laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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Moyen Français et Français Préclassique - Flamboyant

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Contextes illustratifs

 

FLAMBOYER

 Le verbe flamboyer dérive de l’ancien français flambe "flamme".
 Il s’applique d’abord à des objets qui produisent de la lumière (étoiles, comètes, feu…), puis à des objets qui brillent d’un vif éclat en renvoyant la lumière (métaux, armes, pierres précieuses, bannières, chevelures, etc.).

 

 La première attestation connue du verbe flamboyer figure dans un des plus anciens textes de la littérature française, la Chanson de Roland.

 Ce qui flamboie :

 

Des étoiles

Clere est la lune e les esteiles flambient
 (La Chanson de Roland, vers 1100, 3659)

 - (Dans un contexte métaphorique)

Dame plaisant, gente et de noble atour,
Rose roial, vierge purifiie,
Pour le saint fruit qui prist en vous sejour

Vous doit on bien nommer branche fleurie,
Lune luisant, estoille qui flambie,
Temple de paiz, chambre de sauveté,
Roine assise emprès la trinité
 (Miracle de une femme que Nostre Dame garda d’estre arse, 1368, page 233).

Une flamme

Mais, s’aucun espoir li vuet rendre,
Plus couvertement li doit tendre
Que li charbons dessous la cendre
N’est, sans flamboier et sans luire.

 (Guillaume de Machaut, Les Lays, 1377, page 382).

Une couronne

 Li rois estoit en .I. vassiel moult fort et moult biel (…) et sus le mast amont avoit une grande couronne d’argent doree d’or, qui resplendisoit et flambioit contre le solel.

 (Froissart, Chroniques, 1400, page 407)

Des armes

"Jason," respondy la dame, "vous avez grant los entre mon pueple, faittez vos armes flamboyer et vostre nom esbruire ! Je metz mon armee soubz la conduite de vostre preudommie et prie aux dieux qu’ilz voeillent esclarcir vostre fortune."

 (Raoul Lefèvre, Histoire de Jason,
 vers 1460, page 147)

Des voiles de navire

  Si regarda en la mer un petit apriés solel levant, et vei flamboiier grant fuisson de voilles en nefs, et c’estoit la navie
d’ Engleterre qui venoit.
 (Froissart, Chroniques, 1400, page 524)

Un étendard

LE ROY DE PERTHE.
Hurfin, or nous dis, je t’en prie,
Scez tu bien que ce sont Romains ?
HURFIN.

Oyr, sire, tout pour certain,
Car j’ay bien cognu la banniere
Que vient de tresfiere maniere,
Et l’estandart qui moult flamboye.
 (Le Livre et mistere du glorieux seigneur et martir saint Adrien, vers 1450-1485, page 61).

 - Au sens figuré :
"Se manifester avec éclat"

 Cely de Saint Pol voult deffaire et diverser le mariage par puissance papale, et y mist toutes ses vertus et essays, et tellement qu’en decours bien de trois ans entiers que ceste rumeureuse question flamboioit, tousjours y eubt beaucop de haulx et de grans languaiges entre les parties

 (Chastellain, Chronique IV, vers 1461-1472, page 81).

FLAMBOYANT

 

"Qui jette une lumière éclatante"

 

Des étoiles

Phebus ne se puet saoler
D’esgarder la bele (…).

Vis li est des vairs iex rians
Que sont estoiles flamboians
 (Ovide moralisé, vers 1320, I, 2884,
 éd. De Boer)

Des pierres précieuses (rubis, escarboucle)

Li perrons ert d’une esmeraude
Perciee ausi com une boz,
Et s’a quatre rubiz desoz,
Plus flanboianz et plus vermauz

Que n’est au matin li solauz,
Quant il apert en orïant.
 (Chrétien de Troyes, Le Chevalier au lion,vers 1177, vers 427)

Et en signe de cette foy promise, je vous donne et laisse cest Aneau d’or empalé d’un tresfin carboncle flamboyant et lumineux en tenebres

 (Aneau, Alector ou Le Coq : histoire
 fabuleuse, 1560, t. I, page 97)

Des armes

Et tint l’espee au pom d’or floboant
 (Aspremont, vers 1300, Vat. Chr. 1360,
 f° 23b)

