laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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FEDER

Mots du TLFI

DÉSIRER, verbe trans.


DÉSIRER, verbe trans.
I. Emploi abs. Aspirer instinctivement à quelque chose de non défini dont le manque est senti comme une imperfection de l’être.



[Le suj. est exprimé] Ce divorce entre l’esprit qui désire et le monde
qui déçoit
(CAMUS, Sisyphe, 1942, p. 71).
Je désirais, je m’enflais de désir au lieu de rassasier ma faim
(BERNANOS,
M. Ouine, 1943, p. 1552).



[Le suj. n’est pas exprimé] :

1.
Je puis dire que mon existence ne fut qu’un long désir. J’aime désirer ;
du désir j’aime les joies et les souffrances. Désirer avec
force, c’est presque posséder. Que dis-je ? C’est posséder sans dégoût et
sans satiété.

A. FRANCE, Le Petit Pierre, 1918, p. 273.


Emploi subst. L’agir porte le désirer. Je crois que nous ne savons pas bien
désirer ce que nous ne pouvons faire
(ALAIN,

Propos, 1923, p. 479).
Rem. V. aussi infra II A 2 c pour le sens érotique.
II.
Emploi trans.

A.
[La pers. qui désire est exprimée]
1. [Le compl. désigne une chose] Aspirer consciemment à quelque chose
dont la possession ou la réalisation comble un besoin de l’âme, de l’esprit ou
du corps.
SYNT. Désirer qqc. ardemment, longuement, passionnément,
sincèrement, vivement ; désirer qqc. avec ardeur, avec passion.
a) [Le compl. désigne une chose matérielle qui est l’obj. d’une
(vive) convoitise] Il ne désirait plus d’écrevisses (COCTEAU,
Enf. terr., 1929, p. 88) :

2.
... s’il ne lui [à Odette] offrait pas une rivière de diamants qu’elle
désirait
, il ne renouvellerait pas en elle cette admiration qu’elle
avait pour sa générosité...
PROUST, Du côté de chez Swann, 1913, p. 268.


Dans la langue du comm., de l’hôtellerie. Que désire Monsieur
(Madame) ?
(Fam.) Monsieur (Madame) désire ? Vous désirez, Monsieur
(Madame) ? Que désire Madame ? Elle voulait une robe pas chère, solide pourtant

(ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 485). M’sieur
désire ? Poires de curé ? Figues d’Arabie ? Raisin muscat ?
(BENJAMIN,
Gaspard, 1915, p. 83).

b) [Le compl. désigne une chose abstr. qui est l’obj. d’une aspiration
(bonne ou mauvaise) profonde de l’être] Désirer le bien, le mal ; désirer la
gloire, le succès. Qu’étaient-ce que ces enfants ? Des désirs. Ardemment ils
désiraient le bruit, la gloire, les victoires
(BARRÈS,
Cahiers, t. 9, 1911-12, p. 414).


Désirer qqc. à/pour qqn.
Je vous désire tout ce que vous voulez, je
demande pour vous toute la lumière qui peut tenir sur une tête et dans un cœur

(HUGO, Corresp., 1868, p. 124) :

3.
... ne regardez pas mes péchés, mais seulement la foi de votre église et
donnez-lui la paix et l’union que vous désirez pour elle...
BILLY, Introïbo, 1939, p. 153.


[Avec un attribut de l’obj.] Je pense tous les jours à vous. Je vous désire
heureuse
(MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.
132).

Désirer qqc. de qqn :

4.
Il savait que si Mlle De Préfailles lui avait fait l’honneur de
désirer de lui quoi que ce fût, à peu près rien n’eût compté au
monde, et que c’était ainsi.

MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 133.



Ne plus rien avoir à désirer, ne plus savoir que désirer. Sur ce point,
je n’ai plus rien à désirer
(MAURIAC, Mal Aimés,
1945, II, 6, p. 205).



C’est tout ce que je désire. Me renvoyer chez ma mère ! Mais c’est tout
ce que je désire, tout ce que je demande !
(SAND,
Hist. vie,
t. 3, 1855, p. 60).
c) [Le compl. désigne un procès]



[Le compl. est un subst.] Désirer le mariage, la mort de qqn ; désirer
le retour de qqn.
« J’appréhende autant que je désire (...) la nouvelle
rencontre qui m’est promise
(REIDER, Mlle
Vallantin,
1862, p. 155).



