laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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FEDER

Mots du TLFI

BIZARRE, adj.


BIZARRE, adj.
A. [En parlant d’une pers., de son caractère, de son comportement...] Qui est difficile à comprendre en raison de son étrangeté. Marcel vient me voir aujourd’hui. Il me trouve bizarre, à la fois morne et agressive (COLETTE, Claudine en ménage, 1902, p. 230) :

1.
... nous chercherons ce que, dans l’exagération de leur doctrine, on doit
attribuer à la manie de se singulariser par des opinions bizarres ;
...
CONDORCET, Esquisse d’un tableau hist. des progrès
de l’esprit hum.,
1794, p. 70.

2.
Il me parle de ce livre [Adrienne Mesurat] de telle sorte que je me
demande s’il ne le connaît pas mieux que moi, car enfin voilà assez
longtemps que je n’y pense plus. Cela m’a fait une bizarre
impression.

GREEN, Journal, 1947, p. 135.


Emploi subst. Les types se font rares ; les bizarres et les singuliers
disparaissent
(P. VALÉRY, Dégas, danse, dessin,
1936, p. 158).



Expr. fam. Être tout bizarre. Ne pas être à son aise ; mais
qu’avez-vous donc ? ... Vous êtes tout bizarre
(A. DUMAS
Père, Antony, 1831, II, 4, p. 184).
SYNT. Air, aspect, caractère, expression, idée bizarre ; enfant,
femme, homme bizarre ; paraître, sembler, trouver bizarre.

B.
Qui s’écarte de l’ordre habituel des choses


[En parlant d’une chose concr. ou abstr.] ... c’étaient des ombres
bizarres se tassant hostilement dans les angles
(J.
LORRAIN
, Sensations et souvenirs, 1895, p. 132) :

3.
Il [le comte Otto] portait de longs crêpes verts, flottants et voltigeants,
surmontés d’un bois de cerf au naturel, sur une coiffure bizarre, qui
lui donnait l’aspect d’un Actéon.
BOURGES, Le Crépuscule des dieux, 1884, p.
163.

SYNT. Accoutrement, bruit, couleur, son bizarre ; teinte bizarre ;
cuisine bizarre ; construction bizarre.


Emploi subst. :

4.
J’ai encore sur le cœur ses jugements dédaigneux sur Paul Huet, par exemple,
ce paysagiste précurseur... M. Delécluze n’a jamais su que l’accuser d’aimer
et de chercher le bizarre.
SAINTE-BEUVE, Nouveaux lundis, t. 3, 1863-69,
p. 100.

[En parlant d’un animal] :


5. Je rate trois coups de fusil contre des oiseaux bizarres que j’aurais
bien voulu voir de près.
GIDE, Voyage au Congo, 1927, p. 763.

Rem. On rencontre dans la docum. le néol. bizarrant, adj.
,,Qui rend bizarre la perception`` (PLOWERT 1888). ...
que je vous aime sans espoir ! Lampes des mers ! Blancs bizarrants ! Mots à
vertiges
(LAFORGUE, Les Complaintes, 1885,
p. 70).

PRONONC. : [].
FÉR. 1768 signale que dans ce mot et ses dérivés il ne
faut pas prononcer : bisarre avec [s]. FÉR. Crit.
t. 1 1787 (cf. aussi GATTEL 1841) demande qu’on
,,ne prononce qu’une r forte``.

ÉTYMOL. ET HIST.

1.
Subst. av. 1544 bigearre « extravagance, singularité » (B.
DES PÉRIERS
, Œuvres, Nouv. récr., 55 dans HUG.
 : une terrible bigearre) ; 2. adj. av. 1544 bigarre « 
extravagant, singulier » (ID., Ibid., 33,

ibid. : opinions bigarres) ; 1555 bizerre (J.
A. DE BAÏF
, Euvres en rimes, l’Amour de Francine, L. II, I, 156,
ibid.) ; 1572 bizarre (E. TABOUROT DES ACCORDS,
Les Bigarrures, I, 22, ibid. : Epitaphes bizarres, ou

bizerres, en langage courtisan).
Empr. à l’ital. bizzarro « coléreux » (dep. 1300-1313, Dante dans
BATT.), puis « extravagant » (début XVIe
s., Berni, ibid.), d’orig. discutée ; il ne peut être empr. à l’esp.

bizarro (FEW t. 1, s.v. bizar, DAUZAT
1968, REW3, no 1141, TRACC.,
p. 114, ZACC., pp. 53-54), attesté beaucoup plus tard
(dep. 1526 d’apr. AL.), qui lui est au contraire empr.,
et qui est à l’orig. du sens « brave » attesté dans le fr. du XVIe s. (v. HUG.). La forme
bigarre,
2e attest. supra, est due à un croisement avec
bigarré (bigarrer*) croisement qui eut lieu également sur le
plan sém. (cf. bigearre « diversement coloré » chez O. de Serres et

bigarré « singulier » chez Brantôme cités par L. Sainéan dans R. Ét.
rab.,
t. 10, pp. 264-271). V. aussi L. Spitzer dans Z. fr. Spr. Lit.,
t. 44, p. 218, WIND, p. 61 et F. Schalk dans Mél.
Wartburg,
1958, pp. 655-679.
STAT.

Fréq. abs. littér. :
3 281. Fréq. rel. littér. :XIX

e s. : a) 4 569, b) 5 747 ; XXe
s. : a) 5 074, b) 3 922.
DÉR. Bizarroïde, adj., fam. Qui est quelque peu bizarre, étrange (ds
Lar. encyclop., Lar. Lang. fr.,
ROB. Suppl.
1970). Vous êtes plutôt bizarroïde dans vos renseignements, mon cher (PROUST,
Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 922).


1re attest. av. 1922 supra ; dér. de bizarre, suff.
-oïde
*, formé p. plaisant. sur le modèle des mots sc. en -oïde.


Fréq. abs. littér. : 1.

BBG.
HERBILLON (J.). Éléments esp. en wallon et dans le fr.
des anc. Pays-Bas. Liège, 1961, pp. 58-59.

HOPE 1971, p. 149, 165.

MEIER (H.). Kleinere Mitteilungen. Die Etymologie des
Wortes bizarr. Arch. St. n. Spr. 1960, t. 196, pp. 317-320.

ROHLFS (G.). Zur Etymologie von bizarre. Z. rom.
Philol.
1964, t. 80, pp. 120-126.

RUPP. 1915, p. 41.

SAIN. Sources t. 1 1972 [1925], p. 117, 142, 209, 419,
420 ; t. 2 1972 [1925], p. 315 ; t. 3, 1972 [1930], p. 349.

SCHALK (F.). Das Wort bizarre im Romanischen.
In
 : [Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1958, pp. 655-679.

SCHMIDT 1914, pp. 183-185 [Cr.
SPITZER
(L.). Z. fr. Spr. Lit. 1917, t. 44 (Referate und
Rezensionen), p. 218].

TRACC. 1907, p. 114.

WIND 1928, p. 61, 183 ; pp. 206-207.

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