laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
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Mots du TLFI

MOBILE, adj. et subst.masc.


MOBILE, adj. et subst.masc.
I. Adj., le plus souvent postposé. Qui se déplace ou peut être déplacé.
A. [Par rapport à un lieu, à une position]
1. [En parlant d’un inanimé] Nouvelle presse maniable, légère, mobile, portative, à mettre dans la poche (COURIER, Pamphlets pol., Au réd. « Censeur », 1820, p.36). Un mal qu’il avait eu autrefois dans la moelle, un mal mobile, de l’orteil au genou, lui donnant l’envie de décrocher le fusil et de se tirer à la jambe (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p.24) :

1. Le jour où Copernic a prouvé que ce qu’on croyait le plus stable était en mouvement, que ce qu’on croyait mobile était fixe, il nous a montré combien pouvaient être trompeurs les raisonnements enfantins qui sortent directement des données immédiates de nos sens...
H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p.163.

Maison mobile. Maison construite de telle manière qu’elle puisse être déplacée. P. anal. Petit camion aménagé pour servir de logement. Nous ne construisons que 8 000 maisons mobiles par an, constate M. Michel Bernard, délégué général de la Chambre syndicale des professionnels, alors qu’il y a plus de 100 000 acheteurs potentiels dans toute la France (L’Express, 14 sept. 1970, p.94, col. 3).
2. [En parlant d’un animé] Anton. sédentaire. Main d’oeuvre mobile. Un organisme qui est animal, c’est-à-dire mobile, pourra en effet profiter de sa mobilité pour aller chercher des animaux sans défense et s’en repaître (BERGSON, Évol. créatr., 1907, p.132) :

2. Le Comte Capo d’Istria, nommé président de la république au commencement de l’année 1828, établit le siége du gouvernement dans le village d’Égine. La population mobile et remuante qui recherche les emplois publics s’y porta en masse ; on y construisit force maisons, et le village devint une ville.
ABOUT, Grèce, 1854, p.226.

Domaine milit. [À propos d’un corps milit.] Qui est apte à se déplacer facilement. Colonne, escadron mobile. Escadrons de gendarmerie mobile réunis en légions et en groupes régionaux (BELORGEY, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p.300).
En partic. Garde mobile.
a) [Correspond à garde1]
) HIST. Corps de troupe de la Garde nationale de 1848 à 1871. On rencontrait la garde nationale qui s’en allait ; la garde mobile, sur le pont, avait la crosse de ses fusils en l’air (GONCOURT, Journal, 1848, p.32).
Emploi subst., p.ell. Le moral de la mobile et de l’armée est complètement changé (GONCOURT, Journal, 1870, p.681).
) Corps de gendarmerie mobile. La garde mobile et la gendarmerie, eussent-elles été complètes et sûres d’elles-mêmes, n’auraient pu faire face à tout (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p.9). V. garde républicaine mobile.
b) [Correspond à garde2]
) HIST. Membre du corps de troupe de la Garde nationale de 1848 à 1871. Le 22e corps d’armée, formé de gardes mobiles, de compagnies de dépôt (...) avait dû abandonner Amiens (ZOLA, Débâcle, 1892, p.514).
Emploi subst., p.ell. Ils [des soldats exténués] ont subi les attaques nombreuses des francs-tireurs et des mobiles, qu’ils appellent des paysans armés (BARRÈS, Colline insp., 1913, p.296).
) Domaine milit. Membre du corps de gendarmerie mobile. Place de la Concorde, un groupe de gardes mobiles à cheval passait en patrouille, au pas, comme pour maintenir la chaussée libre (LARBAUD, Journal, 1934, p.282).
B. Qui se déplace ou peut être déplacé par rapport à un ensemble d’objets de même nature. Le larynx de l’homme et des mammifères est un assemblage de cartilages mobiles les uns sur les autres (CUVIER, Anat. comp., t.4, 1805, p.493). Procédé des reliures à feuillets mobiles (Civilis. écr., 1939, p.12-2) :

3. ... la proportion entre la partie fixe et la partie mobile du salaire des ouvriers doit varier parmi les différentes industries...
COMTE, Catéch. posit., 1852, p.317.

