laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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FEDER

Mots du TLFI

HÔTE, HÔTESSE, subst.


HÔTE, HÔTESSE, subst.
A. Personne qui reçoit (quelqu’un) dans sa demeure ou invite au restaurant, qui offre l’hospitalité. Hôte attentionné, empressé ; hôtesse charmante, prévenante ; prendre congé de ses hôtes. Mes os sont fatigués, mes pieds sont usés à force de marcher : aucun hôte n’a voulu recevoir l’étranger ; les portes ont été fermées contre moi (CHATEAUBR., Natchez,

1826, p. 352). Notre aimable hôtesse reçoit justement à dîner pour la
première fois les voisins qui lui ont loué la Raspelière
(PROUST,
Sodome, 1922, p. 884) :

1. Élias
(...) m’invita à dîner. Hélas ! ce fut un repas de Gargantua ! Les plats
copieux et fort délicats se succédaient rapidement, j’en comptai une
vingtaine au moins ; mon hôte me pressait avec instance de faire
honneur à sa table.
DU CAMP, Nil, 1854, p.
288.

Au fig. Il
a peint quelquefois la beauté, mais non cette ravissante beauté d’un corps « 
hôte d’une belle âme »
(JOUBERT, Pensées, t.
2, 1824, p. 11).
1. En partic.
a) Personne qui tient une auberge, une pension et propose,
moyennant paiement, le logement et la nourriture. Synon. aubergiste,
hôtelier. Afin de quitter la pension puante, ignoble (...), ne fallait-il pas
payer un mois à son hôtesse, et acheter des meubles pour son appartement de
dandy ?
(BALZAC, Goriot, 1835, p. 173). En
somme, grâce à l’hôtesse, l’hospitalité des auberges perd quelque chose de sa
laideur d’hospitalité payée
(HUGO, Rhin,

1842, p. 30) :

2. ... dans
la vaste cuisine, par la porte grande ouverte, on apercevait l’horloge
sonore, les images d’Épinal collées parmi les faïences, l’hôtesse
énorme activant le tournebroche.
ZOLA, Débâcle, 1892, p. 55.

Table d’hôte.
Table d’une auberge, d’une pension, où les clients prennent en commun un
repas à prix fixe. Un de ces traiteurs-rôtisseurs qui tenaient alors ce
qu’on appelait improprement une table d’hôte (puisque l’hôte ne mangeait point
à cette table)
(JOUY, Hermite, t. 3, 1813,
p. 85). C’est là où le marchand de vin a organisé une sorte de table d’hôte
dont le coût est de trente-cinq sous
(GONCOURT, Ch. Demailly, 1860, p. 44).

Compter sans son
hôte. Cf. compter
I A 1 c.
b) Hôtesse (de l’air). Jeune femme chargée de veiller au confort
et à la sécurité des passagers voyageant à bord des avions commerciaux. Ce
problème de l’accueil au long des grands itinéraires n’est-il pas resté posé
au cours des siècles ? Les bons moines d’autrefois ont simplement fait place
aux charmantes hôtesses d’Air-France
(PINEAU,
S.N.C.F. et transp. fr., 1950, p. 138). En dehors des pilotes, le
personnel navigant comprend encore (...) sur les avions de ligne, stewards et
hôtesses de l’air
(L’Aviat. d’auj., Paris, Larousse, 1968, p. 418).
P. ext.
Hôtesse.
Jeune femme chargée d’accueillir, d’informer, de guider une
personne, un groupe de personnes dans une exposition, une ville, une gare, une
entreprise. Hôtesse d’accueil, hôtesse de Paris. Le train-croisière (...)
est accompagné par des guides et des hôtesses
(DEFERT,
Pol. tour. Fr., 1960, p. 76).
Les hôtesses du
Louvre, recrutées parmi les anciennes élèves de l’école du Louvre, sont à
la disposition des touristes étrangers pour leur donner tous les
renseignements d’ordre pratique qui peuvent leur faciliter la visite du musée
(JOCARD, Tour. et action État, 1966, p.
248).

