laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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ILF
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Mots du TLFI


LUMIÈRE, subst. fém.


LUMIÈRE,
subst. fém.
A. 1. Lang. cour. Énergie émanant
d’un corps agissant sur la rétine de manière à rendre les choses visibles. Un
rayon pâle du soleil de décembre traversait la croisée du galetas et traînait
sur le plafond de longs filandres d’ombre et de lumière
(HUGO,
Misér., t. 1, 1862, p. 523) :

1. La lumière, prise en
masse, c’est-à-dire tout le système des rayons actuellement visibles,
pourrait perdre son action spéciale sur la rétine, (...) que nous
pourrions encore, non seulement arriver à la connaissance du monde extérieur
et des corps à distance, mais même découvrir l’existence et les propriétés
caractéristiques du principe lumineux rendu invisible...
COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 154.

SYNT. Lumière abondante, allumée, ardente, avare, blafarde,
chaude, crue, diffuse, douce, dure, froide, lointaine, oblique, profuse, tamisée,
vacillante, verticale, vive ; lumière blanche, bleue, blonde, grise, jaune, pâle,
pourpre, rose, rouge, terne ; action, auréole, bain, cercle, champ, degré,
effet, excès, faisceau, filet, flot, foyer, gerbes, goutte, halo, impression,
intensité, jets, nappe, océan, rais, rayon de lumière ; éclat de la lumière ;
tourner le dos à la lumière ; ouvrir les yeux à la lumière.

a) [La lumière émane d’une source naturelle] Lumière des
astres, des étoiles, de l’aurore, du matin, du crépuscule, du soir ; traînée
de lumière d’une comète ; lumière hivernale, polaire, tropicale ; variations
de la lumière suivant les points du globe ; la lumière baisse, croît, décroît,
se lève. Sur la paroi éclairée ruisselait en cascade de feu une lumière
aveuglante comme celle qui émane des métaux en fusion
(GAUTIER,
Rom. momie, 1858, p. 160). La lumière du jour a fini par
s’infiltrer dans les crevasses sans fin qui sillonnent cette région de la
terre
(BARBUSSE, Feu, 1916, p. 17) :

2. Il ne fallait pas songer à
filer par le pont Royal que les incendies éclairaient d’une éclatante lumière
de plein soleil.
ZOLA, Débâcle, 1892, p. 610.

Lumière lunaire. Lumière dont les
radiations sont renvoyées par la surface de la lune. On s’est couché, je
dis donc, au petit bonheur des lits métalliques et à la lumière lunaire, c’était
si neuf ces locaux que l’électricité n’y venait pas encore
(CÉLINE,
Mort à crédit, 1936, p. 107).

ARTS PLAST.
Au plur.
Effets, taches, touches de couleurs
qui représentent les parties éclairées dans un dessin, une gravure ou un
tableau :

3. ...Rubens.
quoiqu’il soit reconnu que la chaleur est dans les ombres, les ombres reflétées,
et la froideur dans les lumières,

employait le jaune de Naples, qui est une couleur chaude, dans ses lumières...
GONCOURT, Journal, 1894, p. 591.

Jeu des lumières et des ombres. Le peintre moderne, attentif aux jeux des
lumières et des ombres.
(LHOTE, Peint. d’abord,
1942, p. 14).

b) [La lumière émane d’une source artificielle] Lumière d’une
bougie, d’une chandelle, d’un cierge, d’un flambeau, d’une lanterne, d’un
lustre, d’un phare, d’un projecteur, d’un réverbère, d’une veilleuse ; lumière
électrique ; lumière du gaz. Les crinières de leurs casques, et leurs grands
manteaux blancs soulevés derrière eux passaient sur la lumière des becs de
gaz, qui se tordaient au vent dans la brume
(FLAUB.,
Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 276). La lumière de la lampe électrique,
le temps d’un éclair, la frappa en plein visage
(BERNANOS,
Crime, 1935, p. 742). Mes yeux sont trop fatigués pour me permettre
une lecture prolongée à la lumière artificielle
(GIDE,
Journal, 1943, p. 166).

Donner de la lumière. Allumer :

4. Éclairer, allumer : On
entend assez souvent cette expression (...) : éclairer le gaz. Elle
nous choque, quoiqu’elle soit identique à allumer le gaz, puisque allumer,

c’est adluminare, donner de la lumière à..., comme éclairer,
c’est donner de la clarté à...
GOURMONT, Esthét. lang. fr., 1899, p. 158.

