laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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ILF
FEDER

Mots du TLFI

ABRICOT, subst. masc.


ABRICOT, subst. masc.
Fruit rond et parfumé, à noyau, à chair jaune-orangé qui se consomme frais ou dans de nombreuses préparations :

1.
Les plus considérables d’entre les Romains se firent gloire d’avoir de beaux
jardins où ils firent cultiver non seulement les fruits anciennement connus,
tels que les poires, les pommes, les figues, le
raisin,
mais encore ceux qui furent apportés de divers pays, savoir : l’abricot
d’Arménie, la pêche de Perse, le coing de Sidon, la framboise
des vallées du mont Ida, et la cerise, conquête de Lucullus dans le
royaume de Pont.

J.-A. BRILLAT-SAVARIN, Physiologie du goût,
1825, p. 265.

2.
C’était elle, c’étaient ses bras, c’était son cou, qui donnaient à ses fruits
cette vie amoureuse, cette tiédeur satinée de femme. Sur le banc de vente, à
côté, une vieille marchande, une ivrognesse affreuse, n’étalait que des pommes
ridées, des poires pendantes comme des seins vides, des abricots
cadavéreux, d’un jaune infâme de sorcière. Mais, elle, faisait de son étalage
une grande volupté nue.
É. ZOLA, Le Ventre de Paris, 1873, p. 823.

3.
Et surtout, dans les grands plats vermeils ou dans les jarres d’osier, des
fruits, des masses de fruits, figues, dattes, pistaches, jujubes, grenades,
abricots,
énormes grappes de raisin, plus longues que celles qui firent
ployer les épaules des fourriers hébreux dans le pays de Chanaan, lourdes
pastèques ouvertes en deux, à la chair humide et rose, avec leurs régimes de
grains noirs.
P. BENOIT, L’Atlantide, 1919, p. 136.

4.
... voici tous les fruits du verger et la profusion de la corbeille, toutes
ces variétés de délices, tout ce qui est né pour fondre, la poire et la pomme
dans notre bouche qui réalisent toutes les promesses de la chair, la pêche, l’abricot,
la prune profonde, le grapillon aigrelet de la groseille, les raisins bleus et
blancs ...
P. CLAUDEL, Le Poète regarde la croix, 1938, p.
239.

Rem. Abricot entre dans des phrases où sont associés les
fruits cultivés en France : pommes, poires, pêches, raisins (ex. 1, 4)
ou les fruits exotiques : figues, dattes, grenades, etc. (ex. 1, 3).

Les syntagmes rencontrés sont une description du fruit : abricot mûr (J.-K.
HUYSMANS, En route, 1895, p. 80), abricot frais (H.
DE MONTHERLANT, Les Olympiques, 1924, p. 328), abricot sec
(A. GIDE, Journal, 1910, p. 291),

abricot-pêche (J.-H. BERNARDIN DE SAINT-PIERRE,
Harmonies de la nature,
1814, p. 75), pêche-abricot. Noyau d’abricot
(F. MAURIAC, Le Mystère Frontenac, 1933, p. 43),
oreillon d’abricot, parfum de l’abricot (COLETTE,
La Maison de Claudine, 1922, p. 7).

Les expr. font état de ses préparations en cuisine ou dans l’industrie
alimentaire : confiture d’abricot (Ch. DU BOS,
Journal, t. 3, 1927, p. 160), pâte d’abricot (C.
FARRÈRE, L’Homme qui assassina, 1907, p. 83), marmelade
d’abricot
(Ch. DU BOS, Journal, t. 4, 1928,
p. 12), compote d’abricot (A. GIDE, Le Retour
du Tchad,
1928, p. 891), tarte à l’abricot (M. 
PROUST, À la recherche du temps perdu, À l’ombre des jeunes
filles en fleurs, 1918, p. 904) .



P. méton. (emploi adj. invar.), couleur jaune-orangé de l’abricot :

5.
Et Gilliatt avait entendu cette Parisienne raconter en ces termes ses malheurs
 : « je suis très ennuyée, je viens de recevoir des gouttes de pluie sur mon
chapeau,
il est abricot, et c’est une couleur qui ne pardonne pas
 ».

V. HUGO, Les Travailleurs de la mer, 1866, p.
123.

6.
Des maisons multicolores, abricot, citron, cédrat, qui luisent parmi
les oliviers, fruits merveilleux, dans le feuillage ... La vision italienne
est une sensualité ; les yeux jouissent des couleurs, comme la langue d’un
fruit juteux et parfumé.
R. ROLLAND, Jean-Christophe, La Nouvelle
journée, 1912, p. 1444.

