laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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ILF
FEDER

Mots du TLFI

LIBRE, adj.


LIBRE, adj.
I. Qui n’est pas soumis à une ou plusieurs contraintes externes.

A.

[Le déterminé désigne l’homme en tant qu’individu particulier ou en tant
que membre d’une société politique] Qui n’est pas soumis à la puissance
contraignante d’autrui.
1. [En parlant d’un individu particulier, de sa condition]
a) Qui n’appartient pas à un maître. Anton. esclave, serf. Un paysan
libre ; un enfant né libre ; une femme de condition libre. Le simple
raisonnement indique que la consommation de l’esclave
[nègre]
doit être moindre que celle de l’ouvrier libre. Peu importe à son maître qu’il
jouisse de la vie ; il lui suffit qu’il la conserve
(SAY,
Écon. pol., 1832, p. 227). V. esclave ex. de MICHELET,

Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 125 :

1.
Rien de plus incertain que la liberté personnelle dans l’Antiquité. Au
milieu de tant de petits états dont la frontière était aux portes de la
cité, ou ne pouvait changer de lieu sans risquer d’être réclamé comme
esclave, enlevé, vendu, perdu pour jamais. L’homme était alors la principale
marchandise dont on commerçait. Au moins, dans nos colonies, la peau blanche
garantit l’homme libre. Mais alors nulle différence.
ID., ibid.

b) Qui n’est pas retenu prisonnier ; qui n’est pas détenu. Après
six ans d’une horrible captivité, sur un sol de glace et sous un ciel de fer,
libre enfin, il va revoir sa patrie et son vieux père
(SANDEAU,
Mlle de la Seiglière, 1848, p. 126). Au début de ma détention (...),
ce qui a été le plus dur, c’est que j’avais des pensées d’homme libre
(CAMUS,
Étranger, 1942, p. 1178) :

2.
Seulement, remis en liberté provisoire sous caution, un mois avant le
procès, et s’étant ainsi présentés devant le tribunal en qualité de prévenus
libres, ils purent faire appel et quitter la France dans les
vingt-quatre heures.
ZOLA, Argent, 1891, p. 418.



P. anal.

[En parlant d’un animal] Anton. de captif. L’air effaré des bêtes
fauves quand on les rend libres tout à coup
(FLAUB.,
Salammbô, t. 2, 1863, p. 161) :

3.
Un (...) rossignol né libre, qui seul est le vrai rossignol, a une
bien autre valeur que celui qui naît en cage : il chante bien autrement,
ayant connu la liberté, la nature et les regrettant.
MICHELET, Oiseau, 1856, p. 249.



[En parlant de la nature, de l’une de ses manifestations] Qui n’est pas
soumise à l’homme, domestiquée. Synon. sauvage, vierge. Là, des jasmins ont
poussé à l’abandon, et des clématites, avec un petit prunier sauvage, des
herbes libres et charmantes
(COLETTE, Cl. à
l’école,
1900, p. 192). V. basse-cour ex. 3.


Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. Nous sentons invinciblement qu’à
notre expansion complète il faut du végétal, du libre, du vivant, des bêtes
heureuses, des sources non captées
(BARRÈS,
Pitié églises,
1914, p. 324).
2. a) [En parlant d’un individu considéré comme membre d’une société
politique] Qui jouit des droits ou libertés politiques reconnu(e)s au citoyen.
Article premier.

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions
sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune (Doc. hist. contemp.,
Décl. droits homme et cit., 1789, p. 47). Il n’est ni juste, ni légal
de m’interroger de cette façon. Ce sont des procédés d’inquisiteur, non
d’hommes libres dans un pays libre
(MAUROIS,

Ariel, 1923, 1re part., V, p. 43). La vision paisible
d’hommes libres vaquant à leurs occupations, trouvant leur épanouissement dans
le cadre de la sécurité politique et matérielle est celle

et celle seule

que les hommes d’État doivent toujours avoir sous les yeux
(C.-A.
COLLIARD, Libertés publiques, Paris, Dalloz,
1975 [1950], p. XIV) :

4.
Il ne faut pas s’étonner que le citoyen libre soit presque toujours
un mécontent. Le sujet d’une tyrannie incline à être content, attendu qu’il
est dangereux de ne pas l’être.
ALAIN, Propos, 1934, p. 1198.



P. ext. Nation, pays libre. Nation, pays où les droits politiques
du citoyen sont reconnus. Gouvernement libre. Gouvernement qui garantit
ces droits. Un gouvernement libre est un gouvernement qui ne fait point de
mal aux citoyens, mais qui au contraire leur donne la sûreté et la
tranquillité
(STENDHAL, Amour, 1822, p. 175)
 :

5.
Jamais il n’exista de nation libre qui n’eût dans sa
constitution naturelle des germes de liberté aussi anciens qu’elle ; et
jamais nation ne tenta efficacement de développer par ses lois fondamentales
écrites d’autres droits que ceux qui existaient dans sa constitution
naturelle.
J. DE MAISTRE, Constit.,
1810, p. 8.



Monde libre. [D’un point de vue anticommuniste] Ensemble des pays
de régime non socialiste :

6.
Le nouveau Président [des États-Unis, H. Truman] avait renoncé au plan d’une
harmonie mondiale et admis que la rivalité du monde libre et
du monde soviétique dominait tout, désormais. L’essentiel consistait donc à
éviter les querelles entre États et les secousses révolutionnaires, afin que
tout ce qui n’était pas communiste ne fût pas conduit à le devenir.

DE GAULLE, Mém. guerre,
1959, p. 209.

b) [En parlant d’un état, d’une nation, d’une ville] Qui n’est pas
sous une domination étrangère ; qui a la souveraineté. Synon. autonome,
indépendant. L’État libre d’Irlande. La Grèce est devenue libre du joug de
l’islamisme
(CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848,
p. 274). Castlereagh, qui voulait une France diminuée, mais libre, et non
pas soumise à l’Autriche ou à la Russie, fut conduit à penser que la monarchie
bourbonienne était seule à remplir les conditions que l’Angleterre désirait
(BAINVILLE, Hist. Fr., t. 2, 1924, p. 134) :

7.
La visite au Québec, en juillet 1967, du président de la République
française, le général De Gaulle, précipite les événements et son « Vive le
Québec libre ! », lancé du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal
internationalise « la question du Québec » et accélère le mouvement
indépendantiste.
M. RIOUX, Les Québecois, Paris, éd. du Seuil,
1974, p. 144.