P. méton. Source lumineuse,
appareil d’éclairage. Toutes les lumières du salon, lustres, appliques,
feux électriques répartis sur les tables, prirent une touche sèche et une
patine artificielle, en face du vaste bleu encore visible qui commençait à
se faire sentir de partout
(MALÈGUE, Augustin, t.
2, 1933, p. 186).
Les lumières de la ville. À l’aube, je vais
m’asseoir sur le tertre du dolmen. Les lumières de la ville brillent encore
dans un crépuscule bleu de roi
(T’SERSTEVENS, Itinér.
esp.,
1933, p. 128).

SYNT. Allumer, éteindre la/les lumière(s) ; apporter des lumières ;
donner, faire, fournir de la lumière ; répondre, recevoir la lumière ;
apercevoir, voir la/les lumières ; lire, travailler à la lumière ; Paris,
ville-lumière.
2. Lang. sc.
a) ASTRONOMIE
Lumière cendrée.
Lumière provenant de la
terre et réfléchie sur la lune de manière à l’éclairer quand, privée de
la lumière solaire, elle prend l’aspect d’un croissant :

5. ... les jeunes frondaisons s’écartaient
pour découvrir de brillants bouquets d’étoiles (...), un fin croissant de
lune dans le creux duquel tout le reste de l’astre apparaissait translucide,
éclairé par la lumière cendrée...
DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 98.

Année-lumière. V. année A 3.

b) PHYS. Radiations au double aspect corpusculaire et
ondulatoire dont la vitesse de propagation atteint environ 308 000 kilomètres
par seconde. Émission, transmission de la lumière ; propagation de la lumière
dans le vide. On adopte pour la vitesse de la lumière une valeur telle que
les lois astronomiques compatibles avec cette valeur soient aussi simples que
possible
(H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p.
55). Les théoriciens (...) ont mis en évidence toutes les difficultés
soulevées par la propagation de la lumière à travers un milieu en mouvement

(H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905p. 201).

Théorie corpusculaire de la lumière. Théorie
suivant laquelle la lumière consiste dans une émission de corpuscules matériels
 :

6. Les lois de rayonnement du « 
corps noir » conduisaient Planck à l’hypothèse des quanta d’énergie ; et
cette hypothèse entraînait peu de temps après, avec la théorie des « 
photons » d’Einstein, une sorte de retour à la théorie corpusculaire
de la
lumière...
Gds cour. pensée math., 1948, p. 419.

Théorie ondulatoire de la lumière. Théorie
suivant laquelle les corpuscules matériels émis par la lumière sont animés
d’un mouvement vibratoire. La plupart des phénomènes de l’optique
physique sont à l’origine de la théorie ondulatoire de la lumière dont on a
longtemps pensé qu’elle garderait une position indiscutée
(PRAT,
Opt., 1962, p. 21).
Quanta de lumière. Quantité d’énergie
lumineuse attribuée à un corps incandescent ou luminescent. Pour
expliquer l’existence des quanta de lumière, il suffit souvent d’admettre, en
suivant Planck, que les particules « matérielles » chargées ont leur énergie
quantifiée
(Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 386).

Théorie électromagnétique de la lumière. Théorie
suivant laquelle les propriétés magnétiques de la matière et les
radiations lumineuses s’impliquent mutuellement :

7. « ... les forces magnétiques
et la lumière ont des rapports mutuels ». Mais « les forces magnétiques
n’agissent pas sur le rayon lumineux directement et sans l’intervention de
matière ». On sait l’importance historique de cette découverte : elle fut
une des origines de la théorie électromagnétique de la lumière.
Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 224.

Lumière blanche. Lumière décomposable en
un spectre continu de radiations de diverses longueurs d’onde. Lumière
froide.
Lumière produite par fluorescence (d’apr. MAN.-MAN.
Méd. 1977). Lumière noire. Radiations de l’ultraviolet
qui se manifestent par la fluorescence de certaines substances (d’apr. KAMEN
1972).