Rem. 1. On rencontre tunique abricot, chapeau abricot (ex.
5), robe abricot, teint abricot (L.-P. FARGUE,
Le Piéton de Paris, 1939, p. 66). 2. Cet emploi est fortement
concurrencé par les tournures couleur abricot (A. GIDE,
Le Retour du Tchad, 1928, p. 1001), couleur de l’abricot (A.
T’SERSTEVENS, Itinéraire espagnol, 1933, p. 224) ou couleur
d’abricot
permettant une qualification nuancée : couleur d’abricot mûr,
sec
(A. GIDE, Journal, 1939, p. 291),

pâle, frais (H. DE MONTHERLANT, Les Olympiques,
1924, p. 328), la couleur étant toujours sentie comme celle du fruit.
Stylistique

Mot de la lang. commune, se prêtant à de fréquents usages litt. à cause de sa
couleur, le mot a pu évoquer p. ex. des visions ensoleillées (J.
GIONO, Colline, 1929, p. 139 : on peut regarder le soleil ; il
est rond et roux comme un abricot), suggérer une idée de gourmandise (cf.
les nombreuses recettes de l’Encyclop. de Diderot). Qualifiant un teint doré,
il a été empl. comme sobriquet d’un homme hâlé (R. MARTIN DU
GARD, Les Thibault, La Belle saison, 1922, p. 847-849), etc. Un
seul ex. dans un cont. dépréc. (ex. 2).

Prononc. ET ORTH.

1. Forme phon. :
[].
Enq. //.
2. Dér. et composés : abricoté, abricotée, abricoter, abricotier,
abricotin, abricotine, abricotis.
3. Hist.

La forme graph. mod. apparaît pour la 1re fois dans les dict. ds
COTGR. 1611. Au XVIe
s. elle coexiste avec la forme aubercot (cf. étymol., hist. et
QUEM. 1961). À partir du XVIIe
s. (FUR. 1690), la forme mod. l’emporte définitivement.
a) La forme disparue aubercot :


La 2e syllabe du mot s’explique par l’empr. au cat. (cf.
étymol.).

Dans la 1re syllabe, il y a eu vocalisation de [l] devant [b] suiv.
la loi gén. (cf. BOURC.-BOURC. 1967. § 188).

b) La forme abricot :

L’évolution de albricoque ou albaricoque appelle 2 explications
 : . Disparition de l. Dans un 1er stade assimilation de l
à r, d’où arbricot ; une 2e étape a pu être la
dissimilation de ce r nouveau par le r primitif (cf.

GRAMMONT 1950, p. 294 : [Cas de] deux liquides
différentes séparées par une occlusive ou une spirante. La première liquide
s’assimile à la seconde puis suivant les parlers, elle subsiste telle quelle
ou bien elle évolue sans disparaître ou bien elle est dissimilée à zéro par la
deuxième liquide). . Présence de t à la finale. Cas de dissimilation
des 2 [k] dont le 2e est remplacé par une autre occlusive sourde
[t]. Peut-être d’abord dans abricotier, -tier étant une finale très
répandue (cf. -ier), on notera l’existence d’un certain nombre de mots
(il est vrai de formation plus récente) en -otier désignant des arbres
(bergamotier, cocotier, indigotier).


Timbre de o. La plupart des dict. des XIXe
et XXe s. transcrivent cette voyelle en
finale absolue par o fermé suiv. la tendance gén. de la lang. (cf.

FOUCHÉ Prononc. 1959, p. 53). Pourtant Nodier
(1847) transcrit Abri-co sans circonflexe (comparer bateau Ba-tô,
brûlot Brû-lô,
etc.). LITTRÉ commente ainsi sa
transcription a-bri-ko : ,,... au pluriel a-bri-kô ou

a-bri-ko ; la prononciation varie, les uns gardant au pluriel la
prononciation du singulier où l’o est bref ou ouvert, les autres
allongeant l’o suivant la règle qui est que l’s du pluriel rend
la voyelle longue ou fermée``. PASSY 1914 est le
dernier à admettre la var. [].

Étymol.

Corresp. rom. : ital. albicócco ; prov. aubricot, ambricot, albricot ;
cat. albercoc ; esp. albaricoque ; port albricoque, abricote
(< fr.)