HISTOIRE

Cité, ville libre.
Cité, ville qui possédait son propre gouvernement, ses
magistrats et des privilèges propres à son statut. L’origine de la ligue
hanséatique fut due au besoin qu’on éprouva au moyen âge de favoriser le
commerce de quelques-unes des villes libres impériales de l’Allemagne
(MALTE-BRUN,
Géogr. universelle, Paris, Dufour, Boulanger, Legrand, t. 8, 1863, p.
160).

Mod. Commune libre. Association de quartier reproduisant d’une manière
populaire et quelquefois parodique les actes principaux de la vie d’une
commune. Bien avant la création de la Commune Libre de la Butte, de la
Vache Enragée et autres corps constitués du dix-huitième arrondissement,
Steinlen fut sacré citoyen de Montmartre
(FARGUE,
Piéton Paris, 1939, p. 37).

[Seconde Guerre mondiale]
France libre. Mouvement suscité puis organisé à partir de Londres par
le général De Gaulle, au lendemain de la capitulation française, refusant
cette capitulation et l’occupation allemande du sol français. Les émissions
de la France libre ; délégué (de la) France libre :


8.
En pratique, les fondations du long travail de rétablissement des
institutions républicaines furent posées le 18 juin 1940. Ce jour-là, le
général De Gaulle lança de Londres sa fameuse proclamation, invitant tous
les Français à continuer la lutte et à se rallier à lui. Le 7 août, il signa
un accord avec le gouvernement britannique concernant la levée de Forces
françaises libres. Il prit le titre de chef des Français libres, et le 27
octobre publia sa première ordonnance à Brazzaville, en Afrique équatoriale
française. Celle-ci organisait les pouvoirs publics dans la France
libre pour « aussi longtemps qu’il n’aura pu être constitué un
gouvernement français et une représentation du peuple français réguliers et
indépendants de l’ennemi ».
LIDDERDALE, Parlement fr., 1954, p. 44.

Forces françaises libres (abrév. FFL). V. ex. 8.
Zone libre. Partie de la France non occupée par l’armée allemande après
la signature de l’armistice. Gagner la zone libre ; passer en zone libre. Je
suis revenu de la zone libre dans le Paris de l’occupation, avec toutes les
difficultés et tous les problèmes que cela comportait pour moi
(MONTHERL.,
Demain, 1949, I, 1, p. 706).

B.

[Le déterminé désigne l’homme en tant que personne, son apparence, sa
manière d’être] Dont l’action ou l’expression ne rencontre pas d’obstacle.
1. [En parlant d’une pers.]
a) [Sans compl.]

)
Qui décide et agit par soi-même ; qui refuse toute sujétion aux choses,
toute pression d’autrui. Tout m’a semblé un asservissement, le travail,
l’amour, la recherche de la fortune, l’existence même ; et à force de vouloir
être libre, j’ai fini par vivre seul, en dehors du milieu commun, et je suis
devenu malheureux
(DU CAMP,
Mém. suic., 1853, p. 209). Elle se sentait une sympathie obscure, un
peu craintive, pour un homme célèbre et qui paraissait néanmoins mépriser la
gloire, vivait libre et seul, et pauvre aussi peut-être, dans une indépendance
sauvage
(BERNANOS, Joie, 1929, p. 575).

Comme pendant la grande guerre, comme en Chine, enveloppé de ce bruit
protecteur et pourtant si vulnérable de moteur, Leclerc, la cape grise sur la
tête, se sentait libre d’une liberté divine, au-dessus du sommeil et de la
guerre, au-dessus des douleurs et des passions
(MALRAUX,
Espoir, 1937, p. 616). V. aventure ex. 19, ambitionné ex.
6 et autonomie ex. 9 :

9.
Rien n’est charmant, à mon sens, comme cette façon de voyager.

À pied !

On s’appartient, on est libre, on est joyeux ; on est tout entier et
sans partage aux incidents de la route, à la ferme où l’on déjeune, à
l’arbre où l’on s’abrite, à l’église où l’on se recueille. On part, on
s’arrête, on repart ; rien ne gêne, rien ne retient. On va et on rêve devant
soi.
HUGO, Rhin, 1842, p. 154.



Loc. [Pour exprimer le fait qu’on laisse une personne libre de
faire/penser ou de ne pas faire/ne pas penser qqc.] Les volontés (les
opinions, les goûts) sont libres. On dira, sans doute, que les goûts sont
libres en mathématiques
(CHASLES, Aperçu, hist.
orig. et développ. méth. géom.,
1837, p. 185) :

10.
... que voulez-vous que je vous chante ? Je ne suis pas bégueule, je vous en
préviens, mais je ne sais pas de couplets de corps de garde. Je ne
m’encanaille pas la mémoire !

Connu, dit Marcel, vous êtes une vertu ; allez votre train, les opinions
sont
libres.
MUSSET, Mimi Pinson, 1845, p. 229.


Expr. proverbiale. Être libre comme l’air*.

)
Qui n’est pas engagé, obligé moralement, juridiquement, religieusement.
Sur ses vêtements noirs elle portait la capuche grise des sœurs de charité
libres et n’ayant point fait de vœux
(PONSON DU

TERR., Rocambole, t. 2, 1859, p. 27).


En partic.


Qui n’est pas marié ; qui n’a pas de liaison amoureuse. Pourquoi une jeune
personne aussi exemplaire et aussi attrayante demeure-t-elle libre, quand elle
devrait être dix fois mariée ?
(AMIEL, Journal,
1866, p. 523). Bien que divorcée et libre, on ne lui connaissait pas
d’amant
(SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p.
19). [P. méton. du déterminé.] Un cœur libre. Le cœur d’Isambard étoit
encore libre, et n’avoit jamais connu l’amour
(GENLIS,
Chev. Cygne, t. 1, 1795, p. 5).


Qui est inscrit dans un établissement ou qui est membre d’un corps constitué
sans être astreint aux devoirs ou obligations propres à cet établissement ou à
ce corps constitué. Mon père aurait bien voulu (...) savoir si l’appui de
l’Ambassadeur lui vaudrait beaucoup de voix à l’Institut où il comptait se
présenter comme membre libre
(PROUST, Guermantes
1,
1920, p. 150).
Auditeur*, externe* libre.

)
Qui est disponible. Anton. occupé, pris (fam.), retenu. Être
libre à déjeuner. Le soir, à huit heures, vous mettrez son bureau en ordre, et
à dix vous serez libre
(STENDHAL, Rouge et Noir,
1830, p. 232). Un chauffeur de taxi, libre pour quelques minutes entre
le passage de deux trains
(ROY, Bonheur occas.,
1945, p. 50).

b) [Avec compl. prép. de]

)
Libre de
+ subst.