Lumière ultraviolette. Radiations
lumineuses dont la longueur d’onde se situe entre celle de la lumière visible
et celle ses rayons X. En chauffant les métaux ou en les bombardant par de
la lumière ultraviolette on savait en extraire des électrons
(Hist. gén.
sc.,
t. 3, vol. 2, 1964, p. 262 :

8. ... les intensités décroissantes
de la lumière blanche éclairant une surface donnée seraient
pour une conscience non prévenue autant de nuances différentes, assez
analogues aux diverses couleurs du spectre.

BERGSON, Essai donn. imm., 1889, p. 52.

c) OPTIQUE
Lumière incidente.
Lumière qui tombe sur un
objet. L’hypothèse la plus naturelle, c’est que les molécules du corps
mises en vibration par la lumière incidente deviennent les centres de
nouvelles ondulations
(FRESNEL ds Annales chim.
et phys.,
t. 1, 1816, p. 276).

Lumière réfléchie (p. oppos. à lumière
incidente
). Lumière renvoyée par une surface éclairée :

9. Nous pouvons juger des différents
effets de la lumière à la simple vue, en comparant la lumière réfléchie
de la terre sur la lune, à celle de la lune sur la terre...
BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 371.

Réflexion de la lumière. Changement de direction des radiations
lumineuses qui rencontrent un corps interposé. Le ton des couleurs,
vertes, jaunes etc... me semblait plus animé par la réflexion de la lumière
dans les brouillards qu’il ne l’est dans l’état ordinaire
(MAINE
DE BIRAN
, Journal, 1816, p. 177).
Lumière rasante. Lumière dont la
direction est presque parallèle au plan qu’elle éclaire. Un examen, à la

lumière naturelle permet de rendre plus évidentes les particularités de
la surface visible du tableau, soit par l’agrandissement ou microphotographie,
qui décèle les moindres craquelures, soit par l’emploi de la lumière
rasante, procédé souvent associé au précédent
(Musée Fr., 1950,
p. 13).
Lumière réfractée. Lumière déviée de
sa direction initiale en passant par la surface qui sépare deux milieux
transparents et différents par leur indice de réfraction (d’apr. MAN.-MAN.,
Méd. 1977). Réfraction de la lumière. Déviation subie par un
rayon lumineux dont la vitesse de propagation varie au passage d’un milieu
dans un autre :

10. Observons le soleil au matin,
à la naissance de l’aurore : sa clarté se fait voir au ciel bien avant
qu’il s’y montre lui-même, et y produit ce qu’on appelle le crépuscule ;
c’est l’effet de la réfraction de sa lumière dans l’air
condensé par le froid...
BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814 p. 289.

Lumière diffractée. Lumière ayant subi
le phénomène de la diffraction. La nature de la lumière diffractée
n’est pas identique à celle de la lumière incidente : c’est ainsi que si la
lumière diffractée est généralement colorée (...)
(H.
POINCARÉ
, Théorie Maxwell, 1889, p. 78). Diffraction de la
lumière.
Production de franges lumineuses par suite du passage d’un
faisceau lumineux à proximité d’un corps opaque ou à travers une fente. La
lueur irisée (...) semble venir de l’intérieur même de la perle et (...)
est due à la diffraction de la lumière réfléchie par la résille
superficielle
(METTA, Pierres préc., 1960,
p. 120).

Polarisation de la lumière. Phénomène
qui consiste à introduire une dissymétrie par rapport à la direction
suivant laquelle les radiations lumineuses se propagent. La rotation du
plan de polarisation d’une lumière simple est proportionnelle à l’épaisseur
du milieu traversé par le rayon
(H. POINCARÉ, Électr.
et opt.,
1901, p. 192). La découverte de l’existence de la lumière
polarisée (...) a conduit à admettre que les vibrations lumineuses sont des
vibrations transversales
(PRAT, Opt., 1962,
p. 111).

Lumière zodiacale. Lueur blanche ou jaunâtre
manifestée à l’aube ou au crépuscule sur le plan de l’écliptique par
suite de la diffusion de la lumière solaire dans la zone du zodiaque :

11. Le globe terrestre vogue au
sein d’un espace plein de corpuscules divers circulant dans tous les sens,
les uns en courants elliptiques d’inclinaisons variées, les autres dans
le plan même de l’écliptique, comme on le voit par la lumière zodiacale,
qui s’étend depuis le soleil jusqu’au delà de l’orbite terrestre.
FLAMMARION, Astron. pop., 1880, p. 679.