Échelle* mobile (des salaires).
Espace mobile de rangement. Espace que l’on peut modifier. En dehors du couloir de circulation, aménagé tout autour de l’appartement et comportant des mini-chambres et des espaces mobiles de rangement, le centre de l’appartement est constitué de rectangles-unités non fixes (Réalités, sept. 1972, p.72, col. 1).
IMPR. [À propos d’un caractère d’impr.] Qui est amovible et peut être assemblé avec d’autres caractères du même type pour la composition d’autres mots (d’apr. COMTE-PERN. 1974).
En partic. [À propos d’une date, d’une fête] Qui varie en fonction de la date de Pâques. Jours mobiles. Durant l’époque dont je fais le tableau, l’année civile commençait à Pâques, et le premier jour de l’an avait ainsi une date mobile (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 1, 1821-24, p.45). Dates extrêmes des fêtes mobiles, qui varient de plus d’un mois (CHAUVE-BERTRAND, Question calendrier, 1920, p.93).
C. [La notion de déplacement est associée à la sensation d’un mouvement]
1. Littér. [En parlant d’un inanimé] Dont l’apparence donne une impression de souplesse, de mouvement, de changement. Le long panache de nos fumées, rabattues par le vent d’ouest, court sur cette immensité, mobile et plate [le Nil], et y fait des ombres (FROMENTIN, Voy. Égypte, 1869, p.54). Le soleil faisait danser sur le sol un réseau mobile de taches brillantes (GRACQ, Argol, 1938, p.47) :

4. ... les blés dans les champs ont roulé leurs vagues blondes, qui s’allongeaient, s’allongeaient toujours sur les têtes mobiles des épis.
FLAUB., Champs et grèves, 1848, p.217.

2. [En parlant d’un trait du visage ou de la physionomie] Dont l’apparence donne une impression de vivacité. Lèvres, narines, yeux mobiles ; regard mobile. Son nez allongé, mobile, doué d’un tact exquis, explorait le monde sensible (A. FRANCE, Île ping., 1908, p.12). Deux petits yeux enflammés brillaient dans sa face plissée, étonnamment mobile pour un corps aussi guindé (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p.126) :

5. M. P., concierge de ce terrible château, est un fort bel homme, dont la physionomie mobile prend alternativement le caractère de la franchise, de la fermeté et de la rudesse.
JOUY, Hermite, t.3, 1813, p.297.

D. Au fig.
1. Qui est apte à recevoir des impressions de nature différente. Synon. agile, vif. Mon cerveau, toujours mobile, travaille et tourbillonne sous un front immobile avec une vitesse effrayante (VIGNY, Journ. poète, 1837, p.1065) :

6. Pascal est trop riche, trop mobile, trop souple aux inspirations divines et au travail de la grâce pour qu’un nom de secte suffise à le définir.
BREMOND, Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.321.

2. Qui manque de stabilité, de constance. Au lieu de partis fixés, nous avons des groupements mobiles, instables. Et souvent des groupes financiers reliés à nos groupes mobiles (BARRÈS, Cahiers, t.10, 1914, p.303). Mon esprit qui fut toujours trop mobile sautait avec ravissement d’un sujet à l’autre (GREEN, Journal, 1942, p.233) :

7. L’influence supérieure ne peut, ne doit pas venir d’une assemblée mobile, sujette aux passions, aux caprices, à l’esprit de parti, comme toutes les assemblées possibles.
MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p.171.

II. Subst. masc.
A. 1. MÉCAN., PHYS. Corps qui se meut ou qui est mû. Nous supposerons que les mobiles sont des sphères homogènes qui pourront être de différens rayons et de différentes matières (POISSON, Mécan., 1811, p.248). Quand un mobile parcourt une distance, il passe successivement de point en point ; et ces points nous servent à mesurer sa vitesse (P. LEROUX, Humanité, 1840, p.99).
2. BEAUX-ARTS. Œuvre d’art constituée d’un ensemble d’éléments qui peuvent être mis en mouvement les uns par rapport aux autres. Mobile cybernétique. Ils remplacent leurs lampadaires Par des mobiles de Calder (ARAGON, Rom. inach., 1956, p.222) :

8. Avec des matières inconsistantes et viles il [Calder] monte d’étranges agencements de tiges et de palmes (...). Ce sont des résonateurs, des pièges ; ils pendent au bout d’une ficelle (...), faussement endormis ; passe un frisson errant, il s’y empêtre, les anime, ils le canalisent et lui donnent une forme fugitive : un Mobile est né.
SARTRE, Sit. III, 1949, p.307.