Talent me vint et desir grant

D’avoir ce glaive flamboiant
Avec les cles pour estre huissier
Du dit passagë et portier.
 (Guillaume de Digulleville, Pèlerinage de
 vie humaine, vers 1330-1331, page 40)

Quant il eut dit, lors elle furieuse
Et de douleur poingnante soucyeuse
Son cheval baille sans muser ou attendre
A sa compaigne qui tres bien le sceut prendre,
A pied se mettre toute assortie et preste
D’armes pedestres pour faire sa conqueste,

Tenant en main l’espee flamboyante
Avec sa parme et targe violente.
 (Octovien de Saint-Gelais, Eneide,
 vers 1500, f° 215b, éd. 1529)

Que le fer flamboyant dans vostre poing nerveux
Face aux plus aguerris herisser les cheveux
(Garnier, Porcie, 1585, page 62)

Une chevelure

Dané coroit contre le vent, (…)
Ses cheveulz blons et flamboiant
Li vont triez son dos baloiant.

 (Ovide moralisé, vers 1320, I, 2979,
 éd. De Boer)

 

FLAMBOYANCE

La Toison d’or

 Medee entre les autres tant fu joyeuse quant elle vey la lueur et flamboyance du veaurre [de la toison], qu’il lui fu advis qu’elle entroit en paradis terrestre. Et fist ses dames et damoiselles mettre sus le beau bout, en intencion de faire feste pour celle excellente victoire.
 (Raoul Lefèvre, Histoire de Jason,

 vers 1460, page 209)

 

Plus que FLAMBOYANT : REFLAMBOYANT

 

Une comète

 

 

Si soz la cause appertement
De quoy vint, pour quoy et comment
La comete reflamboiant

Qui apparu, chascun voiant
Appertement et en commun,
L’an mille quatre cens et un,
Qui sanz grant cause pas n’avint.
 (Christine de Pizan, Le Livre du Chemin de long estude, 1402-1403, page 94).

Une étoile
- (Dans un contexte métaphorique)

Ciel azuré, region aërine,
Aureïne splendeur reflamboyant,

Phebus, Phebé et toute estoille fine
Perisse et fine et soit mise en ruine
 (Molinet, Le Trosne d’honneur, 1467,
 t. I, page 38)

Une bannière

 

 

 

 

 Un jour de esté, sire Joce leva matin (…) et vist les champs covertz de chevalers, esquiers, serjauntz et vadletz (…) et vist les healmes relusantz. Entre queux vist yl la banere sire Water de Lacy, reflambeaunt novel d’or ou un fes de goules parmy.

 (Fouke le Fitz Waryn, début 14e s.,
 éd. Hathaway, page 10)

Les fleurons d’une couronne

 … et sambloit à ceulx qui desiroyent l’augmentation de son nom et gloire ensemble le decorement des reflamboyans royaulx flourons de sa coronne que, s’il volloit poursievir, riens ne lui seroit impossible et trambleroyent devant lui ses ennemis comme escolliers devant la verge de leur maistre.
 (Molinet, Chroniques, vers 1500,
 t. I, page 543)

 

Le style gothique flamboyant

 

 Ce style architectural a trouvé son épanouissement au XVe siècle, mais n’a reçu sa dénomination de gothique flamboyant qu’au XIXe siècle : c’est l’architecte normand Auguste Le Prévost (1787-1859) qui lui a donné ce nom aux environs de 1820.

 

 M. Auguste le Prevost, que je me plais à citer, désigne les premières constructions gothiques sous le nom de gothique à lancettes, l’architecture du XIIIe et du XIVe sous le nom de gothique rayonnant, à cause de la forme rayonnante des roses, des cercles et des quatre-feuilles qui ornent les fenêtres et les autres parties de l’édifice dans ces deux siècles. Enfin, il désigne les constructions du XVe et du XVIe sous le nom de gothique flamboyant, dénomination prise encore des compartiments en forme de flammes ou de langues, des roses, des fenêtres et des balustrades.

 (Arcisse de Caumont, Essai sur l’architecture religieuse du moyen âge, particulièrement en Normandie dans Mémoires de la Société des Antiquaires de la Normandie, 1824, Première partie, Caen-Paris, 1825, pages 607-608)

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