3. P. anal.
Lumière des yeux, du regard.
Clarté due à la réflexion de la lumière sur les yeux et qui
manifeste l’intelligence, la conviction, l’émotion :

12. Je revois, quand d’aventure
la sentinelle n’était pas trop brutale, ces mains tendues vers nous, les
cigarettes, les pains, les fruits offerts, et toujours cette lumière du
regard
par où s’affirmait, en dépit des événements contraires, la
foi dans le destin de notre cause commune.

AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 322.

Habit de lumière, costume de
lumière.
Habit aux couleurs vives et richement orné ou pailleté que
porte le matador confirmé dans une corrida. Le costume, ici, ne se différencie
pas essentiellement de celui du chef de file. Moins richement vêtu que le
matador, le banderillero se présente malgré tout en « costume de lumière
 »
(J. TESTAS, La Tauromachie, Paris,
P.U.F., 1963, p. 69).

P. anal. [À propos des élections
municipales de 1983 dans une ville célèbre par ses arènes
] Cacharel
promet à Nîmes un nouvel habit de lumière
(Est Républicain, 11
mars 1983, p. 627).
B. Au fig.

1. Ce qui éclaire l’esprit. Synon. éclaircissement,
explication. Un trait de lumière. Nous avons considéré, par les seules
lumières de la raison, la législation générale de l’ordre social
(BONALD,
Législ. primit., t. 2, 1802, p. 124). L’âme
la peinture de Rouault le prouve possède une
lumière intérieure, celle qu’une « vision intérieure » connaît et
traduit dans le monde des couleurs éclatantes, dans le monde de lumière du
soleil
(BACHELARD, Poét. espace, 1957, p.
5) :

13. Saint Thomas admit en Dieu
l’existence des idées archétypes de la création. Mais l’homme ne jouit
point d’une vision directe de ces archétypes : ses connaissances se
forment des images reçues par les sens, et des perceptions abstraites qui
s’en dégagent à la lumière de la raison.
OZANAM, Philos. Dante, 1838, p. 48.

Lumière naturelle. La
raison. La conscience développe librement les données visuelles au delà
de leur sens propre, elle s’en sert pour exprimer ses actes de spontanéité,
comme le montre assez l’évolution sémantique qui charge d’un sens de plus
en plus riche les termes d’intuition, d’évidence ou de lumière naturelle

(MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945,
p. 159).
Lumière de l’intelligence. S’il
doit rencontrer une nuit, que ce soit plutôt celle du désespoir qui reste
lucide, nuit polaire, veille de l’esprit, d’où se lèvera peut-être cette
clarté blanche et intacte qui dessine chaque objet dans la lumière de
l’intelligence
(CAMUS, Sisyphe, 1942, p.
90). P. méton. Classons autrement les philosophes qu’avec les lumières
de l’intelligence
(NIZAN, Chiens garde, 1932,
p. 20).

Les lumières. Les
connaissances. Tout était provisoire, tant les lumières que les
ignorances. Toutes dureraient un an juste et disparaîtraient d’un seul
coup, en philosophie, au lever d’un prodigieux matin
(MALÈGUE,
Augustin, t. 1, 1933, p. 85).
Loc. Mettre en lumière. Élucider.
En nous proposant de mettre en lumière la philosophie de Dante, nous ne
prétendons pas signaler un fait inaperçu, mais insister sur un fait négligé

(OZANAM, Philos. Dante, 1838, p. 11).
C’est une lumière ! C’est
quelqu’un de très intelligent, de très instruit ; p. antiphr. Ce n’est
pas une lumière ! Comme j’étais pas une lumière et qu’j’avais plutôt le
trac
(P. MISRAKI, Mi-août, 1950). En
partic.
Personne d’une compétence exceptionnelle. Synon. phare. Être
une lumière dans sa profession ; avoir une idée lumière
(avec un jeu
verbal). Une idée lumière de Dominique Moncourtois : une « pointe »
de brillant à lèvres (Chanel)... à la pointe des cils, et des touches du
même brillant sur les paupières, les joues et les lèvres
(Elle, 25
juil. 1977, p. 56, col. 1).

