laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
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Moyen Français et Français Préclassique - Kaléidoscope

Première attestation du mot : 1818 ([Auguste Hus], Le Kaléidoscope philosophique et littéraire ou L’Encyclopédie en miniature, Paris, Veuve Maret, 8 numéros parus en 1818 et 1819, d’après le catalogue de la Bibliothèque nationale de France Bn-Opale plus). Le mot français est emprunté à l’anglais kaleidoscope, nom donné à cet instrument par son inventeur, sir David Brewster, qui en a déposé le brevet d’invention en 1817 : "A new optical instrument called the Kaleidoscope" (Oxford English Dictionary).

Cet objet du XIXe siècle était bien évidemment inconnu au moyen âge, mais les miroirs qui entrent dans sa composition ne l’étaient pas.

Evrart de Conty, maître régent de la Faculté de Médecine de Paris en 1357, originaire de Conty en Picardie, mort en 1405 alors qu’il était chanoine d’Amiens, était déjà l’auteur, vers 1380, d’une traduction d’un texte pseudo-aristotélicien, les Problèmes d’Aristote. Il a aussi glosé les Echecs amoureux à la fin de sa vie, vers 1390-1400. Ces deux ouvrages ont un caractère encyclopédique marqué : les Echecs amoureux contiennent une longue Introduction aux arts libéraux et aux sciences (grammaire, logique, rhétorique, arithmétique, géométrie, astronomie, musique, philosophie, métaphysique, théologie) et aussi un chapitre très intéressant consacré aux miroirs, dans lequel les divers types de miroirs sont décrits en des termes déjà très modernes. Nous citons d’après l’édition du Livre des eschez amoureux moralisés établie par Françoise Guichard-Tesson et Bruno Roy, parue en 1993 à Montréal aux Éditions CERES.

 

Commentaire

Exemples illustratifs

Le moyen âge distinguait déjà sept types de miroirs, sphériques, columnaires, pyramidaux, qui peuvent être tous convexes ou concaves, et les miroirs plans.

Pour declairier aussi aucune chose du miroer concave, (...) nous devons cy noter, selon les anciens sages de perspective, que on treuve VII manieres de miroers qui sont de diverses natures, desquielx les uns sont appellés sperique, non pas a entendre qu’ilz soient de toutes pars ronds comme une droite espere ["une vraie sphère"] (...), maiz il convient qu’ilz soient une porcion de elle (Evrart de Conty, Livre des eschez amoureux moralisés, vers 1400, page 700).

Les autres [miroirs] sont appellé conlumpnaire pour ce qu’ilz sont de figure samblable a une coulombe ["colonne"] ronde ou a une partie d’elle, (...) pyramidal pour ce qu’ilz sont semblables a une pyramide de ronde maniere, ou qu’ilz contiennent une partie d’elle (Evrart de Conty, Livre des eschez amoureux moralisés, vers 1400, page 701).

De ces troiz figures ["formes"] cy donc se font VI miroers pour ce que de chascune se pevent deux miroers faire : l’un quant elle est polie par dedens en sa concavité et ainsy ramenee a nature de miroer, et l’autre quant elle est polie par dehors en sa convexité (Evrart de Conty, Livre des eschez amoureux moralisés, vers 1400, page 701).

Et ainsy s’en enssuit VI diverses manieres de miroers, trois convexes et trois concaves, et la septiesme est des miroers plains ["plans"] qui point ne se varient (Evrart de Conty, Livre des eschez amoureux moralisés, vers 1400, page 702).

Si l’on ajoute que le moyen âge connaissait déjà la propagation de la lumière en ligne droite, par réflexion et par réfraction, on comprendra que le kaléidoscope aurait été facilement compris par les savants du XIVe ou du XVe siècle.

(...) il est III manieres de veir ["voir"] : l’une maniere est par direction et l’autre par reflection, et la tierce maniere est par refraction (Evrart de Conty, Livre des eschez amoureux moralisés, vers 1400, page 703).

 

Ici, nous ne sommes pas loin des notions d’image réelle et d’image virtuelle de l’optique moderne.

La seconde maniere [la réflexion] se fait aussi par lignes droites de premiere venue, maiz elles ne sont pas ainsy continuees de la chose visible a la veue ["vue"], ainz ["mais"] sont en leur chemin par aucun obstacle arrestees qui les reflexit et renvoie au contraire du lieu auquel elles tendoient.
(...) L’autre tierce maniere [la réfraction] se fait aussi par lignes qui ne se pevent pas tout droit continuer, ainz se froissent et tordent, et leur droit chemin laissent, pour la diversité du moien que elles treuvent plus gros ou plus soutil, qui resiste contre elles et les fait decliner a dextre ou a senestre. Et ainsy veons nous les choses qui se moustrent a nous par moiens divers et estranges, sy come sont les pierres quant elles sont en l’yaue ["eau"], et la veue en l’air (...). Et a la verité, on ne voit pas aussi, ce samble, la chose proprement, maiz on voit son ymage (Evrart de Conty, Livre des eschez amoureux moralisés, vers 1400, page 703).


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