laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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FEDER

Mots du TLFI

BIJOU, subst. masc.


BIJOU, subst. masc.
A. Petit objet servant à la parure, précieux par sa matière (or, argent, ivoire, etc.), la façon dont il est travaillé ou simplement son originalité. Beau bijou, bijou précieux :

1.
Si le nouveau-né devait vraiment porter les signes visibles des désirs de sa
mère, n’en doutez pas, on verrait plus d’une fois apparaître sur son corps
d’autres images que ces innocentes fraises et ces gouttes de café dont
s’amuse la niaiserie des matrones.

Je vous comprends, dit M. De Terremondre : les femmes aimant les bijoux,
beaucoup d’enfants naîtraient avec des saphirs, des rubis, des
émeraudes aux doigts et des bracelets d’or aux poignets ; des
colliers de perles, des rivières de diamants leur couvriraient
le cou et la poitrine.

A. FRANCE, L’Orme du mail, 1897, p. 137.

2.
J’aime beaucoup ce petit bracelet... cette mince chaîne à
votre cou... ces gentils petits bijoux de rien... C’est un éléphant
qui pend à votre bracelet... oui... un éléphant, une clochette, un sabot...

CHARDONNE, L’Épithalame, 1921, p. 68.

3.
Il avait envie d’aller jusqu’au coffre, d’en faire jouer la mécanique et de
contempler les bijoux, les colliers, les anneaux, les
perles, les pendeloques, les bracelets, les boucles,
les joyaux et les barres de métal rare, les pierres

nues dans de petits sachets.
G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, La Passion
de Joseph Pasquier, 1945, p. 73.

SYNT. Bijou ancien, faux, fourré ; bijou de famille, de fantaisie,
en toc ; porter des bijoux ; mettre ses bijoux en gage.


Vx. Se dit des petites curiosités qui servent à orner une chambre
ou un cabinet. Il a un cabinet tout plein de bijoux (Ac. 1835).
B.
P. métaph. ou au fig.

1. [En parlant d’un obj.] Objet comparable à un bijou pour son
élégance, un travail délicat, sa valeur.
a) [En parlant d’un obj. élégant et ouvragé, d’un logement petit et
joliment orné] Cette montre est un vrai bijou.


[En constr. de qualificatif antéposé] Un bijou de + subst. Un
bijou de calèche, de voiture ; un bijou d’appartement
(BALZAC,
Le Père Goriot, 1835, p. 195).

b) [En parlant d’un monument] Une façade travaillée en bijou ; le
sanctuaire... bijou taillé, surtaillé, sculpté
(DU CAMP,
Le Nil, 1854, p. 230) :

4.

Non, elle [l’église de Balbec] n’est pas mal, mais enfin elle ne peut
soutenir la comparaison avec ces véritables bijoux ciselés que
sont les cathédrales de Reims, de Chartres et, à mon goût, la perle
de toutes, la Sainte-Chapelle de Paris.

PROUST, À l’ombre des jeunes filles en fleurs,
1918, p. 464.

c) [En parlant des œuvres de l’esprit, des qualités] Le poème en
prose est un bijou
(JACOB, Le Cornet à dés,

1923, p. 17)

5.
... il met une sorte de coquetterie à cacher ses connaissances. C’est
ce qu’il appelle ses bijoux secrets. Il dit qu’il n’y a que les
rastas qui se plaisent à étaler aux yeux de tous leur parure, et
surtout quand celle-ci est en toc.

GIDE, Les Faux-monnayeurs, 1925, p. 1105.

2. [En parlant d’une pers.]
a) Terme d’affection.


[En parlant d’une femme, d’un enfant] Personne gracieuse et charmante.
Notre petit bijou (E. DE GUÉRIN, Lettres,
1846, p. 490) :

6.
Les indifférents ne comprendront pas qu’on ait été si prolixe, ou plutôt
minutieux. Mais il faut songer qu’ici c’est une femme aimée, très pure et
très vierge, mon bijou et mon enfant.
MICHELET, Journal, 1857, p. 355.


[En constr. d’apostrophe] Mon bijou :

7.
Elle l’appelait : « Ma petite fleur, mon chérubin, mon ange adoré, mon divin
bijou. »

MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2,
L’Orphelin, 1883, p. 838.

b) Péj., vx. Bijou de la foire Saint-Ovide. Homme de rien.
Bijou du parvis.
Individu condamné à une peine infamante (LITTRÉ).