2. P. anal., PARASITOL. Être vivant dont l’organisme héberge et
entretient un agent infectieux ou parasite. Cette cohabitation, si l’on ose
employer ce terme, ne va pas sans danger pour l’hôte qui les héberge
[les
parasites
], soit sur sa peau, soit dans ses divers organes (GARCIN,
Guide vétér., 1944, p. 8). Toute attaque est d’abord précédée d’une
période de coexistence assez longue entre le parasite et son hôte
(LEVADOUX,
Vigne, 1961, p. 60).

Hôte intermédiaire.
Organisme hébergeant temporairement un parasite en cours de développement.
La parasitologie expérimentale (...) a mis en évidence le rôle des insectes
comme hôtes intermédiaires ou comme vecteurs de parasites
(Hist. gén.
sc.,
t. 3, vol. 1, 1961, p. 416).
B. Personne qui est
accueillie (chez quelqu’un), qui reçoit l’hospitalité. Synon. invité. Hôte
illustre, de passage ; recevoir des hôtes. Marthe descendit. Elle s’excusa
auprès de ses hôtes d’être une maîtresse de maison si peu matinale
(GONCOURT,
Ch. Demailly, 1860, p. 307). Il est entendu qu’à Washington, je
serai, à tous égards, l’hôte du président et du gouvernement des États-Unis
(DE GAULLE, Mém. guerre,
1956, p. 235) :

3. Le droit
d’hospitalité est aussi ancien que la famille et la race humaine, nulle
tribu, nulle horde si sauvage qu’elle soit ne conçoit qu’il soit possible de
livrer son hôte.
VIGNY, Journal poète, 1837, p. 1074.

SYNT. Hôtes assidus, étrangers ; hôtes d’honneur, d’importance, de
marque ; accueillir, traiter ses hôtes ; être l’hôte d’une nation, d’un peuple.

1. En partic. Client d’une auberge, personne ayant pris
pension chez un particulier. Hôte d’un aubergiste, hôte payant. Le digne
aubergiste, connaissant la qualité de ses hôtes, les conduisit lui-même en une
chambre (...) où brillait dans une cheminée à large manteau un feu pétillant
et clair
(GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 199).
Nous ne pouvions aller nulle part sans rencontrer quelques hôtes de la
pension
(GIDE, École femmes, 1929, p. 1257).

2. P. ext. Personne ou animal séjournant, habituellement ou
temporairement, en un lieu. Synon. habitant, occupant. C’est l’heure où
l’immense forêt n’a pour hôtes que les daims. Ils viennent bondir dans ses
allées désertes
(LAMART., Raphaël, 1849, p.
292). Il était devenu l’un des hôtes de la prison-caserne du Cherche-Midi.
C’est là que je le trouvai, un dimanche, assis sur un banc de pierre
(MILLE,
Barnavaux, 1908, p. 283) :

  • 4. ... quand
    l’homme arriva sur la terre, en face de ce qui restait des reptiles, en face
    des nouveaux hôtes du globe, non moins redoutables, les tigres et les
    lions, il trouva l’oiseau, le chien, l’éléphant à côté de lui.
    MICHELET, Oiseau, 1856, p. 297.

Par
périphrase poét.
[Pour désigner des animaux] Les hôtes de l’air, du
ciel. Les jours passaient et le froid ne passait pas, et une faim plus féroce
minait et dévorait les hôtes de la forêt
(PERGAUD,
De Goupil, 1910, p. 65) :

5. ... le
chant des oiseaux, par exemple, est tellement commandé pour notre oreille,
qu’on a beau persécuter ces hôtes des bois, ravir leurs nids, les
poursuivre, les blesser avec des armes et dans des piéges ; on les peut
remplir de douleur, mais on ne les peut forcer au silence.
CHATEAUBR., Génie, t. 1, 1803, p. 172.

