laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
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Mots du TLFI

MIROIR, subst. masc.


MIROIR, subst. masc.
A. 1. Objet constitué d’une surface polie (de verre étamé ou, pour les modèles les plus anciens, de métal) entourée ou non d’un cadre, qui réfléchit la lumière, les personnes et les choses, utilisé notamment pour la toilette ou comme élément de décoration. Synon. glace (v. ce mot II B). Miroir de cristal, de poche, de Venise ; miroir déformant, grossissant ; miroir mural. Un miroir trouble et louche, dont le tain avait coulé, las de ne pas refléter de figure humaine (GAUTIER, Fracasse, 1863, p.8). Des miroirs circulaires en bronze, à manche d’ivoire parfois richement sculpté, ont été trouvés à Mycènes (J. DÉCHELETTE,

Manuel archéol. préhist., celt. et gallo-rom., t.2, 1914, p.339). Un
grand silence dans la maison, où tout brille : les miroirs inclinés, les
meubles de bois sombre, et le parquet noir
(GREEN, Journal,
1934, p.185).
Pop., vulg. Miroir à
putains.
Séducteur irrésistible, beau gosse. Donne donc ta gueule,
miroir à putains, que j’en fasse de la bouillie pour les cochons, et nous
verrons après si les garces de femmes courent après toi !
(ZOLA,

Germinal, 1885, p.1485).
Littér. [P. réf. au
miroir symbolisant, dans certaines oeuvres littér. ou artist., l’obstacle à
franchir pour accéder à un monde différent] Basculer, passer de l’autre
côté du miroir, traverser les miroirs.
S’évader du réel ; accéder au
monde du rêve, du merveilleux. Le fantastique est ici moins directement présent,
moins saisissant que dans l’admirable « Femme de Gogol ». En fait, dans « la
Muette » ou dans « Rubato », l’auteur cherche moins à nous faire basculer de
l’autre côté du miroir qu’à révéler les incertitudes de la vie
(Le
Nouvel Observateur,
20 juill. 1970, p.34, col.3). Dès 1946, dans
la Belle et la Bête, Cocteau manie avec virtuosité le fantastique poétique.
Dans une oeuvre où l’on traverse volontiers les miroirs et où la mort fait
de fréquentes apparitions,
Orphée (1949) et le Testament d’Orphée
(1960) sont particulièrement significatifs (La Gde encyclop.,

Paris, Larousse, t.23, 1973, p.4790).
Emplois spéc.
CHASSE. Miroir
à/aux alouettes
ou d’alouettes* ; p. ell. miroir. Il chassait au
tiré, à courre (...) au miroir
(MAUPASS., Contes
et nouv.,
t.2, Rouille, 1882, p.790).

OCCULT. Miroir magique*.
2. a) PSYCHOLOGIE
Signe du miroir. ,,Tendance
à longuement contempler sa propre image, notée chez les schizophrènes en
rapport avec l’angoisse de dépersonnalisation et de perte de l’identité`` (PEL.
Psych. 1976).
Stade du miroir. Moment
où l’enfant réalise la synthèse de son image corporelle devant le miroir en
prenant conscience peu à peu de son identité et de son intégrité propres
par rapport au monde extérieur (d’apr. Pt Lar. Méd. 1976). Pour
les psychanalystes, le stade du miroir constituerait l’ébauche de ce qui est
appelé le « moi » du sujet
(Lar. Méd. t.2 1972).

b) OPT. Surface métallisée polie, plane ou courbe, qui réfléchit
la lumière. Miroir concave, convergent, convexe, parabolique, plan, sphérique ;
champ, foyer d’un miroir. Des miroirs concentriques réfléchissant au loin la
lumière et la chaleur, allaient brûler en mer la flotte romaine
(MICHELET,
Hist. romaine, t.2, 1831, p.34). Depuis l’antiquité, de nombreux
essais ont été effectués en vue d’utiliser directement l’énergie solaire
en la concentrant à l’aide de miroirs ou de lentilles
(ROMANOVSKY,

Mer, source én., 1950, p.66). On réalise des miroirs dichroïques,
qui réfléchissent toutes les radiations de longueur d’onde supérieure à
une certaine limite (choisie à volonté) et qui laissent passer celles de
longueur d’onde inférieure à cette limite
(Hist. gén. sc., t.3,
vol.2, 1964, p.211).
Miroir ardent*.
B. P. anal.

1. Littér. Surface lisse et brillante qui réfléchit la
lumière ou les objets. Miroir des eaux ; miroir d’un lac. Les mains
jointes, elle avançait sur le miroir du parquet comme les saintes de la
Légende
dorée sur le cristal des eaux (A. FRANCE, Bonnard,
1881, p.405). L’exact miroir rond d’une lagune reflétait les fûts
allongés des pins
(MAURIAC, Baiser Lépreux, 1922,
p.192).

2. Emplois spéc.
a) ARCHIT. Miroir d’eau. Bassin de forme géométrique, qui
agrémente un parc ou un jardin. Synon. canal, pièce d’eau*. Les
miroirs d’eau de Versailles. Cyprès, nappes de fleurs, balustres, miroirs
d’eau
(MAURIAC, Journal 1, 1934, p.9) :

1. ... nous étions réunis autour du miroir d’eau. C’était un bassin rectangulaire entouré de tous côtés d’une belle marge de pierre fort gâtée par les gelées.
DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p.161.

b) ART CULIN. Œufs au miroir. Synon. moins usuel de oeufs*
sur le plat. Les oeufs au miroir, jadis régal de monsieur Renan, sont des
oeufs au plat qui doivent cette dénomination à l’enveloppe d’albumine
brillante et transparente qui revêt les jaunes
(Ac. Gastr. 1962).

