laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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ILF
FEDER

Mots du TLFI

MASQUE1, subst. masc.


MASQUE1, subst. masc.
I. A. Objet recouvrant et représentant parfois tout ou partie du visage, qui est porté dans diverses occasions de la vie sociale selon les peuples et les époques. Le masque surgit dès l’instant où l’homme se conçoit comme homme, quand il accède à l’état de culture. Encore faut-il préciser que cette culture n’est pas celle des sociétés historiques (Encyclop. univ. t. 10 1970, p.588).
1. En partic.
a) Objet, représentant généralement un visage ou une gueule animale, souvent grotesque, que l’on porte sur la face pour se déguiser. Masque de carnaval, de carton ; masque, domino et déguisement ; mettre, enlever, lever, ôter son masque. Un joli masque verni sur le visage, un masque à moustache blonde frisée que coiffait une perruque à boucles (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Masque, 1889, p.1160). Les carnavals de quartier (...) apparaissent par-ci par-là (...) la parade des enfants... masques, maquillages et dragons (Libération, 22 juin 1981, p.33, col. a). V. adapté ex. 1.
Demi-masque ; masque à domino (vieilli). Masque recouvrant la partie supérieure du visage. Ces demi-masques blancs, qui consistent en des nez gigantesques, sont fort drôles (BAUDEL., Salon, 1846, p.143).

b) Pièce d’étoffe recouvrant la totalité ou la partie supérieure du
visage que l’on porte pour se dissimuler (portée, autrefois, par les femmes
pour se protéger du soleil, du froid, etc.). Synon. loup. Masque (de velours) noir. Les religieuses portaient d’habitude, selon la mode mondaine, des gants et des masques (SAINTE-BEUVE,
Port-Royal, t. 1, 1840, p.88). Le carton contenait un domino et un
masque de satin noir
(SAND, Elle et lui,

1859, p.294).
c) Objet représentant un visage ou une gueule animale, qui symbolise un
affect, un comportement ou un rôle, porté par les acteurs de théâtre dans
diverses cultures. Masque antique, grec, tragique, comique ; masque
d’arlequin ; masque japonais. Les anciens (...) grandissaient l’acteur par le
cothurne, grossissaient sa voix par le masque
(VIGNY,
Journal poète, 1840, p.1130).
d) Objet représentant, généralement de manière symbolique, un visage ou
une gueule animale, revêtant une valeur sacrée et porté ou exhibé dans
l’accomplissement de cérémonies religieuses dans diverses sociétés
extra-européennes. Masque eskimo, indien, nègre, océanien. Nous avons
trouvé dans le procédé de dédoublement, non seulement la représentation
graphique du masque, mais l’expression fonctionnelle d’un type précis de
civilisation. Toutes les cultures à masques ne pratiquent pas le dédoublement

(LÉVI-STRAUSS, Anthropol.
struct.,
1958, p.291).

Loc.,
vieilli. En masque, sous le masque.
Synon. masqué. [Courir]
les filles en masque (MUSSET ds Le Temps,
1831, p.65). On me croira parti. Je viendrai sous le masque (ROSTAND,

Cyrano, 1898, III, 2, p.118).
2. P. anal., littér. Ce qui recouvre le visage. Adéodat,
débarbouillé et dans ses beaux habits, me plut moins qu’avec son bonnet noir
et son masque de suie
(A. FRANCE, Pt Pierre,

1918, p.133). L’odeur des menthes sauvages en ce fond humide (...) vous
entrait par le nez à la force de 80 kilomètres à l’heure et ce masque de
parfums (...) s’appliquait sur ta face
(CLAUDEL,
Ours et lune,
1919, 1, p.590).
En partic.,
péj.
Maquillage (trop) abondant sur un visage. Masque de fard. Des
filles plâtrées, dont la bouche saigne dans un masque de céruse
(BOURGET,

Essais psychol., 1883, p.7).
P. anal. Le
matou noir à masque blanc qui s’appelait « Colette »
(COLETTE,
Sido, 1929, p.67).
3. P. méton., vieilli. Synon. de mascarade. L’opéra serait
suivi d’un bal, avec des jeux, des loteries, des masques, des danses aux
flambeaux, et autres inventions galantes
(BOURGES,

Crépusc. dieux, 1884, p.4).
HIST. DU
SPECTACLE.
,,Spectacle particulier au XVIIe
s. anglais et combinant allégorie, féerie, danse et musique`` (GITEAU
1970). Au début du XVIIe s., le masque devint si populaire que
certains de ses éléments furent adoptés dans le drame scénique des théâtres
publics, telle
La Tempête de Shakespeare (Mus. 1976).