Qui est délivré, exempt de. Libre de tout souci, il put se livrer sans
contrainte au doux penchant qui l’attirait vers la dot de Mademoiselle
Steimbourg
(ABOUT, Nez notaire, 1862, p.
199). Les membres de ce haut conseil seraient libres de toute recherche, de
tout enseignement. Il ne feraient pas de discours. Ils ne publieraient pas de
livres
(CARREL, L’Homme, 1935, p. 353).

SYNT. (Être) libre d’attache, d’inquiétude ; libre de tout(e)
crainte, engagement, entrave, lien, obligation, préjugé, responsabilité.


Qui est maître de. La main de cette Antonia dont vous désirez d’occuper
le cœur n’étoit à dédaigner pour personne (...) ; et Antonia, libre de son
choix, ne l’arrêteroit que sur vous
(NODIER, J.
Sbogar,
1818, p. 173). En me demandant ma signature, n’est-ce pas, vous
me laissez absolument libre de ma personne ?
(DUMAS
père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 501). Pour mener une campagne
d’opinion, vous devez être libre, vous m’entendez bien, libre de vos
mouvements, de vos décisions
(DUHAMEL, Combats
ombres,
1939, p. 207).

SYNT. (Être) libre de ses actes, de son cœur, de son corps, de ses
gestes, de sa pensée, de son sort, de son temps.


En partic., vieilli. Être libre de sa parole. Ne pas tenir ses
promesses. Les Étoliens, peuple brigand, pirates de terre, toujours libres
de leur parole et de leurs sermens
(MICHELET,
Hist. romaine,
t. 2, 1831, p. 53).


)
Libre de
+ inf. Qui a la faculté, la possibilité, le droit de + inf.
Mercédès ne dépend de personne, n’est-ce pas ? Et elle est bien libre d’aimer
qui elle veut ?
(DUMAS père, Monte-Cristo, t.
1, 1846, p. 32). À sa mansarde où, matin et soir, les habitués de la place
des Vosges étaient libres de l’apercevoir accoudé à la fenêtre
(ESTAUNIÉ,
Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 8). V. autoriser ex. 6 :

11.
Ah ! Je voudrais qu’on me laissât tranquille, être oublié ; libre de
penser à mon gré sans qu’il en coûtât rien à personne et d’exprimer sans
contrainte ou crainte des censures le balancement de ma pensée.
GIDE, Journal, 1941, p. 64.



Tournure impers., vieilli. Il est libre à qqn de + inf. Il
est permis, autorisé, loisible à quelqu’un de + inf. Par ce traité, il est
libre aux généraux vendéens de rester en France ou de passer en Angleterre

(CHATEAUBR., Mél. hist., 1827, p. 342).



P. ell., cour.
[Avec une idée de risque à assumer] Libre à + pron.
pers. (de + inf.). Quand vous lirez cette lettre, vous aurez le
souvenir en votre pouvoir. Libre à vous de tout oublier
(BALZAC,
Illus. perdues, 1839, p. 201). Inutile, Simon, de t’encourager au
travail. Ou tu travailleras, ou tu te passeras de pain. Cela est ton affaire
et je ne m’en mêlerai plus. S’il te plaît de mourir au pied d’une borne
kilométrique couvert de haillons, libre à toi...
(GIRAUDOUX,
Simon, 1926, p. 7).

2. a) [En parlant d’une manière d’être ou d’agir] Qui ne manifeste ou
ne dénote aucune gêne, aucune retenue. La confiance libre et naïve que l’on
a pour une mère
(M. DE GUÉRIN,
Corresp., 1836, p. 247). Drumont est très libre d’esprit, très
vraiment gai, avec un rien de griserie de son succès
(GONCOURT,
Journal, 1886, p. 567). De beaux yeux lumineux, une jeune bouche
rieuse, des manières franches et libres, une voix bien timbrée
(ROLLAND,
J.-Chr., Révolte, 1907, p. 519). V. brillant ex. 7.



Être (très) libre avec qqn. Mes soldats étaient fort à leur aise, très libres
avec moi. J’en ai vu souvent me tutoyer
(LAS
CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 79).
SYNT. (Être, se montrer) libre dans son comportement, ses propos ;
(être) libre d’allure, de manières, de propos ; conversation, gaîté, regard,
rire, ton libre ; réflexions libres.


En partic., domaine de l’expression littér. et artist.
[En parlant d’un style, d’une œuvre] Synon. de aisé, franc, hardi.
Regardez
[dans le Repas chez Simon] la femme montée sur les
patins de bois (...) quelle aisance de mouvement, quel jet libre et spontané,
quel accent de nature !
(GAUTIER, Guide Louvre,
1872, p. 45). Cet architecte du milieu du XIIIe
siècle
[Villard de Honnecourt] dessine d’une plume libre et
trace des figures sinueuses enveloppées de robes souples
(HOURTICQ,
Hist. art, Fr., 1914, p. 115) :

12.
Je demande à un croquis d’être libre, rapide, incisif, mordant,
forcé. Je lui demande de passer la mesure, d’outrer la vérité pour la faire
mieux sentir.
FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 551.



Souvent péj. Qui ne manifeste ou ne dénote pas de souci des
convenances. Anecdote, chanson, conte, gravure libre ; libres allures,
propos ; des plaisanteries très libres ; un milieu très libre de mœurs. Ils

[les hommes qui se sont autrefois joués des mœurs] ont contribué à
faire perdre les mœurs sévères qui les gênaient, ils déclament maintenant
contre les mœurs libres qui les inquiètent
(SENANCOUR,
Obermann, t. 2, 1840, p. 26). La conversation était extrêmement
libre ; je n’aimais pas à entendre M. Malet parler devant sa fille de sujets
scabreux
(MAUROIS, Climats, 1928, p. 62) :

13.
Il reprit sa lecture : M. Piédagnel a composé un cahier (...) qui contient
(...) des extraits de diverses poésies érotiques, composées par Leconte de
Lisle et Paul Verlaine, ainsi que par plusieurs autres auteurs libres
[it. ds le texte], et le choix des pièces décèle un excessif libertinage de
l’esprit et des sens.
FRANCE, Orme, 1897, p. 17.

b) [En parlant d’un penseur, ou d’une manière de juger, de
s’exprimer] Qui fonde son jugement (ou qui est fondé) en dehors de toute
référence à la tradition, à l’autorité, aux croyances établies, aux préjugés.
« Principe du libre examen », disent les statuts de l’Université, et
disons-nous également dans le langage courant. Ce principe, nous tendons tous
naturellement à y voir celui qui guide le savant ou le chercheur libre, qui
marche droit vers la vérité, sans se laisser impressionner par les injonctions
plus ou moins discrètes que la société, la religion, les partis politiques
sèment sur sa route
(J. STENGERS, D’une
définition du libre examen
ds R. de l’Université de Bruxelles,
oct.-déc. 1955, p. 35). Avec le recul du temps, on s’aperçoit que la
plupart des grands progrès humains sont dus aux penseurs libres qui, à un
moment de l’histoire, ont eu le courage de faire scandale
(A.
BAYET, Hist. de la Libre-Pensée, Paris, P.U.F.,
1959, p. 121) :

14.
... un esprit libre, c’est celui qui sait poser les problèmes sous
une forme qui n’implique à l’avance aucune solution. Avoir l’esprit libre,
c’est uniquement voir toute question dans sa nudité

dépouillée de toutes les interprétations et les réponses des hommes
antérieurs.
RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906,
p. 160.