Les sept lumières [Dans une loge maçonnique]
Les sept premiers dignitaires. (Dict. XIXe
et XXe s.).
2. Capacité intellectuelle naturelle ou acquise :

14. La philosophie prétend répandre
des lumières, et le commerce créer des richesses ; il faut prouver
au monde qu’ils font tout le contraire ; que la philosophie, avec ses faux
droits de l’homme et ses faux équilibres de pouvoirs, ne répand que ténèbres
et anarchie...
FOURIER, Nouv. monde industr., 1830, p. 16.

HIST. DES IDÉES. Philosophie des
lumières.
Idéologie soutenue par des philosophes du dix-huitième siècle
qui prônaient le progrès indéfini de la raison naturelle dûment
affranchie de toute tradition religieuse :

15. ... curieuse et significative
rencontre avec le rationalisme d’une économie politique née dans le
climat de la philosophie des lumières, proclamant
l’immutabilité de la nature humaine dans le temps et dans l’espace.
Univers écon. et soc., 1960, p. 64-10.

P. ext. Siècle des lumières. Dix-huitième
siècle. Il nous importait, pour le moment, d’isoler les psychologues, de
montrer, durable jusqu’au delà de l’an 1800, la conception de l’homme qui
fut celle du « siècle des lumières »
(BÉGUIN,
Âme romant., 1939, p. 9). Progrès des lumières. Développement
culturel déployé au dix-huitième siècle. Voici encore « le progrès
des lumières les progrès de notre décomposition
sociale le progrès incessant vers l’avenir »

(GOURMONT, Esthét. lang. fr., 1899, p. 311).
3. Information sur une matière donnée. Les nations, comme les
individus, ont besoin des lumières qui résultent de longues épreuves
(...), ainsi que des leçons du malheur, avant d’acquérir la sagesse et
l’expérience
(CRÈVECŒUR, Voyage, t. 2,
1801, p. 209).

Locutions
Jeter quelque lumière.
Expliquer. Toute
la mécanique céleste n’a-t-elle pas, en définitive, pour but de jeter
quelque lumière sur ce phénomène d’une pierre qui tombe, en le rattachant
à tous les phénomènes analogues de l’univers ?
(P.
LEROUX
, Humanité, t. 1, 1840, p. 5).
Faire la (pleine) lumière. Informer de
façon exhaustive, trouver la solution de ce qui est confus ou énigmatique.
C’est sur tout cet ensemble, qu’il faut faire la pleine lumière pour prévenir
la récidive possible
(CLEMENCEAU, Vers réparation,
1899, p. 245). Mon cher (dirait M. Teste), quant à Saül, puisque
la question de confiance est posée, je vais « faire la lumière » tout de
suite
(VALÉRY, Corresp. [avec Gide],
1898, p. 320).

Demander lumière et conseil. Faire appel
au jugement d’autrui. Le pauvre petit cœur a dit qu’elle voulait aller
dans un couvent du voisinage pour demander lumière et conseil, et nous
sommes partis pour demander lumière et conseil, tous les deux sur le même
cheval
(CLAUDEL, Soulier, 1944, 1re
journée, 8, p. 972).
Donner quelques lumières sur. Apporter
des éclaircissements ou des explications sur. Quelque camarade ou
quelque collègue, journaliste ou poète, qui me demande, qui me somme
parfois de lui donner quelques lumières sur ma façon de travailler
(FARGUE,
Piéton Paris, 1939, p. 10).

Mettre en lumière, porter en pleine lumière.
Expliciter, étaler au grand jour. Ce sera la tâche du troisième
tome de cette
Philosophie de la Volonté de porter en pleine lumière
les difficultés de ce paradoxe
(RICŒUR, Philos.
volonté,
1949, p. 35). Ce moment de vérité met en lumière l’état
de faiblesse aux buts qu’elle poursuit et aux calculs intéressés des
autres
(DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p.
179).

À la lumière de. Grâce à, à l’aide
de, par le fait de. On sera moins surpris, à la lumière de ces données
modernes, de voir des théologiens, qui tiraient de la vie de communauté
une longue expérience de l’homme, introduire une considération morale là
où de prime abord nous ne l’attendions pas
(MOUNIER,
Traité caract., 1946, p. 729). Le rapport de l’involontaire
corporel à la volonté doit être
éclairé à la lumière des
rapports
compris entre motif et projet (RICŒUR,
Philos. volonté, 1949 p. 82).

