Recherche

Construction du RLF et la dimension diatopique du lexique

Dans le cadre de mon projet de recherche postdoctorale menée dans l'équipe « Lexique » de l'Atilf, je mets actuellement en place une méthode d’intégration de la dimension diatopique du lexique dans le cadre de la préparation du Réseau Lexical du Français (RLF), et cherche à mettre en place une méthodologie adaptée. Donnant suite aux travaux en lexicographie synchronique du laboratoire avec le « Trésor de la langue française », le dictionnaire, une ressource numérisée appelée à devenir un modèle lexical générique, vise à rendre compte du noyau commun du français contemporain (années 1950 à 2010) avec ses unités lexicales et ses cooccurrences les plus consensuelles.
Compte tenu de l’état d’avancement de la recherche en sociolinguistique, et en lexicologie variationnelle en particulier, une ressource lexicale de cette ampleur doit aussi rendre justice aux diatopismes les plus usuels. Dans cette optique, des contraintes pratiques ont fait opté, dans une première phase, pour décrire le français hexagonal – auquel se voit associer la norme collective générale, et pour lequel on dispose déjà d’un grand ensemble de données textuelles exploitables. La description des diatopismes qui caractérisent l’usage en France se fera par rapport aux autres français dans la francophonie, sans prendre en compte les emplois à restriction d’usage à l’intérieur du pays.
Le modèle de microstructure que je vise à développer doit permettre de rendre compte des diverses valeurs qui caractérisent les usages, au niveau de leur forme et de leur sens, de leur combinatoire, de leur fonctionnement grammatical, de leur aréologie, de leur niveau de langue, et des liens paradigmatiques qu'ils affichent dans les variétés différentes. Le modèle en préparation se veut aussi être applicable et adaptable à d’autres dimensions variationnelles de la langue dans le même dictionnaire – sur les plans chronologique, diaphasique, diastratique, et diamésique.
Un aspect qui nécessite un investissement particulier est lié à la problématique de l’exploitation des corpus. Dans une nouvelle génération de dictionnaires du français général, les diatopismes – de France et d’ailleurs – ne peuvent plus s’identifier et se définir par rapport au français des autres dictionnaires, mais doit se faire dans une optique panfrancophone, par la comparaison des réalisations discursives concrètes des français à travers la francophonie. Dans cette optique, il est prévu d’exploiter des corpus francophones d’envergure qui soient adaptés à une telle recherche, y compris par leur compatibilité et leurs annotations – corpus qu’il importe à moyen terme à rassembler ou à établir afin de permettre une exploitation critique pour une lexicographie moderne.

Lexicologie variationnelle : l'étude de diatopismes en français contemporain

Dans le domaine de la linguistique française, mes travaux se situent sur trois axes principaux, tous représentés dans mon travail doctoral.
En lexicologie historique galloromane, variationnelle, mes recherches portent d’abord sur l’étude des régionalismes en français contemporain. Outre une première description du français dominiquais aux Antilles que j'ai proposée (voir Wissner 2011), j’ai surtout analysé les diatopismes du français dans le Centre-Ouest de la France. L'analyse en synchronie et en diachronie a été entreprise à partir des sources lexicographiques et textuelles galloromanes, surtout françaises, mais aussi à partir d’enquêtes sociolinguistiques sur le terrain - les premières de ce genre en France.
Mon travail doctoral m’a en outre amenée à élaborer une introduction à la lexicographie variationnelle, et à proposer une modélisation des réalisations (méta-)discursives de diatopismes du français dans le discours littéraire contemporain. J'ai pour cela articulées les avancées de la lexicologie variationnelle avec celles de l’analyse du discours littéraire, et de la sociologie, l’analyse et la stylistique littéraires (voir Wissner 2010a).