Libre discussion.
Discussion dans laquelle n’interviennent ni ne sont mis
en cause les préjugés personnels, moraux, intellectuels, scientifiques. Il
existe chez l’Anglais, développés par son histoire, le goût et l’acceptation
de la libre discussion et un respect de l’opinion d’autrui que l’on imagine
mal sur le continent
(VEDEL, Dr. constit.,
1949, p. 41).


Libre examen*, libre(-)pensée* rem., s.v. libre(-)penseur ;
libre(-)penseur
*.
C.

[Le déterminé désigne une chose, un processus, une action ou une activité
dont le sujet peut être une personne ou une chose]
1. a) Qui n’est pas assujetti à quelque chose d’autre. Leurs robes
de gaze traînantes, libres à la taille, tombaient autour d’elles en longs plis
flottants
(LOTI, Mariage, 1882, p. 11).

Un paillasson précède immédiatement la porte dont le battant resté libre
s’ouvre en dedans
(VERLAINE, Œuvres compl.,
t. 4, L. Leclercq, 1886, p. 94). Ses cheveux noirs, libres de tout lien,
s’épandaient en nappes d’ébène sur ses fragiles épaules, sur ses bras nus

(BENOIT, Atlant., 1919, p. 257). Les mains
libres, il frotta l’un contre l’autre ses poignets gonflés
(CAMUS,
Exil et Roy., 1957, p. 1612).



En partic. [En parlant d’un dispositif, d’un mécanisme ou d’une
pièce d’un mécanisme] Engrenage, pignon, ressort libre. Une scierie
chantait une chanson ailée à deux tons graves au travail, puis claire à lame
libre
(GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 99).

Roue* libre.



Spécialement

BOT.
[En parlant d’un organe] Qui n’est pas soudé à un autre. Amande,
étamines, calice libre(s). L’ovaire est libre, au-dessus des enveloppes
florales, ou bien il est adhérent à elles
(PLANTEFOL,
Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 415).



CHIM. Corps libre
ou à l’état libre ; radical libre. Corps, radical
qui n’est pas combiné, associé. En décomposant le gaz acide carbonique,
(...) les végétaux s’en approprient le carbone, et laissent l’oxigène libre
(CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 2, 1808,
p. 237). Il obtint de la sorte un savon calcaire, facile à décomposer par
l’acide sulfurique, qui précipita la chaux à l’état de sulfate et rendit
libres les acides gras
(VERNE, Île myst.,

1874, p. 182). La rupture de la molécule monomère avec libération de
radicaux libres qui seraient les véritables initiateurs de la polymérisation
(CHAMPETIER, Chim. macro-mol., 1957, p. 43).
Libre parcours* moyen (d’une molécule, d’une particule).

MATH. Partie libre.
Ensemble de vecteurs dont la combinaison ne peut être
égale au vecteur nul que si tous les coefficients de cette combinaison sont
nuls (d’apr. A. THUIZAT, G. GIRAULT,
Math., Classes de Secondes CT, t. 1, 1978, p. 94).



MINÉR. Cristaux libres.
Cristaux dont les aiguilles sont distinctes les
unes des autres. (Ds BESCH. 1845, Lar. 19e-Lar.
encyclop.,
QUILLET 1965).
b) Qui s’accomplit sans contrainte ou dont l’évolution (le
fonctionnement, la manifestation, le mouvement) n’est pas gêné, empêché.

Action libre ; mouvements libres ; libre cours, exercice, jeu. Il
bégayait légèrement, maintenant il a la parole parfaitement libre (Ac.). Si tu
n’as pas encore l’usage libre de ta main, fais-moi, comme tu l’as fait écrire
souvent, écrire ne fût-ce qu’un mot
(LAMART.,
Corresp.,
1831, p. 225). La réunion avait été toute successive, sans
dessein arrêté, et toujours libre
(SAINTE-BEUVE,
Port-Royal, t. 3, 1848, p. 106). Le jet d’eau laissé libre s’élève
en ligne droite ; gêné, comprimé, il biaise, il gauchit. De même l’esprit
laissé libre s’exerce normalement ; comprimé, il subtilise
(RENAN,
Avenir sc., 1890, p. 59).


En partic.

Esprit, pensée, tête libre.
Esprit, pensée délivré(e) de tout embarras, de
toute préoccupation. Aujourd’hui la tête un peu plus libre que les jours
précédents, j’ai pu reprendre le travail et sortir de l’infernal décousu dans
lequel je végétais
(BARB. DAUREV.,
Memor. 1, 1838, p. 193). À peine debout, il s’aperçut qu’il n’avait
pas l’esprit libre ; les événements de la veille l’obsédaient
(MARTIN
DU
G., Thib., Été 14, 1936, p. 200). Esprit libre. Esprit
dégagé de tout préjugé. Supra ex. 14.



(Avoir le) ventre libre
(vieilli). Ne pas être constipé. Comme il est
essentiel que ces malades
[les mélancoliques], qui ordinairement
sont constipés, aient le ventre libre, on leur prescrira des lavemens fréquens
(GEOFFROY, Méd. pratique, 1800, p. 488).



Spécialement

AÉRON. Ballon libre.
Aérostat qui n’est pas relié à la terre par des
cordages ou un câble. Anton. captif. Dès le début du
XIX
e siècle, le ballon libre était arrivé au maximum de
perfectionnement, (...) nombre d’inventeurs se flattaient de pouvoir bientôt
le rendre dirigeable
(P. ROUSSEAU, Hist. techn.
et invent.,
1967, p. 356). Ascension libre. Ascension qui
s’effectue sans relation à la terre. Je veux m’offrir une ascension libre
et je me dirige vers le ballon de M. Godard et Cie
(MAUPASS.,
Contes et nouv., t. 2, Notes voy., 1884, p. 436).