B. Au fig.
1. Ce qui donne une impulsion au mouvement. La jeunesse est anarchiste. Elle s’insurge contre ce qui est. Elle rêve d’autre chose et d’en être le mobile (COCTEAU, Aigle, 1946, II, 4, p.349) :

9. ... tous les êtres sublunaires sont ordonnés au soleil, comme les corps planétaires eux-mêmes ; (...) il est le mobile de tous leurs mouvements comme de celui de notre globe.
BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p.321.

Premier mobile
PHILOS. Cause initiale qui, dans certains systèmes métaphysiques, est supposée fournir l’énergie nécessaire à toutes les autres. Aristote raisonnoit comme Platon, sur l’origine de l’univers ; mais il imagina le beau systême de la chaîne des êtres, et remontant d’action en action, il prouva qu’il existe quelque part un premier mobile (CHATEAUBR., Génie, t.1, 1803, p.106).
P. ext. Raison principale par laquelle peut s’expliquer un événement, une action. Ce besoin d’idées ou de sensations nouvelles, premier mobile des progrès de l’esprit humain (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p.36).
2. Raison, le plus souvent d’ordre affectif, qui permet de comprendre un événement, une action. L’amour des arts grecs qui dominait alors chez les grands de Rome, était encore un mobile de brigandage (MICHELET, Hist. romaine, t.2, 1831, p.209) :

10. Une certaine tradition intellectualiste croit devoir sauver l’originalité de la volonté en opposant les motifs aux mobiles ; les mobiles seraient affectifs et passionnels, les motifs rationnels et assagis.
RICOEUR, Philos. volonté, 1949, p.68.

