laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
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ÉLÉMENTAIRE, adj.


Début de l'objet 1 de la requête (Mot vedette)ÉLÉMENTAIRE,Fin de l'objet 1 de la requête (Mot vedette) adj.
A. [Correspond à élément

I]
1. Qui constitue un élément, qui concerne un élément premier.
a) [Correspond à élément I A 1 a ]
)
Qui constitue un élément.

Feu élémentaire.
L’élément du feu tel qu’il se présentait à l’origine dans le monde
(avant d’avoir été dérobé au ciel par Prométhée, selon la légende). L’envoyer
au delà des mondes parmi les feux élémentaires
(GAUTIER,
Fracasse, 1863, p. 117) :

1. ... l’action du soleil sur les corps terrestres leur ayant fait regarder sa substance comme un feu pur et élémentaire, ils [les physiciens théologues] en firent le foyer et le réservoir

d’un océan de fluide igné, lumineux, qui, sous le nom d’œther,
remplit l’univers, et alimenta les êtres.
VOLNEY, Les Ruines, 1791, p. 271.

Esprits élémentaires

ou p. ell. élémentaires. Esprits qui vivaient dans un des quatre éléments
fondamentaux reconnus par la science ancienne. Le motif berceur [des
ondines, au début de l’Or du Rhin, de Wagner
] qui dit la joie naïve
des créatures primordiales, un peu déesses, un peu
« élémentaires
 » (WILLY, Entre deux airs, 1895, p. 89). L’évocation
des quatre sortes d’esprits élémentaires (les salamandres, les sylphes, les
ondins et les gnomes

respectivement esprits du feu, de l’air, de l’eau et de la terre) (CARON,
HUTIN
, Alchimistes, 1959, p. 44).
)
P. ext. Qui participe des forces naturelles. Ce pilote dispute
son courrier à trois divinités élémentaires, la montagne, la mer et
l’orage
(SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p.
154).

b) [Correspond à élément I B]
)
Vocab. sc. mod., en partic. CHIM. et PHYS. NUCL. Qui
constitue un corps simple. Atomes, molécules, substances élémentaires.
Comme ces prétendus corps élémentaires dans lesquels la chimie moderne
rencontre de nouvelles particules séparables à mesure qu’elle les regarde de
plus près
(TOCQUEVILLE, Anc. rég. et Révol., 1856,
p. 174). En dernière analyse les groupes de particules élémentaires qui
constituent la matière composée peuvent revêtir deux états distincts
(PASTEUR,
Travaux, 1895, p. 17) :

2. ... au début il avait paru naturel de supposer que les constituants du noyau étaient des protons et des électrons, seuls corpuscules élémentaires matériels connus à cette époque.
Hist. gén. des sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 143.

Analyse élémentaire. Recherche
des éléments contenus dans un corps composé. Sa formule [de la
cellulose
], obtenue par analyse élémentaire, C6H10O5

(PLANTEFOL, Bot. et biol. végét., t. 1,
1931, p. 64). Du point de vue de l’analyse élémentaire, on ne rencontre
rien dans le protoplasme qui ne se retrouve ailleurs
(J.
ROSTAND
, La Vie et ses probl., 1939, p. 19).
)
P. anal. Ces réalités élémentaires que sont l’espace, le mouvement,
le temps
(RUYER, Esq. philos. struct., 1930,
p. 50). Qui habite là y est perdu, ignoré et ignorant. Il n’en est pas
moins la cellule élémentaire collée à d’autres cellules
(ALAIN,
Propos, 1936, p. 1310).

c) [Correspond à élément I C] ANAT. Tissu élémentaire,
partie élémentaire
(vx). Tissu simple entrant dans la constitution d’un
organisme (animal ou végétal). Synon. élément anatomique. La cellulose
n’est autre chose que le tissu élémentaire des végétaux
(VERNE,
Île myst., 1874, p. 282). Si les parties élémentaires sont déterminées
rigoureusement dans le corps vivant comme dans le cristal, l’ensemble n’est
pas d’une malléabilité indéfinie
(BLONDEL, Action,
1893, p. 75).

2. Qui participe au caractère originel, natif des substances ou des
forces primordiales.
a) [Le subst. évoque une substance ou une réalité conçue sous
l’aspect substantiel] Le génie lui-même se perdrait dans le chaos élémentaire,
si les règles n’existaient pas
(DURUTTE, Esthét.
mus.,
1876, p. IV).
En partic. Qui
n’a pas encore subi d’altération, qui n’est pas entré dans une combinaison. Non
point de ces piments orangés, rouges ou jaunes que j’admirais sur les places
des marchés, mais de petits piments d’un vert élémentaire et joyeux
(GIDE,
Feuillets d’automne, 1949, p. 1108) :

3. ... toutes ses nuits de veille sur les épures n’aboutissent, comme signes visibles, qu’à la seule simplicité, comme s’il fallait l’expérience de plusieurs générations pour dégager peu à peu la courbe d’une colonne, d’une carène, ou d’un fuselage d’avion, jusqu’à leur rendre la pureté élémentaire de la courbe d’un sein ou d’une épaule.
SAINT-EXUPÉRY, Terre des hommes, 1939, p. 169.