Attesté dep. 1526 par le dér. abricotier (NIC. VERSORIS,
Livre de raison, 101, Fagniez ds Delboulle, R. Hist. Litt. Fr.,
I, p. 181) ; 1545 (Ch. ESTIENNE, De latinis et
graecis nominibus arborum et avium liber, cum gallica eorum nominum
appelatione,
p. 63 : Pruna armeniaca, Arbricoz).

Empr. au port. albricoque ou à l’esp. albaricoque, attesté dep.
1330 (D. JUAN MANUEL, Obr., Clas. Rivadeneyra,
LI, 252 b, d’apr. Martin Alonso). Quant à aubercot, attesté en
1525-1530 (J. THÉNAUD, Voy. de oultre mer, éd.
Ch. Scheffer, p. 36, ds SAIN. Rev. Et. rab. t.
8, 1910, p. 358), sa forme indique un empr. au cat. albercoc, attesté
dep. la fin du XIVe s. (FR.
EXIMENIS, Regiment de la cosa publica, 25, Editorial Barcino,
Barcelona 1925, ds ALC.-MOLL). L’esp. albaricoque,
le port. albricoque et le cat. albercoc sont tous trois empr. à
l’ar. al barkuk < bas gr. praikokkion < lat. praecoquum « 
fruit précoce ».

HIST.

Terme monosém. présentant une grande stabilité sém. Sur la forme du mot,
cf.
Étymol. et Prononc. -orth. Trév. 1752 et 1771 désignent sous le
même nom un autre fruit originaire d’Amérique, et princ. de St Domingue,
actuell. appelé mammea, dont seule la couleur a permis, p. anal., de le
dénommer abricot, alors que ses autres caractéristiques sont fort
différentes de celles du fruit habituellement désigné sous ce nom.

XVIe s. : Oranger, aubercotz,
cassiers. THENAUD, 1525, cf. réf. ds étymol. Ne
pouvant sortir par la porte, elles sont contraintes de se jeter par la
fenestre, pour aller dans quelque délicieux jardin manger des abricots.
LANOUE, 1587, 140 ds LITTRÉ.


XVIIe s. : Fruit participant de la pesche et
de la prune. (...). Il est un peu rouge et jaune en meurissant. (FUR.
1690).

XVIIIe s. : Sorte de fruit à noyau, dont le
goût tient de la pêche et de la prune, et dont la chair et la peau tirent sur
le jaune (...). Compote d’abricots. Abricots confits. Ac. 1740.


Rem. 1.
Les dict. à tendance encyclop. comme FUR.
et Trév. distinguent plusieurs sortes d’abricot : Il y a trois sortes
d’abricots. Les abricots ordinaires, qui ne mûrissent qu’à la
mi-Juillet ; les abricots hâtifs, qui se mangent dès le commencement du
même mois ; et ceux qu’on nomme le petit abricot, qui vient à la
mi-Juillet. (...). Ménage fait dériver ce mot de mala praecoqua (...) ;
d’autres du grec

qui signifie Mou et délicat, ou du latin aperitium, parce
qu’il s’ouvre facilement. Mais Mathiole dit que les abricots retiennent le nom
que les Grecs leur ont donné, qui les appellent Bericocia... Trév.
1771. 2. Le composé abricot-pêche apparaît pour la 1re
fois en 1805 (Almanach des Gourmands, p. 28 ds Fr. mod., 23, 301
ds QUEM) et subsiste (cf. sém., rem.). 3.

Abricot, adj., désignant une couleur apparaît au XIXe
s. (cf. sém.).
STAT.

Fréq. abs. litt. :
125.

BBG.

Ac. Gastr. 1962.

CAMPROUX (C.). Télescopage morpho-syntaxique. Fr.
mod.
1967. t. 35, no 3, p. 161-183.

Comm. t. 1 1837.

DUMAS 1965 [1873].

HASSELROT (B.). L’Abricot. Essai de monographie
onomasiologique et sémantique. St. neophilol. 1939-41, t. 13, p. 45-79,
226-252 [Cr. JUD (J.). Vox rom. 1941-42,
t. 6, p. 375-377 ; WARTBURG (W. von). Z. rom. Philol.
1942. t. 62, p. 200].

LITTRÉ-ROBIN 1865.

MONT. 1967.

NYSTEN 1814-20.

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