B. 1. Modelé, traits
(expressifs) du visage.
a) Le visage considéré du point de vue de sa morphologie ou de son
apparence. Masque épais, étroit, large, lourd, régulier, glabre, poli,
vieilli. Chez elle, le masque s’empâtait déjà, les traits gros, soufflés d’une
mauvaise graisse
(ZOLA, Bonh. dames, 1883,
p.452) :

1. Dans ce
masque
d’un ovale si pur, où la régularité des traits mettait une sorte
de solennité (surtout quand la fatigue et la tristesse l’assombrissaient
comme ce soir), le sourire avait bien gardé son rayonnement de jadis...
MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p.211.

P. ext.
Synon. de face, visage. Brusquement, elle fut hors de la foule, la face
dans ses mains rouges, tout le masque ensanglanté
(VAN DER
MEERSCH,
Invas. 14, 1935, p.268).

PEINT., SCULPT. Le
bourreau, le crâne éclairé, le masque dans l’ombre (...) fait ressortir, par
l’énergie de son coloris (...) la pâleur de la victime
[dans le Martyre
de sainte Agnès, du Dominiquin
] (TAINE, Voy.
Ital.,
t. 2, 1866, p.203). La ressemblance qu’il doit obtenir [l’artiste]
est celle de l’âme ; (...) c’est celle-là que le sculpteur ou le peintre
doit aller chercher à travers le masque
(RODIN,
Art, 1911, p.163).
b) Le visage considéré du point de vue de son expressivité, de ce qu’il
exprime de la personnalité de quelqu’un. Avoir un masque contracté,
immobile, énergique, hautain. Son masque change d’expression, s’aggrave ; il
évite de relever les yeux
(MARTIN DU G., J.
Barois,
1913, p.231). Il marcha vers la maison de Gilbert, celle de
leur père, le masque raidi pour ne pas trahir son émotion
(ARLAND,

Ordre, 1929, p.492).
THÉÂTRE.
Caractère de la physionomie (d’un acteur). Cet acteur a un bon masque, le
masque mobile, un masque comique
(LITTRÉ).
[Précédé de l’art. partitif]
Avec du masque et de la voix et un instinct premier, elle ressuscita [Rachel]
quelques éclats du tonnerre tragique (VEUILLOT,

Odeurs de Paris, 1866, p.274).
2. P. méton.
a) Expression caractéristique d’un état physique ou émotionnel, en
tant qu’il se marque dans les traits du visage qu’il fige.
[Constr. avec un compl. prép.
de spécifiant cet état] Masque d’angoisse, de douleur, de fatigue,
de stupeur. Sa petite et habituelle grimace de bienveillance fut remplacée par
le masque éternel de la plainte et de la mélancolie
(BALZAC,

Annette, t. 4, 1824, p.216). Elle ne disait pas un mot, la face
seulement convulsée en un masque d’indicible terreur
(ZOLA,
Bête hum., 1890, p.228) :

2. ... cette
passion avait mis sur son visage un masque de sanglot qui
m’avait à jamais depuis des lustres épouvantée et dégoûtée (...). Mais il ne
dessine plus un masque tordu et grotesque ; c’est le visage d’une enfant qui
s’endort, vaincue par la fatigue, sur un gros chagrin.

DRIEU LA ROCH., Rêv. bourg., 1937, p.335.

[Constr. avec un adj.
spécifiant cet état ou décrivant son effet sur le visage] Masque
douloureux, violent, terrible. La tête se releva, le masque hargneux et
superbe en était tombé
(SARTRE, Mort ds âme,

1949, p.138). Ses sourires (...) transformaient son masque sévère en un
visage de chair
(BEAUVOIR, Mém. j. fille,
1958, p.221) :

3. On me
disait aussi que j’avais trois visages, comme la triple Hécate : un pour les
enfants, un pour mes sympathies, un pour le monde, et que leurs trois
expressions ne se ressemblaient pas du tout. Le dernier visage surtout,
masque froid, réservé, avec un léger pli entre les sourcils et à l’angle
de la bouche, paraît un bouclier qui voudrait être impénétrable. Le second
visage est confiant et affectueux.
AMIEL, Journal, 1866, p.253.