[Le compl. est un verbe à l’inf. ou une prop. complétive] Il désirait
de m’épouser
(STAËL, Corinne, t. 2, 1807, p.
385). C’est une dame qui désire vous avoir à souper (ZOLA,
Nana, 1880, p. 1160).

SYNT. Désirer (d’)acheter, acquérir, avoir, garder, obtenir,
posséder qqc. ; désirer faire qqc. ; désirer (de) connaître, savoir qqc. ;
désirer (de) connaître, voir qqn ; désirer (de) parler à qqn ; désirer en finir
avec qqn ; désirer (de) mourir.


En partic.


[Le compl. est un vœu à caractère solennel, par exemple dans des dispositions
testamentaires] Je désirerais être enterré religieusement (BARRÈS,
Cahiers, t. 7, 1909, p. 274) :

5.
« Je désire que, après une messe basse à Saint-Thomas d’Aquin, ma
paroisse, mon corps soit porté à Crouy. Je désire que mes obsèques y
soient célébrées dans la chapelle de la fondation... »
MARTIN DU GARD, Les Thibault, La Mort du père,
1929, p. 1326.

Rem. ,,La langue courante d’aujourd’hui ne connaît que désirer
suivi directement d’un infinitif. Les emplois relevés avec de sont
uniquement littéraires et quelque peu archaïsants. L’alternance désirer
+ infinitif ou désirer que + subjonctif est commandée par la communauté
du sujet pour le verbe désirer et l’infinitif complément ou la différence de
sujet pour le verbe désirer et le verbe de la subordonnée introduite par que`` (DUPRÉ 1972).

d) P. anal. [Le suj. est une chose ou un animal plus ou moins
personnifié] Toute chose désire son complément (RENAN,
Avenir sc., 1890, p. 524). L’oiseau désire d’avoir un plumage
brillant
(BARRÈS, Cahiers, t. 10, 1913-14,
p. 343). Une théorie désire d’être exprimée entièrement (PROUST,
J. filles en fleurs, 1918, p. 563).

2. [Le compl. désigne une pers.]
a) [Avec précision fréq. de la destination du désir] Attendre, espérer
consciemment avec plus ou moins de ferveur l’avènement, la présence de
quelqu’un. Désirer qqn comme adjoint. Monsieur, dit Valentine, mon
grand-père désire un notaire
(DUMAS père,
Monte-Cristo,
t. 2, 1846, p. 10). Un ménage pauvre où l’on désire une
fille qui servira de bonne
(RENARD, Journal,

1896, p. 339) :

6.
Je ne doute pas que M. Venizelos ne soit un homme d’état plein de capacité,
mais qui nous dit que les Grecs désirent tant que cela Venizelos ?
PROUST, Le Temps retrouvé, 1922, p. 786.

b) [Sans précision de cette finalité] Désirer un enfant. C’est
vrai que je désirais passionnément un fils
(BERNANOS,
Journal curé camp., 1936, p. 1150). Toute la famille désirait un
garçon
(BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p.
44).

c) Convoiter charnellement la possession d’un homme, d’une femme :

7.
Mon amour est une camaraderie amoureuse. Je ne vous désire pas, mais
vous êtes le seul homme dont je puisse accueillir le désir sans
révolte. (...) Je préfère être torturée par mes renoncements à me donner
au-dessous de moi.

MONTHERLANT, Les Jeunes filles, 1936, p. 1017.

8.
... cela n’empêchait pas mon père de désirer Elsa. De la désirer
peu à peu plus que n’importe quoi, de la désirer du double désir
que l’on porte à la chose interdite.

SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p. 165.



Emploi pronom. réciproque. Deux jeunes êtres qui se désirent, et que
séparent l’univers et la fatalité
(BRASILLACH,

Corneille, 1938, p. 74) :

9.
Souvent, quand, dans la salle du casino, deux jeunes filles se désiraient,
il se produisait comme un phénomène lumineux, une sorte de traînée
phosphorescente allant de l’une à l’autre.
PROUST, Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 852.



Emploi abs. :

10.
Je savais aussi que je ne t’aimais pas et je t’ai prise. Je n’ai jamais
éprouvé de l’amour pour personne. Je désire voilà tout. Et j’ai
profité de toi.

CAMUS, Les Possédés, 1959, 3e
part., 16e tabl., p. 1087.

B.

