laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
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Moyen Français et Français Préclassique - Masque

 Pris au sens d’ "Objet, représentant généralement un visage ou une gueule animale, souvent grotesque, que l’on porte sur la face pour se déguiser" (Définition reprise au Trésor de la Langue Française)

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Contextes illustratifs

MASQUE

Ce terme apparaît pour la première fois aux alentours de 1500 et sert à dénommer un objet d’apparat porté sur la face pour se déguiser.
 Notons dans la même citation, le diminutif masquet.

Ne pensez plus à festes n’a banquetz ;
Laissez jaquectz, carcans et affiquetz ["objets de parure"],
Car les conquestz ne sont pas salutaires ;

Pour salutaire, ostez tous ces quaquetz :
Chiens et braquetz, marquettes et marquetz,
Masques, masquetz, sont aux âmes contraires 
 (Exclamation des os Sainct Innocent, vers 1500 dans Recueil des Poésies françoises, tome 9, page 75)

FAUX VISAGE

Auparavant, on employait l’expression faux visage, très en vogue en Normandie,
pour désigner le masque derrière lequel certains individus, notamment les bandits, se dissimulent ; elle exprime une idée de fausseté, d’hypocrisie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hé Diex ! qu’il a de faus visages

Par tout le rëaume et l’empire !
Faus les serjans, faus li seigneur,
Faus li petit, faus li greigneur,
Faus sont au jour d’ui tous et toutes.
Les seignors pensent de grever
Les subjez et sus eulz lever

Exactions et males toutes.
 (Gervais du Bus, Roman de Fauvel, 1314, page 42)

Une autre vielle me survint
Dont grant fraeur au cuer me vint.
(…)

Sur terre aloit a .IIII. piez
Comme serpent, et bien sachiez
Que si megre et si seche estoit
Que char ne sanc en li n’avoit.
(…)
Sur li a redos ["dos contre dos"] (se) seoient

Deuz autres vielles qui estoient
(Bien) tant ou plus espouentables,
(Et) horribles et redoutables.
L’une (s’)estoit enmuselee ["mettre sur le museau, le visage"]
D’un faus visage, et souz(celee)

Avoit sa forme et sa façon afin que ne la vëist on 
(Guillaume de Digulleville, Pèlerinage de vie humaine, 1330-1331, page 255)

...aucunes gens, qui avoient sievy la guerre, plains de mauvaise voulenté et conscience, especialement de ceulx issans de Normendie, qui avoient faulx visaiges, par quoy on ne pooit les recongnoistre, et firrent pluseurs destrousses et roberies sur iceulx marchans.
 (Mathieu d’Escouchy, Chronique, 1453-1460, tome1, pages 6-7)

MASQUE

À partir du début du XVIe s., masque,qui n’est aucunement banalisé, mais qui , au contraire, est ressenti comme un mot savant (il s’agit, en effet, d’un emprunt à l’italien), côtoie encore l’ancien faux visage, qui est senti comme l’expression courante.

La cour (…) ordonne que tous les dits faux visages, appelez masques, et choses impudiques qui seront trouvées exposées en vente tant dedans ce palais que en ceste ville de Paris seront prinses réaument et de faict et brulées publiquement.
 (Arrest contre les masques, 27 avril 1514) 

 et dans le même texte :

faux visages appellez en commun langage masques 

(cité d’après le Trésor de la Langue Française)

Mais très vite cette collocation ne se rencontre plus que sporadiquement et plus particulièrement dans les ouvrages de lexicographie.

Ung faulx visage et masque, Persona, Larva

 (R. Estienne, Dictionaire Francoislatin, 1549, s.v. visage)

Masque semble définitivement s’imposer dans les textes dès le milieu du XVIe s.

Ung jour, en masque, à ung carneval, mena danser une des plus braves et belles dames qui fust poinct en la ville ; et quant les hautzboys faisoient pose, ne failloit à luy tenir les propos d’amour

(Marguerite de Navarre, L’Heptaméron, 1550, page 806 )

Il ne se faut donc plus estonner si ces visages blanchis, vermeillonez, et qui ont une crouste de fard plus espesse que les masques de Venise commencent à perdre leur crédit entre gens de bon esprit
(Odet de Turnèbe, Les Contents, 1584, page 54)

Cependant, les emplois secondaires qui se sont développés à partir de cette époque, voire un peu avant, suggèrent la vitalité de ce terme récemment emprunté (les traces de l’emprunt sont encore présentes par l’emploi du féminin, conformément à l’italien)

 

  1. "personne qui porte un masque"

 

 

Panurge s’adresse à l’Anglais qui argumente en faisant des signes :
« Vous avez parlé, masque ! »
 (Rabelais, Pantagruel, 1542, page 109)

  1. "mascarade"

 

 

Là aussi se raporteront les Comedies, Tragedies, Jeux, Montres, Masques, Moresques. Dequoy allege un voyageur son travail, que lui cause le long chemin, qu’en chantant quelque chanson d’Amour, ou escoutant de son compagnon quelque conte et fortune

(Louise Labé, Sonnets, Ėlégies, Débat de folie et d’amour, 1555, 76)

  1. "fausse apparence"

Et ne nous doit estre aucunement incertain que Iesus Christ n’ait touiours régné sur terre depuis qu’il est monté au ciel. Mais si entre telles désolations les fidèles eussent voulu avoir quelque certaine apparence, n’eussent-ils point perdu courage ? Et de fait, sainct Hilaire tenoit désia de son temps cela pour grand vice, qu’estans aveuglez par la folle révérence qu’ils portoyent à la dignité de leurs Evesques, ne considéroyent point quelles pestes estoyent aucunefois cachées dessous telles masques.

(Calvin, Instit. de la religion chrétienne, Epistre au Roy, 1535, tome 1, page 42)

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