Absol. Les dix mille et
une expressions du visage prises à l’état de masques, pourront être étiquetées
et cataloguées, en vue de participer directement et symboliquement à ce
langage concret de la scène
(ARTAUD, Théâtre et
son double,
1938, p.112). En partic. Expression d’un visage qui se
fige, qui est sans vie, sans chaleur. Une larme coula le long de son nez
(...) trahissant par sa vie sourde (...) ce masque aussi inhumain, aussi mort
que tout à l’heure
(MALRAUX, Cond. hum.,

1933, p.329). Une sorte de masque apparut sur le visage des deux
Chandelier ; leurs traits tombèrent, leurs regards s’éteignirent. Comme
suffoqués, ils ne disaient rien
(MONTHERL.,
Célibataires,
1934, p.883).
En partic.
Expression et apparence du visage, caractéristique d’un état physiologique
ou pathologique. Masque de l’épileptique. Les yeux du prévenu brillaient
(...) malgré le masque de moribond qui la veille avait fait croire au
directeur de la Force à la nécessité d’appeler le médecin
(BALZAC,

Splend. et mis., 1846, p.360). Antoine (...) observait le masque
cachectique de son père : l’effort mental détendait les muscles de la mâchoire

(MARTIN DU G., Thib., Consult., 1928, p.1061).
Synon. méd. de faciès.
Masque amibiasique, biliaire, paralytique
(Méd. Biol. t. 2 1971).

Masque (de grossesse). Pigmentation brune du teint, passagère, surtout
au front, pouvant apparaître à partir du troisième mois de la grossesse.
Avoir le masque. Une autre variété de pigmentation circonscrite est le (...)
masque de grossesse
(QUILLET Méd. 1965,
p.301).
b) Expression du visage caractéristique d’un personnage, d’un type de
personnage ou de personnalité. Un personnage de haute stature (...) dont
les traits énergiques évoquaient le masque de Bonaparte jeune
(MARTIN
DU G.,
Thib., Été 14, 1936, p.337). Le masque de l’anxieux
est l’antithèse du masque du sourire
(MOUNIER,
Traité caract., 1946, p.233) :

4. ... il
semblait (...) qu’il eût suffi au sang japonais de sa mère d’adoucir le
masque
d’abbé ascétique du vieux Gisors
masque dont une
robe de chambre en poil de chameau, cette nuit, accentuait le caractère
pour en faire le visage
de samouraï de son fils.

MALRAUX, Cond. hum., 1933, p.208.

3. a) Moulage exécuté sur une empreinte en creux prise sur le
visage d’une personne vivante ou morte. Masque mortuaire, funéraire. Aux
murs nus étaient accrochés un masque de Pascal, un masque de Beethoven
(MAUROIS,

Climats, 1928, p.24). Les Romains ont été les premiers à réaliser de
façon régulière le moulage, en cire, d’un masque sur le visage du défunt
(PELL.
1972).
b) Figure humaine, peinte ou sculptée, servant d’ornement. Synon.
partiel mascaron. Des commères assises en rond près de la fontaine jaillie
d’un masque de pierre
(ADAM, Enf. Aust.,

1902, p.261). Cette maison (...) datait du dix-septième siècle et au-dessus
des fenêtres il y avait des masques de femmes sculptés
(RIVIÈRE,
Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p.188).
c) P. méton. ,,Ciselet gravé en creux ou en relief, dont
beaucoup d’ouvriers se servent pour former des figures en relief ou en creux
sur les métaux`` (JOSSIER 1881).

4. Littér., au fig. Traits (d’un visage) sous lesquels apparaît
ou est représentée une entité abstraite. Sa grande figure de marbre,
sereine au milieu de l’orgie, m’apparaissait comme le masque inflexible du
destin
(ABOUT, Roi mont., 1857, p.122).
Il ne trouve devant lui qu’une forme vide. C’est un visage glacé, le masque de
la mort, que lui présente l’Afrique
(PSICHARI,
Voy. centur., 1914, p.27).
5. THÉÂTRE, CHANT. Ensemble composé du pavillon pharyngo-buccal
et des cavités nasales intervenant comme résonateur dans la production de la
voix. Chanter, parler dans le masque. Si Mérya avait mis un peu plus sa
voix dans le masque (...) « hin,
hin, hin » comme ça le couac
n’aurait pas eu lieu
(COLETTE, Seconde,

1929, p.203). Toutes ces vibrations [des cordes vocales] se
renforcent : (...) dans des cavités dites de résonance, le « masque »
(WICART,
Chanteur, t. 1, 1931, p.165).
C. P. métaph.
ou au fig.