4. THÉOL. Attribut de Dieu en tant que source de toute vérité.
Lumière éternelle, incréée, surnaturelle : marcher, se tenir dans la
lumière. Dieu éclaire ceux qui pensent souvent à lui, et qui lèvent les
yeux vers lui. L’idée de Dieu est une lumière, une lumière qui guide, qui
réjouit ; la prière en est l’aliment
(JOUBERT, Pensées,
t. 1, 1824, p. 123). Je lis dans Denys L’Aréopagite (Noms
divins, I, 5) : « Ceux qui par la cessation intime de toute opération
intellectuelle entrent en union intime avec l’ineffable lumière... ne
parlent de Dieu que par négation
 » (G. BATAILLE,
Exp. int., 1943, p. 19) :

16. J’ai mis entre ses mains
vigilantes les quatre Évangiles, les psaumes, l’Apocalypse et les trois
épîtres de Jean où elle peut lire : « Dieu est lumière et il
n’y a point en lui de ténèbres » comme déjà dans son évangile elle
pouvait entendre le Sauveur dire : « Je suis la lumière du monde ;
celui qui est avec moi ne marchera pas dans les ténèbres. »
GIDE, Symph. pastor., 1919, p. 915.

Ce qui fonde la croyance, la foi.
Tobie : Je sais que ce n’est pas autre chose que la lumière que mon fils
est allé chercher en Orient.
Sara : Si je suis la lumière, il ne
faut pas avoir cette complaisance avec les ténèbres ! Si je suis la lumière,
il faut absolument trouver le moyen d’ouvrir les yeux et ne pas lui refuser
cet intérieur de toi-même. Si tu m’aimes, père chéri, il faut apprendre
que je suis faite pour être regardée
(CLAUDEL, Tobie
et Sara,
1940, III, 2, p. 1268).
Expressions

Ange de lumière. Vous êtes un ange de lumière, Paul-Ambroise, et je vous aime beaucoup (GIDE, Corresp.
[avec Valéry], 1891, p. 99). D’aucuns diront que j’étais entre le
bien et le mal, que j’avais un ange de lumière à ma droite en la personne
de ma mère, l’esprit même de Satan à ma gauche en la personne de mon père

(GUÉHENNO, Journal homme 40 ans, 1934, p.
71). V. aussi ange I B.

Fils de lumière. Croyant. Je vous déclare
qu’eux-mêmes sont tous ici et vous sollicitent réellement par ma bouche de
vous montrer fils soumis, simples et dociles, tout remplis de la charité,
de la joie, de la paix qui caractérisent les fils de lumière !
(BILLY,
Introïbo, 1939, p. 113).
Enfant de la lumière. Croyant. Aux
passages mystiques « couronne de vie », « enfants de la lumière », « 
le juste fleurira comme le palmier », « doux hôte de l’âme », elle
s’arrêtait, saisie, plus attentive à la musique qu’au sens des mots
(GUÈVREMONT,
Survenant, 1945, p. 59).

C. Emplois spéc.
ARMUR. Ouverture par
laquelle on communiquait le feu à la charge d’un canon, d’un fusil. (Ds Lar.
19e-Lar. encyclop.
).
Canal de lumière. V. canal A 2 b.

MECANIQUE
[Dans les machines à vapeur] Chacun des
orifices par lesquels a lieu l’arrivée et la sortie de la vapeur dans le
cylindre (Ds Lar. 19e-Lar. encyclop.).
[Dans un moteur à deux temps] ,,Orifice
d’admission, d’échappement ou de transfert ménagé dans les parois du
cylindre`` (Lar. encyclop.).

Lumière de coussinet. ,,Trou par lequel
on introduit le lubrifiant servant au graissage`` (Lar. 20e,
Lar. encyclop.
).
MENUISERIE
,,Cavité pratiquée dans le fût d’un outil à
corroyer le bois pour recevoir le fer et faciliter la sortie des copeaux`` (
CHABAT

1881).
,,Mortaise traversant de part en part une pièce
de bois`` (CHABAT 1881).
TECHNOLOGIE
Ouverture à la bouche d’un tuyau d’orgue par laquelle l’air en entrant vibre. (Ds Lar. 19e-Lar.encyclop.).