b) [Le subst. évoque ce qui ressortit à une force, à une impulsion,
à un état d’âme] Partie du besoin de rythme le plus élémentaire, celui
qui pousse à frapper en cadence le sol alternativement de l’un et l’autre
pied, j’imagine que la danse a précédé la musique même
(FAURE,
Espr. formes, 1927, p. 188). La force psychique primaire accompagne
surtout les tendances élémentaires et anciennes (peur, colère, faim,
instinct sexuel)
(MOUNIER, Traité caract., 1946,
p. 259). Fou et tout-puissant, il [Uranus] déchaîne les
passions et les forces élémentaires. Il procure le triomphe de l’instinct

(Divin 1964, p. 224) :

4. Ainsi, la poésie serait une réponse, la seule réponse possible, à l’angoisse élémentaire de la créature enfermée dans l’existence temporelle.
BÉGUIN, L’Âme romantique et le rêve, 1939, p. 400.

SYNT. Actes, actions, désirs, gestes, impressions, puissance
sensations élémentaire(s).
c) Emploi subst. Ce qui est à l’origine de toute chose. On
trouve chez Lautréamont ce refus de la conscience rationnelle, ce retour à
l’élémentaire qui est l’une des marques des civilisations en révolte contre
elles-mêmes
(CAMUS, Homme rév., 1951, p.
110).
B. [Correspond à élément

II B 3 b] Qui est à la base, dans un ordre hiérarchique.
1. [Caractère simple et fondamental] Qui concerne les éléments. Dessin,
géométrie, grammaire élémentaire ; histoire élémentaire de la
philosophie ; méthode élémentaire ; notions élémentaires. Mais cette même
solution se trouve dans tous les cours de mathématiques élémentaires, et ne
passe pas les forces ordinaires d’une intelligence de quinze ans
(J.
DE MAISTRE
, Soirées St-Pétersbourg, t. 1, 1821, p. 96). Le
présent traité se limite aux contrepoints simples, à deux et quatre voix et
aux contrepoints doubles, triples et quadruples à l’octave, d’où sa dénomination
d’élémentaire
(RATEZ, Contrepoint et fugue,

1901, Introd.) :

5. Toutefois il est utile pour comprendre l’astrologie d’avoir à la façon des anciens quelques connaissances élémentaires de ce qui se passe dans le ciel.
BEER 1939, p. 21.

Spéc.,
ENSEIGN.
[En parlant d’un enseign., d’un examen] Qui, dans une hiérarchie,
occupe un degré moins élevé, par opposition à un degré supérieur. École,
enseignement, instruction élémentaire.
Synon. primaire.

Cours élémentaire. Dans
les écoles primaires classe intermédiaire entre le cours préparatoire et le
cours moyen et durant deux ans.
Classes élémentaires. Dans
les collèges classes de 8e et de 7e. C’était là
qu’il y a trop longtemps je commençais mes
« études » après
avoir achevé d’apprendre à lire, à écrire et à compter (mal) dans une petite classe élémentaire
(VERLAINE,
Œuvres compl., t. 4, Mes pris., 1893, p. 360).
Brevet élémentaire. Brevet
qui sanctionnait un certain niveau d’études primaires supérieures et conférait
un titre de capacité à l’enseignement.
Classe de mathématiques
élémentaires
ou p. ell. mathématiques élémentaires. Classe
terminale où domine l’enseignement des mathématiques. Passer le baccalauréat
(de) mathématiques élémentaires
ou p. ell. passer mathématiques élémentaires.
Cf. coter
ex. 7.

Rem. Dans l’arg. scolaire l’abrév. usuelle de mathématiques élémentaires
est math élém (attesté depuis 1890 d’apr. ESN. 1966).
Au XIXe s. on disait p. ell. faire ses élémentaires

(emploi subst.). Être dans la classe de mathématiques élémentaires. Cressot
(...) avait fait ses élémentaires, ses spéciales même, pour entrer à l’école
militaire de Saint-Cyr
(VALLÈS, Réfract.,
1865, p. 147).
2. [L’accent est mis sur l’idée de fondement] Qui a un caractère
fondamental, de première importance, qui constitue une donnée de base
indispensable, qui se rattache aux notions premières. De ce que l’espace
et le temps sont des pensées et non des choses, ce qui est d’élémentaire
doctrine, il ne faut pas conclure qu’on en puisse écrire n’importe quoi
(ALAIN,
Propos, 1922, p. 398). Une des choses élémentaires que j’ai
apprises au cours de ces derniers mois, c’est que mon travail n’est intéressant
qu’à condition d’être difficile
(GREEN, Journal,
1931, p. 46) :

6. ... croire à l’origine céleste des météorites témoignait d’une mentalité superstitieuse et d’une ignorance totale des lois élémentaires de la physique.
Divin. 1964, p. 165.