3. Au fig. [Pour désigner des notions appartenant au domaine
intellectuel, mor.] Ce haut lieu, qui va vous retenir dix-huit mois dans sa
solitude, n’a pas d’hôte plus fidèle que mon imagination
(M.
DE GUÉRIN, Corresp.,

1937, p. 290). Ces bâtiments inachevés n’avaient que le malheur pour hôte
(ARAGON, Rom. inach., 1956, p. 146).
Rem. 1. Pour les diverses acceptions regroupées supra B, la
forme est hôte au masc. comme au fém. Cette âme de femme de chambre
hôte d’un si beau corps
(STENDHAL, L. Leuwen,
t. 3, 1836, p. 11). Causant (...) le plus gracieusement du monde avec
la jeune fille que j’avais pour hôte
(PROUST,
Fug., 1922, p. 547). Cependant on rencontre qq. emplois vx ou littér. du
fém. hôtesse. Elle fut placée au couvent (...) auprès de la mère (ci-devant
mademoiselle) de La Fayette (...) qui la réclama pour hôtesse bien plutôt que
pour prisonnière
(SAINTE-BEUVE, Port-Royal,
t. 4, 1859, p. 209). Hôtesse de ce corps opaque, une âme attend sans doute,
emmurée, que vienne la toucher enfin quelque rayon de votre grâce, Seigneur !
(GIDE, Symph. pastor., 1919, p. 880). 2.
On rencontre chez Péguy le subst. employé adj. Dans la maison amie,
hôtesse et fraternelle On nous a fait coucher dans le lit du garçon
(PÉGUY,
Tapisserie N.-D., 1913, p. 680).

Prononc. et Orth. : [o:t], fém. []
ou [-].
Att. ds Ac. dep. 1694 ; ds Ac. 1694 et 1718, s.v. hoste,
hostesse.
Homon. haute, hautesse. V. hôtel. Étymol. et
Hist. 1. a)
Début XIIe s. oste « 
celui qui donne l’hospitalité » (BENEDEIT, S.
Brendan,
827, ds T.-L.) ; ca 1150 oste « hôtelier, aubergiste
 » (WACE, S. Nicolas, 215, ibid.) ; ca
1195 fig. (AMBROISE, Guerre sainte, 10102,
ibid.) ; b) ca 1150 ostesce « celle qui tient une
auberge » (WACE, op. cit., 157, ibid.) ;
2. ca 1165 oste « celui qui reçoit l’hospitalité » (G.
d’Angleterre,
éd. M. Wilmotte, 2540) ; 3. ca 1180 dr. médiév.
(Proverbes au Vilain, 26c, ds T.-L.). Du lat. class. hospes,-itis
« celui qui offre l’hospitalité ; celui qui la reçoit », terme de dr. féod.
en lat. médiév. « tenancier de statut personnel libre, muni d’une tenure à
cens relativement modeste » (ca 1000 ds NIERM.),
v. R. BOUTRUCHE, Seigneurie et Féodalité, pp.
16, 49. Fréq. abs. littér. Hôte : 2 493. Hôtesse : 319.
Fréq. rel. littér. Hôte : XIXe
s. : a) 4 724, b) 4 723 ; XXe s. : a) 3 081,
b) 2 186. Hôtesse : XIXe s. : a) 762,
b) 428 ; XXe s. : a) 325, b) 280. Bbg.

BALDINGER (K.). Die Bedeutung des Mittellateins für die
Entstehung und Entwicklung der französischen Urkundensprache. In : [Mél.
Bulst (W.)
]. Heidelberg, 1960, pp. 125-146. - BOEL
(E.). Le Genre des n. désignant les professions... R. rom. 1976, t. 11,
pp. 27-28 ; p. 47. - DUCHÁ
(O.). Déficiences du lex. Ét. rom. Brno. 1974, no 7, pp.
9-10. - QUEM. DDL t. 10.

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