laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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ILF
FEDER

Mots du TLFI

CULTIVER, verbe trans.


CULTIVER, verbe trans.
I. Traiter le sol en vue de la production agricole.
A.

Absol. Exécuter l’ensemble des travaux et techniques mis en œuvre
pour traiter la terre et en tirer des produits de consommation. La
condition des hommes qui cultivent
(VOLNEY,
Ruines,
1791, p. 6). Ces villageois cultivent, font la récolte (BARRÈS,
Cahiers, t. 11, 1914-18, p. 36). Faire des routes, défricher,
cultiver, transporter, échanger
(ALAIN, Propos,
1921, p. 292) :

1. Le propriétaire
moissonne et ne laboure pas, récolte et ne cultive pas, consomme et
ne produit pas, jouit et n’exerce rien.
PROUDHON, Qu’est-ce que la propriété ? 1840, p.
245.

B.

[Le suj. désigne un individu ou un groupe d’individus] Mettre en valeur
une terre d’étendue variable, destinée à la production agricole. Cultiver
un, son, ses champ(s), son jardin, le sol. Ils défrichèrent, ils cultivèrent,
et mirent les bois de Georges-Jean en valeur
(ERCKM.-CHATR.,
Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 8) :

2. ... lorsque lui
travaillait encore, il louait des terres qu’il faisait valoir ; tandis
que, maintenant, elle avait bien de la peine à

cultiver toute seule l’arpent qui leur appartenait ; et elle (...)
soignait ses salades, ses haricots, ses pois, pied à pied, arrosait jusqu’à
ses trois pruniers et ses deux abricotiers, finissait par tirer un profit
considérable de cet arpent.
ZOLA, La Terre, 1887, p. 127.

Rem. Les dict. gén. attestent cultivation, subst. fém. Mise
en culture* d’une étendue de terre. La cultivation de toute l’Amérique
septentrionale ne ferait pas sensiblement baisser la valeur du blé en Europe

(SAY, Écon. pol., 1832, p. 286).

C.
Assurer et éventuellement améliorer la production d’un végétal par un
ensemble de soins appropriés. Cultiver des fleurs, les plantes, sa vigne.
J’ai acheté du terrain qui est très bon marché et je cultive du cacao
(MAUROIS,
Silences Bramble, 1918, p. 63). Il ne cultive ici que manioc,
sésame, patates et un peu de ricin
(GIDE, Voy.
Congo,
1927, p. 769) :

3. Par mon avis, un
jardinier pépiniériste vint s’établir dans le bourg, où je prêchais aux plus
pauvres de cultiver les arbres fruitiers afin de pouvoir un jour
conquérir à Grenoble le monopole de la vente des fruits.
BALZAC, Le Médecin de campagne, 1833, p. 44.



Emploi pronom. passif. [Le suj. désigne un végétal] Être soumis à
un ensemble de soins appropriés destinés à assurer et à améliorer la
production. Le riz se cultiverait avec succès dans les terrains humides
(ABOUT, Grèce, 1854, p. 111).


P. métaph.

[Le compl. désigne une
pers.] Quelle jolie plante à cultiver [le fils de la narratrice] !
Combien de joie ont les mères !
(BALZAC,
Le Médecin de campagne, 1833 p. 213).

[Le compl. désigne une
abstraction] :

4. Il faut
non-seulement cultiver ses amis, mais cultiver en soi ses
amitiés, les conserver avec soin, les soigner, les arroser,
pour ainsi dire.

JOUBERT, Pensées, t. 1, 1824, p. 184.

D.
P. ext. Entretenir et exploiter les qualités d’un être vivant à des
fins utilitaires ou esthétiques.
1. Élever certaines espèces animales dans un milieu qui favorise leur
croissance ou p. ext., développer leurs productions naturelles. On
cultive depuis long-temps les vers-à-soie
(CRÈVECŒUR,
Voyage, t. 2, 1801, p. 346). L’élevage des abeilles (...) était
confié dans les forêts à une catégorie d’agents forestiers, les bigres, qui
recherchaient les essaims, les cultivaient, et recueillaient, pour le compte
d’un seigneur, le miel et la cire
(FARAL, Vie
temps St Louis,
1942, p. 172).

2. Exploiter une substance naturelle. Quelques paludiers, nom donné
à ceux qui cultivent le sel
(BALZAC, Un Drame au
bord de la mer,
1835, p. 195).
3. En partic., BIOL. EXP.
a) Faire vivre et proliférer des microbes dans un milieu nutritif
approprié. Il isola et cultiva le microbe de cette maladie (H.
COUPIN
, Animaux de nos pays, 1909, p. 20).



P. métaph. La tristesse (...) C’est un poison, un microbe qu’on a tort
de cultiver
(L. DE VILMORIN, Histoire d’aimer,
1954, p. 64).
b) Assurer en milieu artificiel la survie et le maintien des fonctions
de fragments de tissu vivant. Procédés qui permettent de cultiver les
tissus dans des flacons
(CARREL, L’Homme,

1935, p. 83).
Rem. On trouve parfois un emploi intrans. de cultiver avec le
sens de « s’entretenir, se développer ». Il [l’entérocoque]
cultive facilement à la température du laboratoire
(M. Macaigne ds

Nouv. Traité Méd., fasc. 1, 1926, p. 330). L’avulsion des dents cariées
supprima le foyer où cultivaient les streptocoques
(G.-H. Roger, ibid.,
p. 177).
4. Entretenir et assurer sa forme physique, le développement harmonieux
d’un organe. Cultiver sa voix. Cet exercice [la chasse]

cultivait la santé (JOUY, Hermite, t. 4,
1813, p. 165 ; cf. également accroître ex. 5).
II.