C.
Sens spéc.


FRANC-MAÇONN. Ornement ou décoration qui est le signe d’une
fonction et que les francs-maçons portent dans leurs cérémonies. Bijoux
mobiles
(équerre, niveau, perpendiculaire) ; bijoux immobiles
(pierre, planche à tracer).

Bijou de loge. ,,Celui
qui se porte au côté gauche`` (A. DELVAU, Dict. de
la lang. verte,
1867, p. 41).
Bijou de l’ordre (A.
DELVAU
, Dict. de la lang. verte, 1867, p. 41) :

8.
Écoute, petit, écoute... Vois combien ma vieillesse t’implore. Immole ta
jeune impatience des jeux au désir de réaliser le plus beau vœu d’un triste
moribond... Et je te laisserai, par héritage, ma truelle, mon
marteau,
tous mes bijoux de maçon... si tu veux apprendre
sagement ce que j’enseigne...

ADAM, L’Enfant d’Austerlitz, 1902, p. 110.



Arg. et pop.

1. À Paris, desserte des plats constituant un bénéfice pour les
plongeurs. Synon. arlequins. Transformer les bijoux en arlequins pour les
rendre appétissants
(HOGIER-GRISON, Les Hommes
de proie,
Le Monde où l’on vole, 1887, p. 62) :

9.
Les voleurs de bijoux opérant chez les restaurateurs leurs
patrons ... les bijoux qu’ils dérobent sont seulement les restes
de la cuisine... bijoux (tel est le nom donné à ces détritus).

HOGIER-GRISON, Les Hommes de proie, Le Monde
où l’on vole, 1887 p. 61.

2. Sexe de la femme. Spéc. Bijou de famille (LECLAIR,
Les Méditations d’un hussard, 1809, p. 16).

Rem. On nomme bijou la résine qui découle du pin sans incision.
Synon. périnet vierge.
PRONONC. ET ORTH. : [].
Au plur. des bijoux. Fait partie des 7 mots qui prennent x au
plur. au lieu de s : bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou
et pou.

ÉTYMOL. ET HIST.

[XIVe s. d’apr. la chronol. de son dér.
bijouterie*] ; 1460 « petit objet ouvragé, précieux, servant de parure »
(Cpte de la Noe, Lobineau, Hist. de Bret., t. 2, col. 1259 dans
GAY).

Empr. au bret. bizou « anneau pour le doigt », dér. de biz « 
doigt » (cf. le cornique bisou, le cymrique byson, moyen
bret. besou dans V. HENRY, Lex. étymol. du
bret. mod.,
Rennes, 1900).

STAT.

Fréq. abs. littér. :
1 350. Fréq. rel. littér. :
XIX
e s. : a) 1 544, b) 2 325 ; XXe
s. : a) 2 502, b) 1 671.

DÉR. 1. Bijoutaille, subst. fém., néol. d’aut., péj. Collection de
bijoux. Bijoux de famille (GIONO, Manosque
des plateaux,
1930, p. 110).

1re attest. 1930 id. ; dér. de bijou, suff. -aille*
avec addition de -t- analogique des mots en -out- pour éviter
l’hiatus. 2. Bijouter, verbe trans. Voler adroitement des bijoux à
quelqu’un (cf. BRUANT 1901,

FRANCE 1907). Il faut que tu les bijoutes (L.
PAILLET
, Voleurs et Volés, 1855, p. 75).

1re attest. 1847 (Dict. d’arg. anonyme, de format « nain »
dans ESN.) ; dér. de bijou, dés. er. 3.
Bijouté, ée
, adj. arg. Couvert de bijoux [Servigny] était ...

brodé, passementé, bijouté, rasé au velours (G. D’ESPARBÈS,
La Guerre en dentelles, 1896, p. 230) ; dér. de bijou, suff.
* pour le -t-, v. bijoutaille.

BBG.

DARM. 1877, p. 73.

GOUG. Mots t. 1 1962, pp. 246-250.

SAIN. Arg. 1972 [1907], p. 167.

THURNEYSEN 1884, p. 91.


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