ÉLEV. Stabulation
* libre.

MÉCAN. DES FLUIDES. Surface libre. Un liquide placé dans un vase présente une
surface libre : c’est la surface qui n’est pas en contact avec les parois du
vase
(Encyclop. pratique, Connaissances générales, Paris, Quillet,
1958, p. 146).


PHONÉT. Voyelle libre
ou en position libre (ou en syllabe ouverte).
,,Voyelle qui n’est pas suivie d’une consonne dans la même syllabe`` (Ling.
1972). Anton. entravé. A tonique libre abouti après
diphtongaison
(REYNAUD DE LAGE,
Manuel pratique d’a. fr., Paris, Picard, 1964, p. 54).



PHYS. Chute
* libre.

POSTES ET TÉLÉCOMM. Libre appel. Communications téléphoniques
émanant de
correspondants quelconques qui vous appellent d’un ou plusieurs
départements français préalablement désignés (communications dites « 
libre-appel ») (Annuaire officiel des abonnés au téléphone,
nov. 1979, p.
14).


PSYCHANAL. Association
* libre.

SPORTS.
Qui est pratiqué sans respecter d’autres règles que celles
imposées par la sécurité :

15.
Le ski libre est considéré comme un travail foncier, destiné à
permettre au coureur de réajuster son équilibre et ses réflexes. Il est
pratiqué sur des pentes aussi variées que possible, sur lesquelles les
skieurs inscrivent un nombre de plus en plus élevé de virages de plus en
plus serrés, de toutes sortes, mais sans aucune contrainte de passages à des
endroits matérialisés par des portes de slalom ou de descente.

Gde encyclop. de la Montagne, Paris, éd. Atlas, 1977, p. 1652.

AILE VOLANTE. Vol* libre.
ALPIN. Escalade libre.
Escalade au cours de laquelle le grimpeur ne s’aide
d’aucun accessoire artificiel, qui serve à compenser l’absence ou
l’insuffisance des prises (pitons p. ex.). Anton. escalade artificielle. La
voie Prat, (...) constitue actuellement l’itinéraire en escalade libre le plus
difficile de l’Oisan
(La Montagne et Alpinisme, 1980, p. 232). P.
ell. (Grimper) en libre ; faire de la libre :


16.
... les accessoires de l’escalade artificielle laissent dans le rocher des
traces irréversibles, ce que déplorent justement un nombre croissant
d’alpinistes, et en particulier ceux qui sont capables de passer en libre
là où d’autres, plus besogneux, ont dû installer des pitons !
Gde encyclop. de la Montagne, Paris, éd. Atlas, 1977, p. 993, s.v.
escalade.

LUTTE. Lutte libre. Lutte qui n’interdit pas l’action des jambes au
cours des prises. Anton. lutte gréco-romaine. La lutte libre, où le sens de
l’équilibre, la vitesse d’exécution et la souplesse jouent un grand rôle, fait
intervenir l’action des jambes pour porter des prises. Certaines restrictions
sont pourtant apportées comme dans la gréco-romaine
(Panorama du

XXe siècle, Paris, Larousse, 1976, p.
1583). P. ell. En lutte, (...) on interdit tous les matches de « libre » ou
de catch
(L’Œuvre, 25 janv. 1941, p. 4, col. 3).


TECHNOL. Échappement
* libre.

2. a) Qui ne présente pas d’obstacle(s) limitant l’accès, le
passage, la circulation. La masse de gens qui se pressaient de chaque côté
contre la muraille, pour laisser libre le chemin de l’escalier
(REIDER,
Mlle Vallantin, 1862, p. 186). Les derniers
wagons glissent lentement sur les rails. Le passage à niveau est libre
(MARTIN
DU
G., Thib., Été 14, 1936, p. 742).



Air
* libre.

Mer, océan, rivière libre.
Mer, océan, rivière dégagé(e) de tout obstacle.
Le capitaine de la Saxonia fut assuré que le chenal nord était libre
de mines : il le prit et sauta
(MAUROIS,

Silences Bramble, 1918, p. 105). Au-delà de l’horizon prochain, je sais
seulement qu’il y aura ou la terre ou la mer, au-delà encore ou la mer libre
ou la mer gelée
(MERLEAU-PONTY,
Phénoménol. perception, 1945, p. 382). V. aimer ex. 15 et
chenal
ex. 2.



Loc., au fig. Champ
*, place, voie libre. Dans quatre ans, mes examens
seront passés et j’aurai mon diplôme. Alors, la route libre ! Avec mes articles
et, bientôt, des remplacements, des occasions, des imprévus, mille petites
choses à côté
(DUHAMEL, Notaire Havre, 1933,
p. 103).
b) Qui n’est pas occupé, réservé, affecté à un usage précis, à une
personne particulière. Chambre, place, siège, terrain, voiture, toilettes
libre(s) ; appartement libre à la vente. Comme il n’y avait plus qu’un seul
pupitre de libre, Louis Lambert vint l’occuper
(BALZAC,
L. Lambert, 1832, p. 43). De sa main libre, il s’essuyait les yeux
(COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e
part., IV, p. 139).


En partic.

Temps libre. Temps dont on dispose à sa guise. Avoir ses après-midi,
ses soirées libres ; faire qqc. à ses moments libres. Mes devoirs s’entraînent
et se multiplient, ils ne me laissent pas un moment de libre
(LAMENNAIS,
Lettres Cottu, 1821, p. 110).

Loc. Un/des temps libre(s). Temps qui n’est pas consacré à des séances
de travail soumises à des contraintes (conférences, prédications...). Le
lendemain soir, ayant écouté encore trois fois le religieux qui prêchait la
retraite, chanté en commun, et essayé avec ennui de songer dans la solitude de
sa chambre, pendant les « temps libres », Gilbert prit la résolution de s’en
aller
(R. BAZIN, Blé, 1907, p. 322). (Le)
temps libre.
Temps consacré aux activités non professionnelles, aux
loisirs. L’opposition traditionnelle entre le travail et le « temps libre
 », entre l’obligation routinière et la liberté créatrice
(Traité sociol.,
1967, p. 511).


Loc., au fig. Avoir, garder les mains libres ; laisser les mains libres à qqn.
N’être engagé d’aucune façon ; avoir (ou laisser à quelqu’un) une totale
liberté d’action. Aristide voulait avoir les mains libres ; une femme et une
enfant lui semblaient déjà un poids écrasant pour un homme décidé à franchir
tous les fossés, quitte à se casser les reins ou à rouler dans la boue
(ZOLA,
Curée, 1872, p. 359).