Au fig. [Le suj. désigne un homme] Faire fructifier les dons
naturels permettant de s’élever au-dessus de sa condition initiale et
d’accéder individuellement ou collectivement à un état supérieur.
A.
[Le compl. désigne une pers. autre que le suj.] Éduquer quelqu’un,
l’instruire, l’entourer de soins et de conseils en vue d’assurer le
développement harmonieux de sa personnalité :

5. Il [Ernest] me

dégrossissait, me cultivait, m’enseignait les bonnes manières et
les choses secrètes du physique et du (...) moral...
A. ARNOUX, Paris-sur-Seine, 1939, p. 278.


Emploi pronom. réfl. Tendre par un travail assidu et méthodique à
s’élever au-dessus de l’état de nature, à développer ses qualités, à corriger
ses défauts, à favoriser l’éclosion harmonieuse de sa personnalité.
Sylvaine prit goût à la lecture et se cultiva un peu (DRUON,
Gdes fam., t. 2, 1948, p. 141) :

6. « Faire des
confitures, quand pendant ce temps-là je pourrais me cultiver,
découvrir un grand écrivain que je ne connaissais pas, apprendre quoi que ce
soit, fût-ce en lisant le Larousse ! »
MONTHERLANT, Les Jeunes filles, 1936, p. 954.

B.

[Le compl. désigne les éléments de la nature morale et intellectuelle d’un
individu] Soumettre les composantes de sa personnalité à un exercice en vue de
les développer, de les faire s’épanouir et acquérir leur plein pouvoir.
1. [Le compl. désigne des vertus, des qualités morales] Cela ne
l’empêche pas (...) d’être bon, d’aimer la justice et de cultiver la vérité

(CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 303).
2. [Le compl. désigne des facultés intellectuelles et artistiques]

Il [un peuple] cultive à la fois son « imagination »
et sa « raison » (BONALD, Législ.
primit.,
t. 2, 1802, p. 138). Cultivez votre intelligence, (...) c’est
plus qu’un droit : un devoir
(MARTIN DU G., J.
Barois,
1913, p. 223) :

7. Dans l’éducation, je
considère comme certain que l’on cultive trop la mémoire. Cela ne
vient-il pas de la paresse et de la routine des professeurs ? Peut-être aussi
de l’incapacité où ils seraient de cultiver
jugement et imagination.
VIGNY, Le Journal d’un poète, 1848, p.
1267.

3. [Le compl. désigne des sentiments] Le soin (...) de cultiver
(...) les affections douces et tendres
(CONDORCET,
Esq. tabl. hist., 1794, p. 73). Cultiver des sentiments de famille
(PROUST, Sodome, 1922, p. 773). Nous
cultivions de beaux espoirs
(DUHAMEL, Notaire
Havre,
1933, p. 213) :

8. Quels sentiments
leurs œuvres tendent-elles à éveiller et à cultiver ? La fierté, le
désir de se dominer, le désir de se dépasser ?
BARRÈS, Mes cahiers, t. 9, 1911-12, p. 298.



Emploi pronom. passif. [Le suj. désigne des sentiments]
L’espérance est une vertu, par conséquent peut et doit se cultiver et au
besoin se conquérir
(AMIEL, Journal, 1866,
p. 412).



Péjoratif
a) Développer de façon artificielle et excessive des sentiments qui
compromettent l’équilibre de la personnalité, manifester une complaisance
coupable à leur égard. Les exploiteurs du désastre qui cultivaient notre
désespoir afin d’étrangler à la fois notre honneur et nos libertés
(DE
GAULLE
, Mém. guerre, 1956, p. 512).

b) Entourer une ou plusieurs personnes de marques de sympathie ou
d’amitié intéressées. L’électeur (...) que l’on cultive pour devenir
conseiller municipal, ou conseiller d’arrondissement
(PÉGUY,
De la Grippe I, 1900, p. 14).
C.
P. ext. [Le compl. désigne un domaine d’activité intellectuelle,
artistique] Pratiquer, perfectionner certains modes de connaissance ou
d’expression. Cultiver les arts, les lettres, les sciences. Il faudrait
exclusivement cultiver la littérature grecque
(RENAN,
Avenir sc., 1890, p. 239). Elle cultivait le chant (DUHAMEL,
Passion J. Pasquier, 1945, p. 143) :

9. Ils cultivèrent
l’astronomie, l’optique, toutes les parties de la médecine, et
enrichirent
ces sciences de quelques vérités nouvelles.
CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794 p. 101.



P. iron. En province, où l’on cultive encore la périphrase, la
polémique met le catéchisme poissard en beau langage
(ZOLA,
Fortune Rougon, 1871, p. 83).
Prononc. et Orth. : [kyltive], (je) cultive [kylti:v]. Ds Ac.
1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 1119 cultiver (PH.
DE THAON
, Comput, 760 ds T.-L.) ; 1543 p. ext. « former,
développer par l’exercice » (EST.) ; 1549 cultiver la
langue
(DU BELLAY, Deffence et illustration,
éd. Chamard, p. 24) ; 1666 cultiver une amitié (FURETIÈRE,
Roman bourgeois, éd. Colombey, p. 240 ds IGLF). Cultiver
réfection sav. de l’a. fr. coutiver (1155 « vénérer (une divinité) » et
« travailler [la terre] » WACE, Brut, 644 et
3306 ds KELLER) dér. d’un type cultivus
(lui-même dér. en -ivus de cultus part. passé de colere « 
cultiver » [au propre et au fig.]) ; le lat. médiév. cultivare (1284 ds
DU CANGE) est une latinisation de l’a. fr. coutiver.
Fréq. abs. littér. : 1 307. Fréq. rel. littér. :
XIXe s. : a) 2 989, b) 1 627 ;
XXe s. : a) 1 568, b) 1 190.

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