En partic. Qui
représente un minimum dont on ne saurait se dispenser. Politesse élémentaire.
Quand on a l’honneur et l’avantage, comme à Lagartera et à Marken, de représenter
la tradition, on se doit à des obligations élémentaires dont la première
est de porter le costume local
(T’SERSTEVENS, Itinér.
esp.,
1963, p. 239) :

7. Mais, pour d’élémentaires raisons de tactique guerrière, nous estimions que la lutte devait être dirigée et que, d’ailleurs, le moment n’était pas venu d’entamer le combat au grand jour dans la métropole.
DE GAULLE, Mémoires de guerre, 1954, p. 228.

SYNT. La plus élémentaire clairvoyance, discrétion ; le plus élémentaire
savoir-vivre, le tact le plus élémentaire, la prudence la plus élémentaire ;
les règles élémentaires de la civilité.

3. [L’accent est mis sur l’idée de simplicité] Qui est d’une
simplicité relative. Synon. rudimentaire ; anton. complexe.
a) [Dans sa forme, dans sa compos.] Il faisait cuire lui-même
dans la cendre de leur foyer quelque repas élémentaire
(A.
DAUDET
, Jack, t. 2, 1876, p. 150). Les tripolis ou farines
siliceuses, (...), sont constitués par des myriades de frustules de diatomées
ou algues élémentaires
(LAPPARENT, Abr. géol.,
1886, p. 129) :

8. Mais notre œil, messieurs, est un organe tellement élémentaire qu’il peut distinguer à peine ce qui est indispensable à notre existence.
MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2, Le Horla, 1886, p. 1094.

b) [Dans son fonctionnement] Organisation élémentaire. Mon procédé
est élémentaire ; il consiste à les
[les enfants] électriser
doucement, de façon qu’ils me quittent toujours un peu plus riches de vie
qu’ils me sont venus
(AMIEL, Journal, 1866,
p. 135). Il ne faut pas accorder plus de réalité au mécanisme présumé
élémentaire, qu’aux mécanismes, aux formes les plus complexes
(RUYER,
Esq. philos., struct., 1930, p. 2).

Loc. fam.
C’est élémentaire.
C’est simple, facile à comprendre, à faire. Mais,
quand on est entré, on ferme la porte aux autres : c’est élémentaire
(A.
FRANCE
, Hist. comique, 1903, p. 27).
En partic. Qui
n’a pas évolué, qui ne s’est pas développé. Synon. fruste, primaire. Il

[l’avocat] avait toujours pensé que la poésie était faite pour
toucher les grosses natures, les êtres élémentaires
(AYMÉ,
Uranus, 1948, p. 161).
Rem. 1. La docum. atteste élémentaire, subst. fém. Qualité
d’être élémentaire (supra A 2). C’est le bénéfice d’élémentarité
que nous trouvons dans une phénoménologie de l’imagination. Une image
travaillée perd ses vertus premières
(BACHELARD, Poét.
espace,
1957, p. 210). Dans le domaine de la phys. nucl. le terme désigne
le caractère d’une particule élémentaire (d’apr. Lar. encyclop. Suppl.

1975). 2. La docum. atteste un emploi de élémentarisme, subst.
masc. Cf. LHOTE, Peint. d’abord, 1942, p.
109. Ce mouvement esthétique, défini par T. van Doesburg en 1926 utilisait
les lignes droites et les couleurs primaires (d’apr. Dict. univ. de l’art
et des artistes,
Paris, Hazan, t. 1, 1962). D’apr. THINÈS-LEMP.

1975 le terme est également employé en psychol. pour désigner une doctrine
issue de Wundt selon laquelle l’objet de la psychologie est l’étude du
contenu de conscience, celui-ci étant formé d’éléments résultant de
l’activité sensorielle, de la mémoire et des sentiments.
Prononc. et Orth. : [].
Enq. : //.
Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1380-90 « de
la nature d’un des éléments de l’univers » (EVRART DE CONTY,
Trad. Problèmes d’Aristote, B.N. 210 [ms. XVe

s.], fo 86 vo ds GDF. Compl.) ;
2. 1611 « relevant des principes de base, des rudiments » (COTGR.).
Empr. au lat. elementarius signifiant à l’orig. « de l’alphabet » et
en b. lat. « des principes des rudiments (de la grammaire) » et « des
quatre éléments de l’univers ». Fréq. abs. littér. : 1 283. Fréq.
rel. littér. :
XIXe s. : a) 1 031, b) 1
357 ; XXe s. : a) 1 441, b) 2 982.

DÉR. Élémentairement, adv. a) D’une manière élémentaire,
sommaire. Élémentairement définie, la liberté est le pouvoir de se déterminer
soi-même
(VEDEL, Dr. constit., 1949, p.
128). b) En considérant les différents éléments constitutifs d’un
ensemble. Toutes les forces, physiques, organiques, animales, qui sont
dites agir pendant une durée quelconque, sont intermittentes, et doivent
s’envisager élémentairement hors de la durée
(RENOUVIER,
Essais crit. gén., 3e essai, 1864, p. XXVI).
1res

attest. 1587 (PONTUS DE TYARD, Disc. philos., fo
142 vo ds GDF Compl.) attest. isolée,
1864 (RENOUVIER, loc. cit.) ; de élémentaire,

suff. -ment2*.
Fréq. abs. littér. : 1.

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