, Au Grand Caire ds QUEM. DDL
t.19); 2. 1875 «ce que l'on ne comprend pas» ( ZOLA, Faute
Abbé Mouret, p.142: je ne vois que du noir). Du lat. niger
«noir; sombre; funèbre, funeste; perfide». Au sens I A 6 a, bile noire
est la trad. du gr. 
(v. mélancolie et atrabile). Fréq. abs. littér.: 25476.
Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a)
23556, b) 52005; XXe s.: a) 44486, b) 33626.
Bbg. ESKENAZI (A.). Blanc et noir. B.
Soc. Ling. 1977, t.72, pp.XV-XIX. GRUNDT
(L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972,
pp.249-253. KADIMA- TSHIMANGA.
La Société ds le vocab.: Blancs, Noirs et Évolués. MOTS.
1982, n o 5, pp.25-50. KRISTOL
(A.M.). Color. Berne, 1978, pp.95-146.
QUEM. DDL t.3, 11, 20, 21.
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