Libre de
+ subst. Qui n’est pas l’objet d’un contrat ; libéré de tout
occupant ou de toute occupation. Un cabaret « libre de brasseur » est chose
rarissime à l’heure actuelle
(VAN DER

MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 309). La cloche
(...) annonce aux villageois que désormais les champs de « Maître Untel » sont
libres de récolte et que le glanage est permis
(MENON,
LECOTTÉ, Vill. Fr., t. 2, 1954, p. 15).
(Un bien) libre d’hypothèque. Bien sur lequel il n’y a pas
d’hypothèque. D’immenses propriétés territoriales libres d’hypothèques

(BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 179).


Spécialement

ADMIN. PUBL. Poste
* libre.


POSTES ET TÉLÉCOMM. Ligne libre. Il reprit le téléphone et demanda lui-même
l’hôtel de Janville. Le poste n’était pas libre. Il attendit cinq minutes et
fit un nouvel appel
(DUHAMEL, Passion J.
Pasquier,
1945, p. 232).
3. a) Qui n’est pas interdit ou réglementé. M. de Mercy, ambassadeur
de la cour de Vienne en France, a demandé au roi le libre passage pour les
troupes autrichiennes sur le territoire de France
(MARAT,
Pamphlets, C’en est fait de nous, 1790, p. 205). Nombreuses sont les
formes de propriété où l’individu n’a pas la libre disposition des biens
(JAURÈS,
Ét. soc., 1901, p. 164). L’entrée sera libre pour le lecteur sur
place. Pour les prêts, une pièce d’identité avec indication de domicile devra
suffire
(BECQUET, Organ. loisirs travaill.,

1939, p. 41).


Loc. Avoir ses entrées libres chez qqn ; avoir libre accès, un libre accès
auprès de qqn.
,,Avoir la facilité d’entrer à toute heure chez lui`` (Ac.).


En partic.


Libre choix
,,Possibilité offerte à un accidenté du travail ou à un assuré social de
choisir librement le praticien ou l’établissement de soins auquel il se
confie, ainsi que son pharmacien ou son fournisseur de prothèse.`` (Lar.
méd.
t. 2 1972). La tarification dégrade l’acte médical et risque d’en
avilir la qualité. Le projet en discussion est susceptible de mettre en cause
le libre choix du médecin par le malade : il est une étape sur la voie de la « 
fonctionnarisation » de la médecine
(MEYNAUD,
Groupes pression Fr.,
1958, p. 241).

Méthode de vente laissant au client la possibilité de se servir seul parmi les
marchandises exposées. Le libre choix, diffère du libre-service, car
le vendeur intervient toujours au moment du paiement, ou éventuellement avant,
à la demande des clients. Il est donc pratiqué par des magasins traditionnels
ne disposant pas de caisse de sortie
(Lar. encyclop. Suppl. 1968).


Quartier
* libre ; libre-service* ; vente* libre.



Spécialement

CH. DE FER. Voie
* libre.

DR. MAR. Libre pratique.
,,Permission donnée à un navire, par les
autorités sanitaires, de communiquer librement avec la terre après production
d’une patente de santé nette, ou après avoir fait la quarantaine prescrite`` (GRUSS,
1952). Entrer, être admis en, recevoir la libre pratique :


17.
... le commissaire du bord remet au monsieur noir un papier que celui-ci
reçoit dans une pelle en cuivre ; il l’ouvre précieusement avec des pincettes
en même métal, et, après en avoir pris connaissance, il abandonne son
instrument devenu inutile ; il plie courageusement, avec ses propres mains,
cette patente tout à l’heure si dangereuse et la rend au commissaire, en
déclarant le navire et ses passagers en libre pratique.
DU CAMP, Nil, 1854, p.
6.

b) Dont la forme n’est pas imposée, soumise à des règles, à des
conventions. Horaire, interprétation, sujet, transcription libre. Ma
traduction est un peu libre, par crainte des platitudes d’une juxtaposition de
mots trop précise
(GIDE, Journal, 1931, p.
1077). [L’imitation] Elle est libre ou irrégulière lorsqu’elle ne se
fait pas une loi d’observer exactement la correspondance des tons, des
demi-tons et des modulations appartenant à la partie imitée
(ROUGNON
1935, p. 156) :

18.
Le cours de médecine du collège de France ne saurait nullement représenter
l’enseignement de la médecine dans son ensemble ni dans aucune de ses
parties spéciales. C’est un cours libre qui doit simplement exprimer
les progrès et les tendances de la médecine suivant les différentes époques.
C. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 23.



En partic.

Amour
*, union* libre.

Construction libre (dans un lotissement).
Construction ne comportant pas
d’autres contraintes que celles imposées par les normes ordinaires de
l’urbanisme.



Cure
* libre.

Papier
* libre.


[En parlant des épreuves d’un championnat, d’une compétition sportive, d’un
concours] Anton. de imposé. Nage, patinage libre ; programme libre ; figures
libres ;
p. ell. (en patinage p. ex.) libre couples, dames, messieurs.
[Au cours des championnats de France du dessert] M.P.G. Walter a
réalisé le programme imposé, mais c’est dans l’exercice libre qu’il l’a
véritablement emporté à l’arraché sur les autres chefs de ce groupe (des
professionnels de la région Est)
(L’Est Républicain, 26 mars 1981,
p. 13, col. 7). V. figure I B 1 c ex. de Jeux et sports, 1967,
p. 1601.



Spécialement

ENSEIGN. SUPÉRIEUR. Licence
* libre.

LOISIRS. Séjour
* libre.


VERSIF. Vers libre. Vers échappant aux règles de la versification
traditionnelle, à césure variable, ne comportant pas un nombre fixe de
syllabes et dans lequel la rime est facultative. Aujourd’hui un poète, même
s’il n’admet pas le vers libre, consent non au vers sans césure (il n’y en a
pas), mais au vers à césure variable
(GOURMONT,
Esthét. lang. fr.,
1899, p. 221).
c)
)
Qui n’est pas soumis à une autorité politique contraignante ; dont le
fonctionnement régulier est garanti par l’État. Libre circulation,
expression, usage ; élections libres. La République assure la liberté de
conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules
restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public
(Recueils
textes hist.,
Loi de séparation, 1905, p. 97) :

19.
... Robespierre veut tout organiser, c’est un grand organisateur ; il donne
tout à l’État, il veut que tout dépende de l’État. Danton, lui, veut tout
laisser libre ; il veut tout laisser au concours ; l’État doit
réglementer le moins possible ; tout doit être, d’après lui, au choix du
peuple...
ERCKM.-CHATR., Hist.
paysan,
t. 2, 1870, p. 287.