,,Ouverture pratiquée dans le corps d’une
pompe, afin de laisser écouler l’eau dans la manche`` (Lar. 19e-Lar.
encyclop.
).
REM. 1. À contre-lumière, loc. adv. À contre-jour. V. contre I
B 2. 2. Accroche-lumière, subst. masc. Fard qui rehausse l’éclat. Les
détails qui font « soir » sont les yeux très faits avec plusieurs
couches de mascara. Beaucoup de brillant à lèvres par-dessus le rouge. Et
des touches de fard « accroche-lumière » sur le front, les pommettes et
l’arcade sourcilière
(Le Point, 18 oct. 1976, p. 47, col. 4). 3.
Couleur-lumière,
subst. masc. Effet donné à la fois par la couleur et
la lumière. À la guitare hiératique de Picasso et au pichet monochrome
de Braque, il oppose le dynamisme épique de la tour Eiffel, la composition
prismatique, les contrastes simultanés, par la couleur-lumière et le
mouvement il plonge dans l’abstraction
(Elle, 19 Juil. 1976, p.
78, col. 1).

Prononc. et Orth. : []. Ac.
1694, 1718 lumière, dep. 1740 -ière. Étymol. et Hist. A.
1.
1176 « clarté, jour » (CHRÉTIEN DE TROYES,
Cligès, 5842 ds T.-L.) ; 2. ca 1225 « le sens de la
vue » (RECLUS DE MOLLIENS, Miserere, 134, 1
ds T.-L.) ; 3. XIIIe s. fig. « 
lucidité » (Jehan d’Estruen à Colart le Changeur ds Rec. génér.
des jeux-Partis,
éd. A. Långfors, I, 55, 31). B. 1. 1er

quart XIIIe s. lumiere de cire « 
bougie » (Florence de Rome,
3057 ds T.-L.) ; 1260 « flambeau, lampe »
(E. BOILEAU, Métiers, 164 ds R.-L.) ; 2. a)
1re moitié XIIe s. « (en
parlant de) Dieu » (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel, LXXV, 4) ; ca

1400 « personne d’un mérite éminent dans un certain domaine » (EUSTACHE
DESCHAMPS
, Ballades ds Œuvres, éd. G. Raynaud, t.
VII, p. 209) ; 1637 « éclaircissement, connaissance des choses » (CORNEILLE,
Lettre apologétique ds Œuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.
III, p. 24) ; b) 1665 les lumières (de qqn) (MOLIÈRE,
Le Misanthrope, I, 2) ; 1761 philos. les lumières d’un siècle éclairé

(VOLTAIRE, Préf. des Recherches sur l’origine du
despotisme oriental
ds Termes littér.). C. Ca 1228
« œillère d’un casque » (GERBERT DE MONTREUIL, Violette,

5558 ds T.-L. : 1475 « ouverture dans le canon d’une arme à feu » (ap.
LA FONS, Artill. de Lille, p. 27 ds GDF.
Compl.). Du lat. luminaria « lumière », plur. neutre
de luminare « astre », « qui produit de la lumière » devenu fém. ;
le sens de « fenêtre » donné par GAFF. et qui
d’après FEW t. 5, p. 445b, 446a serait à l’orig. du sens C ne paraît
pas attesté en lat. (v. OLD 5). Fréq. abs. littér. : 19
123. Fréq. rel. littér. : XIXe s.
 : a) 25 783, b) 25 903 ; XXe s. : a) 27
268, b) 29 048. Bbg. BEHRENS (D.).
Etymologisches. In : [Mél. Mussafica (A)]. Halle, 1905, pp.
77-89. CAGNON (M.). SMITH

(S). Le Vocab. de l’archit. en France de 1500 à 1550. Cah. Lexicol.
1971, no 19, p. 97. HOTIER
(H.). Le Vocab. du cirque et du music-hall en France, Paris, 1973, p. 115.
KANT (S.). L’Opinion devant un probl. technol. Paris,
1979, passim. (Thèse, Paris, 1979). / ROGER

(J.). La Lumière et les lumières. Cahiers de l’A.I.E.F. 1968, no
20, pp. 167-177. SCHALK (F.). Zur Semantik von « Aufklärung » in Frankreich. In : [Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1968, t. 1, pp. 251-266.

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