laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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FEDER

Mots du TLFI

GALÈRE, subst. fém.


GALÈRE, subst. fém.
A. 1. MAR., HIST.
a) Bâtiment de guerre, long et étroit, à un ou plusieurs rangs de rames et à voiles, en usage dans l’Antiquité. Galère barbaresque ; galère à un rang de rames, à deux rangs de rames (birème), à trois rangs de rames (trirème). À la bataille navale de Salamine, nous voyons déjà l’éperon figurer comme l’arme la plus redoutable des galères de Thémistocle (LEDIEU, CADIAT, Nouv. matér. nav., 1899, p. 498). Ce que nous apprenons (...) de ses vaisseaux [de Carthage deux siècles avant notre ère] ne les montre pas différents de ceux qui, au même siècle, étaient construits à Alexandrie, voiliers de commerce ou galères de guerre à trois, quatre ou cinq rangs de rameurs (P. ROUSSEAU, Hist. transp., 1961, p. 103) :

1. Dans l’ombre, avec ses membrures apparentes, la carène de la galère semblait la carcasse renversée d’un léviathan. C’était une trirème. Les Thranites, sur le pont, abrités du soleil par une tente, manœuvraient à trois des avirons longs et minces...
MILLE, Barnavaux, 1908, p. 300.

b) Bâtiment de guerre ou de commerce, en usage au Moyen Âge et jusqu’au XVIIIe siècle, ponté, long et à faible tirant d’eau, gréé à la latine, marchant ordinairement à rames :

2. Pas de flotte si, à côté du navire à voiles, jouet du vent, et pour le remorquer au besoin, on n’a pas le navire qui va où il veut, soit par la rame, soit par la vapeur ; les galères étaient alors à la marine ce que sont aujourd’hui les steamers. Il fallait donc des galères...
HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 694.

SYNT. Armer, commander, construire, équiper une galère ; banc, bec, coursier, éperon, étendard, poupe, proue, rames de galère ; chiourme, comité, forçat, soldat de galère.
c) Locutions
Galère capitane*
Vx. Tenir galère. ,,Armer une galère à ses frais`` (Ac.).
Ancre en galère. Ancre frappée sur son grelin et installée sous le beaupré. Notre ancre placée en galère sous le beaupré put être mouillée sur-le-champ (FREYCINET, Voy. autour du monde, 1826, p. 164).
Vogue la galère(!) Arrive ce qui pourra. Les filles ne sont pas d’un facile débit Tandis que les garçons, lorsqu’on ne sait qu’en faire, On les fait avocats, et vogue la galère ! (E. AUGIER, Homme de bien, 1845, p. 123).
Loc. proverbiale. [P. allus. aux Fourberies de Scapin (II, 7) de Molière]. Que diable allait-il faire dans cette galère ? Pour signifier que l’on ne comprend pas comment et pourquoi quelqu’un s’est engagé dans une affaire suspecte, dans une mésaventure. Que Brunetière écrive Sur les chemins de la croyance : c’est déjà (...) fort, mais ça s’explique encore (...). Mais ce qui me renversait c’était Huysmans. Que diable allait-il faire dans cette galère ? (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1905, p. 72). « Que diable allions-nous faire dans cette galère ? » Nous y sommes, il s’agit d’en sortir. Les ruines sont faites, les fautes sont faites, les dettes sont faites (ALAIN, Propos, 1924, p. 629).
2. Au plur. Peine des galères ou p. ell. galères. Peine de ceux qui étaient condamnés à ramer sur les galères de l’État. Condamner qqn aux galères ; encourir les galères. Les ministres du culte, et ceux qu’on appelait les relaps, étaient condamnés aux galères ou à la mort (...). Des injustices de tout genre ont signalé ce règne de Louis XIV (STAËL, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 32) :

3. Colbert faisait faire par les intendants de province et par les parlements le plus de forçats qu’il pouvait (...). Un homme gardait son chapeau sur sa tête devant une procession, attitude huguenote ; on l’envoyait aux galères. On rencontrait un enfant dans la rue, pourvu qu’il eût quinze ans et qu’il ne sût où coucher, on l’envoyait aux galères.
HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 694.