)
En partic. Église libre. Église ou confession indépendante de la
religion officielle dans un pays à religion d’État. (Dict. XIXe
et XXe s.).


)
Spécialement


COMMUNICATION

Presse libre.
Presse qui n’est pas contrôlée par l’État, qui ne reçoit pas
d’aide financière limitant sa liberté. En Angleterre, de 1641 à 1643, les
journaux libres firent une première apparition. Le long parlement y mit
aussitôt bon ordre ; Cromwell et les Stuarts rétablirent monopole et censure

et, pendant cinquante ans, les Provinces-Unies furent le seul asile de la
presse libre
(Civilis. écr., 1939, p. 36-5). Dubreuilh haussa
les épaules : « Vous savez, tous les journaux vont être obligés tôt ou tard
d’accepter des subsides privés ; la presse libre : encore un joli bobard ! »

(BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 139).


Radio libre.
Radio qui échappe au monopole de l’État ou qui ne fait pas
partie du circuit officiel de la programmation. Aucune radio ne peut
émettre en France sans l’autorisation de l’État. Pour combien de temps encore ?
Beaucoup s’en plaignent et demandent la parole. En ignorant ou en tournant la
loi, radios privées et radios libres préparent activement l’avenir
(Télérama,
18 mars 1981, no 1627, p. 118).



Tribune
* libre.


DROIT

DR. CIVIL. Libre disposition des biens. Les particuliers ont la libre
disposition des biens qui leur appartiennent, sous les modifications établies
par les lois
(Code civil, 1804, art. 537, p. 99).



DR. INTERNAT.
Libre circulation des travailleurs.
Droit des travailleurs de chacun des
pays membres de la Communauté Économique Européenne d’être traités dans tout
pays membre comme le travailleur national (d’apr. Jur. 1971).
Libre circulation des marchandises. ,,Disparition des obstacles
administratifs et tarifaires et rapprochement des prix des produits à
l’intérieur de la Communauté Économique Européenne`` (BARR.
1974).



ÉCON. Force, pouvoir et contrainte sont tendanciellement exclus du
marché libre où les seules pressions sont celles du prix qui répartit, entre
les emplois et les sujets, les ressources économiques
(PERROUX,
Écon. XXe s., 1964, p. 25).
Les prix sont entièrement libres depuis la fin de la guerre, sous réserve des
tentatives générales de blocage
(JOCARD, Tour.
et action État,
1966, p. 97) :

20.
Tout gouvernement qui se mêle du commerce et ne le laisse pas libre,
entreprend une coûteuse sottise : il arrive ou au maximum ou au
monopole. Selon moi, rien n’est plus conforme aux principes sur la liberté
du commerce que les sociétés par actions !
BALZAC, Mais. Nucingen, 1838, p. 635.

Libre concurrence* ; libre(-)échange* ; libre entreprise* ;
ventes* libres (et ventes* forcées).

FINANCES

Cours libre. Un billet a cours libre quand il circule sans que les
particuliers ni les caisses publiques, par exemple les bureaux de poste ou les
trésoreries générales des départements, soient tenus de l’accepter en paiement
(LESOURD, GÉRARD, Hist.
écon.,
1968, p. 36).
Épargne libre. Klein subdivise l’épargne totale d’un ménage en trois
composantes : les achats nets de biens durables, (...) l’épargne
contractuelle, (...) l’épargne libre, (...), qui regroupe notamment les
placements nets en avoirs liquides et en valeurs immobilières, les
investissements fonciers et immobiliers nets et le financement des entreprises
individuelles
(L’Épargne et l’épargnant, Paris, Dunod, 1967, p.
191).


ENSEIGN. [P. oppos. à enseignement public] Enseignement
libre.
Enseignement que l’État ne prend pas (ou pas complètement) à sa
charge. Synon. privé. L’État se réserve le droit de surveiller les écoles
libres. Cette surveillance doit être telle que, d’une part, la liberté
d’enseignement ne soit pas rendue par elle, un vain mot ; que, d’autre part,
l’État ne puisse être menacé dans son existence par l’enseignement libre

(C.-A. COLLIARD, Libertés publiques, Paris,
Dalloz, 1975 [1950], p. 406).



Collège, école, université libre.
Établissement d’enseignement privé et
en partic.,
école confessionnelle. Les établissements d’enseignement
supérieur pouvaient prendre le titre de facultés libres s’ils comprenaient au
moins le même nombre de professeurs docteurs que les facultés de l’État
comptant le moins de chaires. Trois facultés libres pouvaient constituer une
université libre
(Encyclop. éduc., 1960, p. 67). Aujourd’hui, le
mot « libre » ne convient plus guère qu’aux établissements privés sans aucun
contrat, qui ont intégralement gardé le statut d’origine
(Éduc.

1979) :

21.
... en matière d’enseignement, ce qui importe beaucoup, c’est le respect de
la liberté des citoyens, c’est le fait qu’on ne brime pas un père de famille
qui a mis ses enfants à l’école libre, qu’on ne déclasse pas
les fonctionnaires d’esprit catholique, qu’on ne fait pas de différence au
bureau de bienfaisance entre celui qui met ses enfants à l’école de l’État
ou à l’école libre.
BARRÈS, Cahiers, t. 12, 1919, p. 178.



SYNDICAL. Syndicat libre. Syndicat indépendant de toute domination
extérieure, en particulier politique ou étatique. Confédération
Internationale des Syndicats Libres. Syndicats européens dits « libres », au
nombre desquels figure la centrale française FO
(Informations, 26
mars 1973, p. 33) :

22.
Le 26 janvier 1978, (...) un petit groupe de cinq travailleurs soviétiques
(...) tenait une conférence de presse à Moscou pour annoncer la création
prochaine d’un syndicat libre en Union soviétique.
J.-J. MARIE ds Syndicat libre en URSS, Paris,
éd. du Seuil, 1978, p. 8.

II.

PHILOS. PSYCHOL. [Le déterminé désigne spécifiquement l’homme en
tant qu’être doué de volonté] Qui n’est pas soumis à des forces intérieures
d’ordre irrationnel.
A.

[P. oppos. à déterminé] Qui peut choisir souverainement entre deux
possibilités contraires, sans avoir de motif relatif au contenu de l’acte à
accomplir. V. liberté d’indifférence* :


23.
... si la grâce se déploie si à son aise chez saint Augustin, c’est dans une
certaine mesure parce que le caractère incoercible du vouloir est à ses yeux
évident. Pourquoi rappeler que les choix de la volonté viennent d’elle,
puisqu’elle est par définition un pouvoir d’exercer son choix ? Ce qu’il
importe, par contre, de souligner, c’est que vouloir, c’est être libre.
GILSON, Espr. philos. médiév., 1932, p. 102.