1. a) Attitude, comportement feint, affecté par quelqu’un.
Revêtir un/le masque de qqc. ; se cacher sous un/le masque de qqc. ; arracher,
lever, mettre le masque de/à qqn ; faire tomber le masque de qqn ; lever, ôter,
poser, quitter son/le masque de qqc.
[Constr. avec un compl.
prép. de ou un adj. spécifiant ce qui est affecté] Masque de
politesse ; masque mondain, professionnel, social ; masque d’ami, de courtisan.
[Les] ennemis de la liberté couverts d’un masque civique (MARAT,

Pamphlets, À ses concitoyens élect., 1792, p.325). Elle [la
bourgeoisie
] fit la républicaine pour amener 1848, prenant pendant
seize ans le masque tricolore de la
charte et durant dix-huit ans le
masque rouge de la réforme
(VIGNY, Mém. inéd.,
1863, p.64). L’ambitieux prend (...) le masque public du
désintéressement, le tyran affecte la bienveillance
(MOUNIER,

Traité caract., 1946, p.599). V. bénin ex. 4 et affectueux
ex. 11 :

5. ... il
était un homme de sensibilité rentrée, très tendre sous le masque de
l’égoïsme et du cynisme. Il appartenait à cette race de poseurs et d’hommes
faisant les forts...

GONCOURT, Journal, 1869, p.501.

Absol. La mort arrache
le masque qu’on a porté toute la vie, et le véritable visage apparaît
(DUMAS
père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.510). Son cynisme [de Byron]
ne parut plus à Shelley qu’un masque élégant pour sa bestialité (MAUROIS,

Ariel, 1923, p.254) :

6.
« N’employez jamais je. » Le je du visage même de l’art de Wilde
tenait du masque, tenait au masque. Mais jamais il n’a voulu
dire par là : soyez « objectif ». Toujours il s’arrangeait de manière que le
lecteur averti pût soulever le masque et entrevoir, sous le
masque, le vrai visage (...). Cette hypocrisie artiste lui a été comme
imposée par le sentiment, qu’il avait très vif, des convenances...
GIDE, Journal, 1927, p.847, 848.

En partic. Jeter, lever le masque.
)
Se faire connaître en tant que tel. Elles se découvrent, jettent le
masque
(GREEN, Journal, 1941, p.88).

)
Ne plus dissimuler ses projets. Lorsque tout fut prêt pour l’exécution de
l’horrible projet, les conjurés levèrent le masque
(MARAT,
Pamphlets, Dénonc. Necker, 1790, p.80). Les Allemands vont jeter le
masque en raison de leurs succès, (...) Vichy va passer à la collaboration
ouverte
(DE GAULLE, Mém. guerre, 1954,
p.388).

En partic., vieilli. Nom choisi par quelqu’un pour dissimuler son identité, l’identité
de quelqu’un. Synon. pseudonyme. Je prends Beyle en 1814 (...). Il n’avait
pas encore songé à son masque de Stendhal
(SAINTE-BEUVE,
Caus. lundi, 1851-62, p.308).
Sous le masque
(vieilli). De façon anonyme ou sous un nom d’emprunt. Madame Gay, sous le
masque et par une lettre insérée dans un journal, prit parti ; elle brisa une
lance
(SAINTE-BEUVE,

Caus. lundi, 1851-62 p.67).
b) Apparence trompeuse donnée à quelque chose ou que prend quelque
chose. Déguiser qqc. du masque de qqc., sous le masque de qqc. ; qqc. se
cache, se déguise sous le masque de qqc., prend le masque de qqc.
[Constr. avec un compl.
prép. de ou un adj. spécifiant (la nature de) l’apparence] Couvrir
ses vices du masque de la vertu. L’instinct révolutionnaire se glissait, sans
le savoir, sous ce masque d’antiquité
(QUINET,

All. et Ital., 1836, p.71) :

7. ... les
vérités morales vont (...) nous laisser voir, magré le masque
rigoureusement dogmatique qu’elles affectent durant le temps de leur règne,
leur caractère éphémère et leur rôle secondaire de moyens pour procurer des
fins très différentes des buts vers lesquelles elles ordonnent de tendre.
GAULTIER, Bovarysme, 1902, p.289.