P. ext. Peine des travaux forcés (après la suppression de la peine des galères en 1791). Tous ces célibataires fouettant les petits garçons et confessant les filles me sont un peu suspects. (...) les frères fouetteurs, il faudrait, sauf meilleur avis, les mettre aux galères (COURIER, Pamphlets pol., Livret de Paul-Louis, vigneron, 1823, p. 167) :

4. Les ecclésiastiques de la Seine-Inférieure se signalent par leurs débordements. Le vicaire d’Harfleur vient d’être condamné à vingt ans de galères pour avoir effondré plusieurs de ses jeunes paroissiens.
FLAUB., Corresp., 1873, p. 92.

3. Au fig. Lieu, état, situation dans lequel la vie est particulièrement pénible. Mener une vie de galère. Personne maintenant ne veut être soldat. Ce métier, sous les nobles, sans espoir d’avancement, est une galère, un supplice à qui s’en peut exempter : on aime encore mieux être prêtre (COURIER, Pamphlets pol., Gaz. vill., 1823, p. 183). Le tourbillon politique qui tournoie autour de nous ne me laisse pas une minute. La vie est une galère (LAMART., Corresp., 1835, p. 96).
B. P. anal.
1. Anc. Voiture non suspendue qui était en usage en Espagne. Galère à brancard, à quatre roues. La galère justifie parfaitement son nom : c’est une charrette à deux ou quatre roues, qui n’a ni fond ni plancher (GAUTIER, Tra los montes, 1843, p. 60).
2. Spécialement
a) HORTIC. ,,Petite charrue à roulettes qui sert à ratisser et unir le sol`` (PLAIS.-CAILL. 1958). Au printemps éclaté, le terrain est hersé, nivelé, roulé, enfin piqueté. Puis on le divise en pièces, on creuse les allées à coups de galère, afin d’assurer l’écoulement des eaux (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 108).
b) CHIM. Long fourneau en briques réfractaires ; fourneau à réverbère (cf. DUVAL 1959).
c) ZOOL. Synon. de physalie. Une autre espèce vogue à l’aide du vent : on la nomme galère ; elle est de la forme d’un œuf, et surmontée, dans sa plus grande longueur, par une membrane transparente qui lui sert de voile (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 193). Dans ces eaux des Antilles, (...) que de produits intéressants j’eus à signaler (...). C’étaient, entre autres zoophytes, des galères connues sous le nom de physalies-pélagiques (VERNE, Vingt mille lieues, t. 2, 1870, p. 204).
Prononc. et Orth. : []. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1402 « navire de guerre à rames » (Conquête des Canaries par J. de Béthencourt, chap. 82 ds JAL) ; av. 1520 gallere « bateau à rames » (Seyssel, trad. d’APPIAN, Guerres civiles, éd. 1544, 201 ds DELB. Notes mss) ; 2. 1549 estre condemné aux galeres (EST.). Empr. au cat. galera, attesté au sens 1 dep. 1237 (gualera, d’apr. H. et R. Kahane ds Mél. Wartburg (W. von) 1958, p. 437), issu de galea (galée*) par adaptation du suff. V. Vidos ds Z. fr. Spr. Lit. t. 58, pp. 462-476 ; KAHANE Byzanz, I, 412. Fréq. abs. littér. : 541. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 1 036, b) 1 278 ; XXe s. : a) 409, b) 484. Bbg. KEMNA 1901, pp. 126-128. - LA LANDELLE (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p. 33, 72, 116. - POTTIER (B.). Mots d’emprunt : galère. Fr. mod. 1949, t. 17, p. 64 - QUEM. DDL t. 1, 5, 10. - VIDOS 1939, p. 284, 421.

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