Libre-arbitre*.


[En parlant de l’acte accompli dans ces conditions] Une action que l’on
fait avec la conscience de pouvoir ne pas la faire, c’est là ce que les hommes
ont appelé un acte libre ; car là n’est plus le caractère de la nécessité
(COUSIN,
Hist. philos. XVIIIe s., t. 2,
1829, p. 501).

B.

[Compatible avec déterminé ; corrélatif de moral, responsable]
Qui se détermine après réflexion, en connaissance de cause, d’après des motifs
acceptés ; qui contrôle ses passions et réalise dans ses actes le bien, la
raison, la vérité considérés comme l’expression de sa nature profonde. Du
moment qu’on n’obéit plus à son caprice, mais à une règle librement choisie,
on est libre, moral, saint
(JOUHANDEAU, M. 
Godeau,
1926, p. 51). Un être ne se sent obligé que s’il est libre, et
chaque obligation, prise à part, implique la liberté
(BERGSON,
Deux sources, 1932, p. 24) :

24.
... l’homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est
pas créé lui-même, et par (...) ailleurs cependant libre, parce
qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait.
SARTRE, Existent., 1946, p. 37.



[En parlant de l’acte accompli dans ces conditions] :

25.
Cela (...) a été la grande erreur de notre droit pénal classique, de faire
de l’acte prémédité et réfléchi l’acte libre par excellence (...).
Rien de plus patient, de plus prémédité, de plus réfléchi, que l’obsession
passionnelle de certains meurtres ; mais aussi, rien de moins libre,

si nous entendons par liberté le fait d’avoir pu se soustraire à l’idée
fixe, le fait d’avoir eu la conscience que l’on pouvait, et surtout que l’on
devait, agir autrement.
R. SALEILLES, L’Individualisation de la peine,
Paris, Alcan, 1927 [1898], p. 66.

Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. En quoi consiste le
libre, le volontaire, dans la croissance de nos motifs et dans la naissance de
nos choix ?
(RICŒUR, Philos. volonté, 1949,
p. 145).
Prononc. et Orth. : [].
Att. ds Ac. dep. 1694. Dans les composés libre + n. les 2 termes
prennent la marque du plur. : des libres-penseurs, des libres-services ;

exception : des libre-échangistes (d’apr. GAK
1976, p. 269). Les composés du type libre arbitre (sans trait d’union),
libre-choix, libre-échange (avec trait d’union) s’emploient gén. au
singulier.

Étymol. et Hist. A. En général de l’homme et de ses
activités 1. ca 1200 liure « qui dépend de soi, qui n’est
soumis à aucune autorité » (Moralités sur Job, éd. W. Foerster, p. 351,
33) ; 2. [1339 « qui n’appartient pas à un maître » d’apr. FEW t.
5, p. 298a, prob. d’apr. DG qui déduit le mot de l’adv. librement*] ;
1365 (ORESME, Traictié des monnoies, éd. L.
Wolowski, p. XXXII) ; 3. 1538 « qui n’éprouve pas de contrainte, de gêne
 » (EST., s.v. solutus) ; 1690 estre libre avec
qqn
« être familier avec lui » (FUR.) ; spéc. 1636 « 
qui tend à la licence » (MONET) ; 4. 1558 libre de + subst. « exempt de, non soumis à » (DU
BELLAY, Regrets, éd. H. Chamard, t. 2, p. 116) ;
av. 1695 avoir l’esprit libre « ne pas avoir de préoccupations » (FÉN.,
Tél., VI ds LITTRÉ) ; spéc. « qui n’est soumis à
aucun engagement juridique ou non » 1680 être libre « ne pas avoir
d’occupations » (RICH.) ; 1690 « qui n’est pas marié » (FUR.) ;
5. 1552 « qui n’est pas prisonnier ou captif » (RONSARD,
Amours, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 16). B. 1560 philos. « qui a
le pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir, de se déterminer » (CALVIN,
Institution chrétienne, éd. J.-D. Benoit, livre III, p. 418) ; 1561

libre volonté (J. GREVIN, Esbahis, éd. L.
Pinvert, p. 153). C. 1. 1564 « qui jouit de la liberté politique (d’un
territoire) » (Indice et recueil universel de tous les mots principaux des
livres de la Bible,
I Macc., 15. b. 7) ; 2. ca 1590 « 
qui n’est pas soumis à des entraves de la part des autorités » (MONTAIGNE,
Essais, éd. P. Villey, livre I, chap. 23, p. 117) ; 1864 enseignement
libre
« indépendant de celui de l’État » (LITTRÉ,
s.v. enseignement). D. De choses 1. « qui n’est pas
soumis à des règles fixées d’avance » 1549 vers libres (J.
DU BELLAY, Deffence et
illustration de la langue françoyse,
éd. H. Chamard, p. 147, 28) ; 2.
« qui ne comporte pas de contraintes physiques (ou morales) » 1559 en
air libre
(AMYOT, Périclès, éd. L. Clément,
p. 56,6) ; 1681 libre accès (BOSSUET, Hist.,
I, 10 ds LITTRÉ) ; 3. av. 1560 « qui n’est
pas complètement assujetti, fixé et donc peut se mouvoir » (DU
BELLAY II, 66 recto ds LITTRÉ) ;
1819 bot. (BOISTE) ; 1845 cristaux libres « ceux
dont les aiguilles sont distinctes » (BESCH.). Empr. au
lat. liber « de condition libre », « qui se gouverne lui-même », « 
exempt de », « non occupé », « sans entrave, indépendant ».

Fréq. abs.
littér. :
12 970.

Fréq. rel. littér. : XIXe
s. : a) 17 386, b) 14 829 ; XXe s. : a) 18
362, b) 21 335. Bbg. BASSEGODA (M.). Ét. du
vocab. du patinage artistique et de la danse sur glace, p. 138. (Thèse 3e
cycle. Nancy. 1980). - BENVENISTE (É.). Mécanismes de
transpos. In : [Mél. Frei (H.)]. Cah. F. Sauss. 1969, no
25, p. 58. - DUB. Pol. 1962, p. 334. - QUEM.

DDL t. 9. - STIMM (H.). Die
romanischen Wörter für frei. Saarbrücken, 1967, pp. 5-11, 32. -
VARDAR Soc. pol. 1973 [1970], pp. 262-263.

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