Absol. Ennemi de la
tyrannie, de quelque côté qu’elle vienne, et quelque masque qu’elle emprunte,
il
[Platon] la combat dans une démocratie effrénée aussi
énergiquement que dans une oligarchie insolente
(COUSIN,
Hist. gén. philos., 1861, p.145). Les mythes sont à la religion ce
que la poésie est à la vérité, des masques ridicules posés sur la passion de
vivre
(CAMUS, Noces, 1938, p.83).

2. [Gén. en fonction d’attribut ; constr. avec un compl. prép. de
désignant ce qui est caché] Ce qui cache, dissimule quelque chose dans une
apparence trompeuse. Ce mot [hypocrisie] (...) doit
s’entendre du masque de toutes les vertus
(JOUY,

Hermite, t. 1, 1811, p.34). La fidélité à l’esprit n’est que le masque
de la fidélité à la bourgeoisie, de l’infidélité aux hommes
(NIZAN,
Chiens garde, 1932, p.233). V. aujourd’hui ex. 16.
D. 1. [Désigne une
chose qui s’applique sur tout ou partie du visage avec diverses fonctions]

a) MÉD., TECHNOL.
Masque d’escrime,
d’apiculteur, de soudure.
Objet constitué d’un treillis ou d’une plaque
métallique servant à protéger le visage. Ils avaient le fleuret au poing ;
leurs masques aux mailles pressées leur faisaient de terrifiants visages
(COURTELINE,
Ronds-de-cuir, 1893, 5e tabl., III,
p.198).

Masque (de protection).
Objet appliqué sur le nez et la bouche, généralement en papier ou en tissu,
servant à filtrer l’air expiré ou inspiré. Masque antiseptique. Le
personnel sanitaire continuait de respirer sous des masques de gaze
désinfectée
(CAMUS, Peste, 1947, p.1411).
Contre les poussières, le masque utilisé est en général un treillis métallique
doublé d’une couche filtrante (ouate, papier-filtre, mousseline, éponge)
(Lar.
Méd.
t. 2 1973).

Masque (de plongée).
Objet placé devant les yeux et le nez permettant de voir sous l’eau. On
nous appris à agiter les palmes, à vider le masque, à l’enlever, à respirer
avec le tuba la tête dans l’eau et les yeux ouverts
(Ét. et sports
sous-marins,
1978, no40, p.59).
Masque à gaz. Appareil
comportant un dispositif étanche fixé sur le visage et qui permet de filtrer
l’air inspiré ou de respirer en circuit fermé dans une atmosphère toxique (en
particulier, chargée de gaz de combat). Des soldats étalaient à terre leurs
effets, leurs armes, des sacs, des masques à gaz, des paquets de pansements

(VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p.423).

Masque (anesthésique, à
oxygène).
Appareil comportant un dispositif en caoutchouc s’adaptant sur
la bouche et le nez et permettant d’inhaler des gaz anesthésiques ou de
l’oxygène. J’ordonnai à l’anesthésieur (...) de remettre le masque sur la
bouche du blessé dont le gémissement annonçait le prochain réveil
(BOURGET,
Sens mort, 1915, p.104). La respiration, je la prends dans ce
masque. Un tube en caoutchouc me relie à l’avion
(SAINT-EXUP.,

Pilote guerre, 1942, p.278).
b) COSMÉTOL. Préparation qu’on applique sur le visage (et le
cou) dans les soins esthétiques de l’épiderme. Masque antirides, facial ;
masque de beauté.
[Je ne vais jamais dans un salon de beauté]
pour me faire tripoter le visage. Les masques ne m’ont jamais réussi
(Elle,
9 mars 1981, p.102, col. a).

2. [Désigne des choses servant à recouvrir, à protéger qqc., qqn] On
remplit après coup les intervalles entre les piliers au moyen de masques en
maçonnerie destinés à mettre le terrain à l’abri de l’air
(BRICKA,
Cours ch. de fer, t. 1, 1894, 215). Le défaut d’étanchéité des
massifs d’enrochements nécessite l’établissement sur leur parement amont
[des
barrages
] d’un masque étanche constitué, presque toujours, par de
grandes dalles minces en béton armé
(THALLER,