c) SYLVIC. Synon. de blanchi(s). Quant aux gros arbres, le
garde marqueur prendra soin de faire le miroir le plus petit et le moins
profond possible, et de le placer sur une grosse racine plutôt que sur le fût
même du sujet
(A. JOLYET, Traité pratique de
sylvic.,
Paris, Baillière, 1916, p.230).
d) ZOOL. Tache brillante sur l’aile d’un insecte ou d’un oiseau.
Bec court et assez plat ; (...) une plaque à reflets métalliques

(miroir) sur les ailes (E. PERRIER, Zool., t.4,
1931, p.3276).
C. Au fig.
1. a) Vx. Modèle. Synon. archétype, parangon. Miroir de
douceur, de vertu, de patience. L’homme de guerre, miroir et parangon de
chevalerie, se fait des cadavres de ses compagnons un marchepied à
l’avancement
(PROUDHON, Syst. contrad. écon., t.1,
1846, p.343).

b) Reflet fidèle, image exacte (de quelqu’un ou de quelque chose). Si
vos personnages ne parlent pas politique, reprend l’éditeur, ce ne sont plus
des Français de 1830, et votre livre n’est plus un miroir, comme vous en avez
la prétention
(STENDHAL, Rouge et Noir, 1830,
p.376). Ce terrible pamphlet des Liaisons dangereuses, où beaucoup
voulaient voir le miroir d’une société corrompue
(BARRÈS,

Cahiers, t.9, 1912, p.314) :

2. J’aurais voulu que ce journal fût plus complet, qu’il y eût tout, mais cela n’est pas possible... Il faut choisir. Dans ces conditions, un journal cesse d’être le miroir fidèle qu’on voulait, il ne montre qu’un portrait partiel...
GREEN, Journal, 1943, p.61.

2. HIST., littér. Miroir du monde. Ouvrage didactique du
Moyen Âge, à caractère encyclopédique. Bestiaires, miroirs du monde,
vitraux et porches de cathédrales s’accordent pour décrire, chacun dans son
langage propre, un univers symbolique, dont les êtres, pris dans leur essence
même, ne sont que des expressions de Dieu
(GILSON,
Espr. philos. médiév., 1931, p.104).
REM. Miroir(-)de(-)Vénus, (Miroir de Vénus, Miroir-de-Vénus)subst.
masc., bot. Plante herbacée (de la famille des Campanulacées) à fleurs
blanches ou violettes. Synon. spéculaire. Il est aux bois des fleurs
sauvages (...). Elles se nomment : bouton d’argent (...) jacinthe des champs,
miroir-de-Vénus
(A. FRANCE, P.Nozière, 1899,
p.172). Mauvaise herbe d’ailleurs pleine de grâce et de beauté, dont la
corolle d’un beau violet sombre, parfaitement aplanie, lui fait donner le nom
flatteur de « Miroir-de-Vénus »
(H. ROMAGNESI, J.WEILL,

Fleurs sauvages de France, t.2, Paris, Bordas, 1979, no
267).
Prononc. et Orth. : [].
Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) [1119 mirëur

(PHILIPPE DE THAON, Comput, 2657 ds T.-L., s.v.
mirëor
var. ms. A XIIe
s. mirueir)] 1260 miroir « objet dont la surface sert à refléter
l’image de quelque chose ou de quelqu’un » (ETIENNE BOILEAU, Métiers,

43 ds T.-L., s.v. mirëoir) ; b) 1432 miroir ardant (BERTRANDON
DE LA BROQUIÈRE,
Voyage d’outremer, éd. Schefer, p.61 ds GAY) ;
c) av. 1573 « objet réfléchissant la lumière pour tromper les
animaux que l’on chasse » (JODELLE, Œuvres et
Meslanges poëtiques,
Paris, Lemerre, II, 308 ds IGLF) ; 1844 au
fig. (SAINTE-BEUVE, Corresp.,

t.5, p.735 : voilà que son livre mystérieux d’Outre Tombe va servir,
en quelque sorte, de miroir à prendre les alouettes, c’est-à-dire à
faire des chalands à M. Emile Girardin) ; 1846 au propre miroir à
alouettes
(BESCH.) ; 1898 au fig. miroir aux
alouettes
(LORRAIN, Âmes automne, p.33) ; d)

1803 miroir magique (KRÜDENER, Valérie,
préf., p.78) ; 2. [ca 1165 mirëor (Troie, 5121 ds
T.-L., s.v. mirëor)] ca 1280 mirëoirs « modèle, type
idéal » (GIRARD D’AMIENS, Escanor, 25830, ibid.,
s.v. mirëoir
) ; 3. [1er quart XIIIe

s. mirëours (RECLUS DE MOLLIENS, Charité,
60, 1, ibid., s.v. mirëor)] 1266 « ce qui offre l’image des choses ou
des gens, représentation exacte de », utilisé dans des titres d’ouvrages
didactiques (ROBERT DE L’OMME, Li Miroirs de Vie et
de Mort,
éd. A.Långfors ds Romania t.47, p.513) ; 4. début
XIVe s. « surface qui réfléchit la lumière
et l’image des choses » li mireoirs de la fontaine (Ovide moralisé,

éd. C. de Boer, III, 1883) ; 1680 oeufs au miroir (RICH.,
s.v.oeufs) ; 5. ca 1450 « tache chatoyante de plume
de paon » (Archives du Nord, B 7662, pièce 9 ds IGLF) ; 1611 « taches
de la robe du cheval » bay à miroir (COTGR.). Dér.
de mirer* ; suff. -oir*. Fréq. abs. littér. : 2462. Fréq.
rel. littér. :
XIXe s. : a) 2416, b)
3580 ; XXe s. : a) 4170, b) 3982. Bbg. QUEM.
DDL t.16.

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