Tournures à sens passif. [La pers. qui désire n’est pas exprimée ;
avec une nuance de blâme ou de regret, en raison d’une attente déçue]
1. [Le suj. désigne une chose]


Laisser (un peu, beaucoup) à désirer. Être l’objet d’un désir non
satisfait ; être défectueux, imparfait ou médiocre. Diverses répartitions de
charbon ou de matières premières ont laissé à désirer
(DE
GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 452). Ne rien laisser à
désirer.
Être parfait, irréprochable. Il me semblait qu’au contraire
votre santé ne laissait rien à désirer
(A. FRANCE,
Lys rouge, 1894, p. 158). La coopération des diverses grandes
unités, la liaison entre les armes, n’ont rien laissé à désirer
(DE
GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 268).


P. méton ou p. brachylogie [Le suj. désigne une pers.] :

11.
Je n’étais pas suffisamment secondé quoique à la salle à manger j’avais une
bonne équipe (...) ; mais les chasseurs laissaient un peu à désirer...

PROUST, À l’ombre des jeunes filles en fleurs,
1918, p. 951.



Être (encore) à désirer. Ne pas être accompli, réalisé.

L’histoire critique du jansénisme est encore à désirer (BREMOND,
Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 106).
2. [Le suj. désigne une pers.] Fam. Se faire désirer. ,,Montrer
peu d’empressement à satisfaire le désir que les autres ont de nous voir, de
se lier avec nous, etc. afin de rendre ce désir plus vif`` (Ac.). L’art des
flatteurs est de se faire désirer, à la manière des coquettes
(ALAIN,
Propos, 1932, p. 1086) :

12.
Elle se doute bien que je dois l’attendre (...) et marche doucement, comme
une qui n’est pas pressée et qui cherche à se faire désirer un
peu, point trop, car (...) les messieurs aiment bien qu’on les aguiche, mais
pas qu’on les agace.
H. BAZIN, Vipère au poing, 1948, p. 251.



P. anal. [Le suj. désigne une chose] L’explication (...) de ces
textes qui se sont tant fait désirer n’a lieu que dans le troisième tome
(SAINTE-BEUVE,
Port-Royal, t. 4, 1859, p. 346).

3. Emploi impers. Il serait à désirer que. Il serait opportun,
souhaitable que. Elle pense comme moi, qu’il serait à désirer que le
marquis s’éloignât pour quelque temps
(SÉNAC DE MEILHAN,
Émigré, 1797, p. 1799) :

13.
... il serait grandement à désirer que l’art contemporain pût
se renouveler par un contact plus intime avec les artisans...

SOREL, Réflexions sur la violence, 1908, p.
54.

Rem. On rencontre ds la docum. a) Désireur, euse,
adj., rare. Qui désire ou manifeste le désir, de quelque chose. Un regard
désireur qui disait :
« Voulez-vous ? » (PÉLADAN,
Vice supr., 1884, p. 161). Emploi subst. Ces grands chercheurs de
trésors, ces désireurs de l’impossible
(DUMAS père,
Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 160). b) Désirant, ante,
part. prés. adj., littér. Qui manifeste ou implique un désir. Synon. désireux.
[Employé absolument]. Ses joies désirantes de vierge (HUYSMANS,
Sœurs Vatard, 1879, p. 185). Il allait, l’âme vague, (...), désolée
et désirante, douce, innocente
(A. FRANCE,

Mannequin osier, 1897, p. 221). [Suivi de la prép. de + compl.]
Quoiqu’elle ne se sentit ni malheureuse ni désirante d’autre chose, sa vie
monotone et mince lui apparaissait seulement comme un moment lucide du sommeil

(NOAILLES, Nouv. espér., 1903, p. 4).

Prononc. et Orth. : [],
(je) désire [].
Ds Ac. dep. 1694. Forme desirer, avec [],
en dernier lieu ds DG. Étymol. et Hist. Ca 1050 « aspirer
à, souhaiter quelque chose » (Alexis, éd. Ch. Storey, 524). Du lat.
class. desiderare « regretter l’absence de, souhaiter ». Fréq. abs.
littér. :
8 071. Fréq. rel. littér. : XIXe
s. : a) 14 461, b) 10 009 ; XXe s. : a) 10
149, b) 10 515. Bbg. MIHAILESCU-URECHIA (V.),
URECHIA (A.). Phénomènes inconnus de la lang. Orbis.
1971, t. 20, no 1, p. 11, 14, 15.

THOMAS (A.). Nouv. Essais 1904, p. 226.

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