Houille blanche, 1952, p.45).
a) ARMÉE, FORTIF. Écran naturel ou artificiel protégeant et
dissimulant un corps de défense, une pièce d’artillerie et ses servants.
Les pièces au-dessus du calibre de 10 centimètres sont défendues par des
masques de 76 millimètres d’épaisseur
(CRONEAU,
Constr. nav. guerre,
t. 2, 1892, p.92). Il faut (...) se cacher, se
défiler, utiliser les masques (...) les angles-morts aux vues et surtout les
angles-morts aux coups
(PALOQUE, Artill.,

1909, p.107).
b) MAR. Voile protégeant du vent, du soleil... On installe
(...) un Masque, lorsque le vent vient de terre, et qu’il y existe des
maladies épidémiques
(BONN.-PARIS
1859).
3. [Désigne ce qui soustrait qqc. à la perception]

a) ŒNOLOGIE Dépôt adhérant aux flancs d’une bouteille (de vin de
Champagne). [La lie] (...) fait des masques (HAMP,
Champagne, 1909, p.157).
b) ACOUST. ,,Tout son qui, superposé à un son perçu, a pour
effet de relever le seuil d’audition pour ce dernier`` (PIR.
1964). L’effet de masque peut être mesuré en décibels par le rapport entre
le seuil de masque et le seuil absolu
(Ling. 1972).

4. [Désigne ce qui soustrait qqc. à l’action de qqn]
a) TECHNOL. Élément de protection, soit mécanique, soit
chimique, destiné à délimiter certaines zones dans une opération de masquage.
Technique de retouche photographique au moyen de masques pour améliorer la
fidélité de reproduction des clichés
(Lar. encyclop.).
PHOT.

,,Image photographique transparente qu’on superpose à une autre image pour en
corriger ou en améliorer les contrastes, les densités ou les teintes`` (Phot.
1979). V. masquage ex. de G. Martin.
b) INFORMAT. ,,Mot machine permettant de retenir ou de rejeter
tout ou partie des mots traités`` (GUILH. 1969).

c) ZOOL. Labium extensible transformé en organe de capture, qui
cache au repos les pièces buccales, chez la larve de libellule (d’apr.
SÉGUY 1967). [Les libellules] ne se
nourrissant que de proies vivantes qu’elles capturent grâce à un organe unique
parmi les Insectes, appelé « le masque »
(Zool., t. 2, 1963, p.626 [Encyclop.
de la Pléiade]).
II. [Désigne une
pers. ; correspond à I A B et C supra]

A. Personne masquée
et/ou déguisée. Des masques en domino, épars, isolés ou groupés, traversent
çà et là la terrasse
(HUGO, Hernani, 1830,
V, 1, p.124). Les masques essayent de se lever le
masque les uns aux autres
(APOLL., Casanova,

1918, II, p.990).
HIST. Le Masque de fer.
[Désigne un mystérieux prisonnier d’État au XVIIe
s., contraint de porter un masque de velours noir et de métal] V. fer B
1 b
ex. de Clemenceau.

Beau masque (vieilli).
[Formule d’adresse pour interpeller une personne masquée] Don Garcie,
au domino noir : Beau masque !... Le masque se retourne. Il recule (HUGO,
Hernani, 1830 p.129).
Je vous/te connais, beau masque. [S’emploie pour signifier à une
personne masquée qu’on la reconnaît et, au fig., pour signifier qu’on
connaît les intentions de qqn] Pontbichet, s’approchant de lui d’un air
fin. Ah ! je te connais beau masque !
(LABICHE, J.
homme pressé,
1848, I, 7, p.362).

B. P. anal.,
rare, péj.
1. Vieilli. Personne au visage très laid. [Les]
douces horreurs
[de la petite vérole] qui n’auront d’autre effet
que de changer pour quelques jours un bel enfant en un vilain masque
(J.
DE MAISTRE, Corresp., 1793, p.52).