DR. Raison d’ordre affectif ou intellectuel par laquelle peut s’expliquer un acte. Synon. but, cause, raison. Le mobile du crime, bien entendu, est que Leroy reprochait à Colombin d’avoir fait fermer le cercle où il travaillait, la veille au soir, et de lui avoir ainsi enlevé son gagne-pain (ARAGON, Beaux quart., 1936, p.490).
REM. 1. Mobiler (se), verbe pronom., hapax. Le décor se mobile aux mouvantes écluses (PLOWERT 1888). 2. Mobilo, subst. fém. rare. Synon. pop.et fam. de garde mobile (supra I A 2 en partic.). Vieilles frusques (...) vieille capote de la mobilo, vieux képi dans son enveloppe bleue (GENEVOIX, Éparges, 1923, p.193).
Prononc. et Orth. : []. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist. I. Subst. A. 1301 « bien meuble » (Ordonn. du D. Jehan II, Morice, Preuves de l’hist. de Bretagne, I, 1169 ds GDF.), attest. isolée dans ce sens. B. 1. [Ca 1380 premier mouvable astron. médiév. « la première des sphères célestes, qui enveloppe et fait mouvoir les sphères inférieures » (JEAN LEFEVRE, Trad. La Vieille, éd. H. Cocheris, 4184)] ; ca 1448 mobile premier (MARTIN LE FRANC, Estrif de fortune et vertu, fo101 vo ds O. ROTH, Studien zum Estrif..., p.228) ; 1516 premier mobile (Remonstrances ou complainte de Nature..., 221 ds Rose, éd. Méon, t.4, p.134) ; 2. a) 1662 p.ext. « personne exerçant la principale influence » (VINEUIL, Guerre de Paris ds LA ROCHEFOUCAULD, Mémoires, Cologne, p.73 : le Coadjuteur qui avoit esté le principal mobile de cette guerre) ; b) )1677 premier mobile « ce qui fournit une impulsion, un mouvement » (BOSSUET, Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, III, 11 ds LITTRÉ) ; ) 1682 premier mobile « ce qui pousse, incite quelqu’un à agir » (LA FONTAINE, Contes, V, 7, 99) ; 1740 mobile (Ac.) ; )1835 « tendance impulsive et affective (p.oppos. à motif) » (JOUFFROY, Cours de droit naturel d’apr. LAL. 1968) ; ) 1883 dr. (VILLIERS DE L’I.-A., Contes cruels, p.226 : le mobile du criminel) ; ) 1968 comm. mobile d’achat (Lar. encyclop. Suppl.). C. 1. 1639 « corps en mouvement » (MERSENNE, Les Nouv. pensées de Galilée, éd. P. Costabel et M. P. Lerner, p.73) ; 2.a)1752 horlog. (Trév.) ; b) 1963 mécan. « roue dentée avec son axe » (Lar. encyclop.) ; 3. 1892 typogr. (GUÉRIN : tirer sur mobile) ; 4.1946 Beaux-arts (SARTRE, Les Mobiles de Calder, Paris). II. Adj. A. 1. a) 1377 « qui peut être mû » (N. ORESME, Livre du ciel et du monde, éd. A. D. Menut et A. J. Denomy, 83 c 15, p.334) ; b) 1751 typogr. caractères mobiles (Encyclop.t.2, p.651a) ; c) 1785 menuis. menuiserie mobile (Encyclop. Méthod. Mécan. t.4, p.795) ; 2. a) 1636 fête mobile (MONET) ; b)1952 échelle mobile (des salaires) (Le Monde, 19 janv., p.5) ; 3. a) 1823 milit.colonne mobile (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t.1, p.704) ; b) ) 1829 garde mobile fém. (BOISTE) ; 1830 subst.fém. la mobile (Patriote boiteux ds LARCH. 1861, p.180) ; 1834 garde nationale mobile (BOISTE) ; ) 1848 subst. masc. « soldat de la garde mobile » (SAND, Corresp., p.39) ; 1863 garde mobile masc. (GONCOURT, Journal, p.31) ; c) 1877 gendarmerie mobile (HUGO, Hist. crime, p.20) ; 1962 (Lar. encyclop., s.v. gendarmerie). B. a) Ca 1448 « sujet au changement, variable » (MARTIN LE FRANC, loc. cit. : quant a ce elle [la disposition de providence divine] est diversement mobile) ; b) ca 1510 « inconstant, instable » (GRINGORE, L’Obstination des Suisses, éd. Ch. d’Héricault et A. de Montaiglon, t.2, p.356). C. 1. a) 1749 « animé d’un mouvement incessant » (BUFFON, Hist. nat., t. 1, p.115 : la face mobile de la mer) ; b) 1803 « dont l’aspect change constamment » (CHATEAUBR., Génie, t.1, p. 212) ; 2.1854 « qui n’est pas fixe, se déplace sans cesse » (ABOUT, loc. cit.). Empr. au lat. mobilis adj. (forme syncopée pour *movibilis, dér. de movere « mouvoir, bouger ») « mobile, qui peut être mû ou déplacé ; changeant, inconstant », res mobiles plur. « biens meubles », b.lat. mobile, mobilia, subst. neutre sing. et plur. « biens meubles », lat. scolast. mobile primum « mobile premier, la première des sphères célestes » (mil. XIIIe s. ds Thomas-Lexikon, v. aussi NED, s.v. primum mobile). Les mobiles de Calder (C 4) auraient été baptisés ainsi soit par l’artiste fr. Marcel Duchamp (Encyclop. univ., t.3, p. 786) en 1932 (Brockhaus Enzykl., s.v. Mobile), soit en angl. par Calder lui-même en 1936 (REY-GAGNON Anglic.). Fréq. abs. littér. : 2406. Fréq. rel. littér. : XIXes. : a)4514, b) 2810 ; XXe s. : a) 2747, b) 3220. Bbg. QUEM. DDL t.18. Sculpt. 1978, p. 541. ROQUES (G.). La lexicogr. et l’alchim. R.Ling. rom. 1974, t. 38, p. 455.

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