2. Personne qui a un comportement hypocrite ou un comportement affecté,
manquant de naturel.
Pêle-mêle, devant ses yeux, des masques
s’agitaient : Pontillac sardonique, Servin douloureux, Mlle
Peyrolles...
(ESTAUNIÉ, Vie secrète, 1908,
p.304). Des patriotes, ça (...) des masques, des faux-jetons (ARNOUX,

Algorithme, 1948, p.276).
Prononc. et Orth. : [mask]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et
Hist. A. 1.
1514 « faux visage qu’on met pour se déguiser » (Arrest
contre les masques,
27 avril ds M. FÉLIBIEN,

Hist. de la ville de Paris, t. 4, p.630 : faux visages appellez en commun
langage masques) ; 2. 1542 « personne qui porte un masque » (RABELAIS,
Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, p.109, var.) ; 3. 1599
« pièce d’étoffe dissimulant une partie du visage » (H. HORNKENS,
Rec. de dict. fr., esp. et lat.) ; 4. 1535 au fig. fém.
« fausse apparence » (CALVIN, Instit. de la religion
chrétienne,
Epistre au Roy, éd. J.-D. Benoît, t. 1, p.42) ; spéc. 1598

lever le masque devant le bal (PH. DE MARNIX,
Differens de la religion,
t. 1, IV, 7 ds HUG.) ; av.
1615 lever le masque (E. PASQUIER, Les
Recherches de la France,
p.461 ds IGLF). B. 1. 1540 « tête
sculptée employée comme motif d’ornementation » (Comptes des bastimens du
Roy
ds HAVARD) ; 1547 (N. DU FAIL,
Propos rustiques, éd. J. Assézat, p.78 : masques de
cheminee) ; 2. 1718 « reproduction du visage obtenue par moulage » (Ac.) ;
3. 1831 désigne le visage lui-même, son expression (BALZAC,
Peau chagr., p.193) ; 4. 1836 « aspect particulier que
prend parfois le visage des femmes à la fin de la grossesse » (A.
GOUPIL, in Dict. de la conversation, XXXI, 187,
s.v. grossesse ds QUEM. DDL t. 8). C.
1.
1597 masque d’apiculteur (Ch. ESTIENNE, J. LIÉBAULT,
L’Agriculture et maison rustique, p.389) ; 2. 1839 « casque
en toile métallique dont on se couvre la tête pour faire de l’escrime » (STENDHAL,
Chartreuse, p.226) ; 3. 1864 « appareil couvrant la bouche
et le nez et permettant l’aspiration d’un anesthésique » (JAMAIN,
Manuel de petite chirurgie, 756 ds QUEM. 

DDL t.8) ; 4. 1894 « appareil en toile métallique dont les
ouvriers de certains corps de métier se couvrent le visage pour se protéger »
(A. LAYET, in J. ROCHARD,
Encyclop. d’hygiène, VI, 330, ibid.) ; 1916 milit. masque contre
les gaz asphyxiants (BORDEAUX, Fort de Vaux,
p.93). D. 1845 mar. « abri sur une côte ; abri en planches protégeant les
navires en construction contre le soleil et la pluie » (BESCH.).
Empr. à l’ital. maschera « faux visage » (dep. 1348-53, BOCCACE ds BATT.), d’orig. préromane. Le rad.
préroman *maska « noir » est à l’orig. de deux groupes de mots : a) un
type masca signifiant « masque » en lat. tard., mais surtout « sorcière »
ou « spectre, démon » représenté en lat. médiév. (dep. 643, Lois de Rotharis
ds NIERM. ; cf. 680 en Angleterre, chez l’évêque
Adhelm), en Italie (Pise, Piémont et Sicile), en gallo-roman (sous la forme du
composé talamasca, att. dès le lat. médiév.) et en a. prov. (v.

masque2), les notions de « noir » et de « sorcier, démon » étant
étroitement associées dans l’imagination populaire ; b) un type élargi *maskara,
très répandu dans les domaines ibéro-roman (cat. mascara « tache noire,
salissure », également vivant en aragonais, navarrais, valencien et à Majorque ;
port. mascarra « tache » etc.), ital. (maschera « masque »
s’expliquant par le fait que les plus anciens déguisements consistaient
simplement à se noircir le visage et parfois le corps) et gallo-roman (v.
mâchurer1 ; cf. appellatifs et toponymes). Voir J.HUBSCHMID
ds Actas do IX Congr. Intern. de ling. rom., I, Boletim de Filol.
t.18, pp.37-55 et FEW t. 6, 1, pp.429-441. Fréq. abs. littér. :
2258. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a)
2436, b) 3969 ; XXe s. : a) 3025, b) 3 573.

Bbg. HOPE 1971, p.209.
MACK.
t.2 1939,
pp.118-119.
QUEM. 
DDL t. 9.

RENSON (J.). Les
Dénominations du visage en fr. contemp. Paris, 1962, pp.433-435.

Sculpt. 1978, pp.523-524.
TRACC.
1907, p.155.
WIND
1928, p.88.

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