laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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ILF
FEDER

Mots du TLFI

CAMPAGNE,
subst. fém.


CAMPAGNE,
subst. fém.
I. [L’idée
dominante est celle d’espace]
A. [La campagne comme
étendue]

1. Vaste étendue de pays plat ou vallonné, découvert, où se
trouvent les prairies, cultures, vergers, etc. entourant les lieux
d’habitation rurale, par opposition aux forêts, à la montagne, à la mer. Aller
en vacances à la campagne.
Anton. ville :

1. Cette Syrie,
(...), comptait alors cent villes puissantes. Ses campagnes étaient
couvertes de villages, de bourgs et de hameaux. De toutes parts l’on ne voyait
que champs cultivés, que chemins fréquentés, qu’habitations pressées...

VOLNEY, Les Ruines, 1791, p. 11.

2. La campagne
était déserte et morne. Il [Jean Valjean] était environné de l’étendue.
Il n’y avait rien autour de lui qu’une ombre où se perdait son regard et un
silence où sa voix se perdait.

HUGO, Les Misérables, t. 1, 1862, p. 137.

3. « 
Campagnes ! Où sont les campagnes ? »
Cher ami, dit Hubert
marchant aussi, tu exagères : les campagnes commencent où finissent
les villes, simplement.

Je repris :
Mais, cher ami, précisément,
elles n’en finissent pas, les villes ; puis, après elles, c’est la banlieue...
GIDE, Paludes, 1895, p. 111.

4. Au delà du
Mans, au delà de Nogent-le-Rotrou, la campagne n’est plus divisée,
compartimentée par d’insupportables haies, mais largement étendue vers
l’horizon, riche de soleil et pauvre de limites, ...

H. BAZIN, Vipère au poing, 1948, p. 203.

La rase campagne. Pays
plat et découvert n’offrant ni cachette, ni protection. Courir à travers
champs, en rase campagne ; tomber en panne de voiture en rase campagne
 :

5. Glenarvan eût
préféré voyager en rase campagne. Une plaine est moins
propice aux embûches et guet-apens qu’un bois épais.

VERNE, Les Enfants du Capitaine Grant, t. 2,
1868, p. 167.

Spécialement
a) GÉOGR. Paysage rural caractérisé par ses champs allongés,
l’absence de clôtures et de haies et son habitat groupé. La campagne de
Caen
(cf. ex. 4). Synon. champagne ; anton. bocage.

b) CHASSE. Battre la campagne. La parcourir en tous sens
pour faire lever le gibier ; p. ext., pour y chercher quelqu’un (qui y
vit caché, s’y est perdu, etc.).
Au fig.
Un orateur, un écrivain bat la campagne.
,,Il dit beaucoup de choses hors
de son sujet`` (Ac. 1798-1932).

P. ext. Divaguer, déraisonner. L’amour vous met en délire et nous
battons la campagne
(BOREL, Champavert, Dina
la belle juive, 1833, p. 117).
[En parlant d’une œuvre ou de l’imagination] L’esprit bat la campagne. Des
pages de lui, battent littéralement la campagne
(E. et J.
DE GONCOURT
, Journal, 1866, p. 255).

Rem. On dit aussi dans ce sens son imagination est en campagne (Ac.
1878-1932).
SYNT. a) Campagne + adj. Campagne assoupie, dépouillée, déserte,
endormie, ensoleillée, immense, immobile, monotone, morne, muette, nue,
plate, riante ; la pleine campagne, de vastes campagnes ; campagne blanche

(de neige) ; la verte campagne normande. b) Campagne + prép.
de + nom propre compl., exprimant une situation géogr. La campagne
du Nil, du Pô, de Rome.
c) Subst. + prép. de + la
campagne. Air, bruit, paix, silence, solitude de la campagne.

2. P. ext. La nature tout entière s’offrant à l’homme dans
un paysage riant et fertile. Campagne vallonnée, boisée ; campagne
d’alentour
 :

6. De là on découvrait
de lointaines campagnes, tantôt unies et divisées par d’innombrables
clôtures, tantôt montueuses ou couvertes de bois, et sillonnées par le
cours du Rhône. De loin en loin quelques clochers marquaient la place des
hameaux, et, plus près de nous, les troupeaux épars paissaient dans les
champs.
TOEPFFER, Nouvelles genevoises, 1839, p. 36.

7. ... on voit
toute la campagne : des bois, des champs, la rivière qui coule vers la
mer, le ruban blanc de la route qui s’allonge, les montagnes
dentelant leurs crêtes inégales, et la grande prairie qui les sépare en se
répandant au milieu.
FLAUBERT, Par les champs et par les grèves, 1848,
p. 353.

P. métaph.
Les ravissantes campagnes du septième ciel
(BALZAC,
Physiologie du mariage, 1826, p. 99).
B. [La campagne comme
terrain ou lieu de séjour]
1. [Considérée par rapport à sa fertilité] Les espaces cultivés,
les champs. Campagne fertile, riche ; les travaux de la campagne :

8. Mais la
terre est couverte de genres de végétaux fraternisants. En Italie, la vigne
et l’orme ; dans nos campagnes, les blés et les légumineuses ; dans nos
prairies, les graminées et les trèfles ; (...) ; dans nos forêts, les chênes
et les châtaigniers ; ...
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Harmonies de la nature, 1814,
p. 74.

9. Par les brèches
du mur, elle voyait la campagne humide, les labours détrempés,
où du soleil ruisselait par moment au creux des sillons.

MOSELLY, Terres lorraines, 1907, p. 78.

2. [Considérée comme lieu de séjour] Habiter la campagne.
a) [Habitat permanent] Filles, gars, gens de la campagne ; curé,
médecin de campagne.

b) [Séjour temporaire, de retraite]
Maison de
campagne
ou absol. campagne. Maison de plaisance. Mener dîner
quelqu’un à sa campagne
(cf. CHATEAUBRIAND,
Mémoires d’Outre-Tombe, t. 1, 1848, p. 528). Synon. plus anc. maison
des champs.

Partie de
campagne.
Journée que les citadins passent à la campagne pour se reposer
ou se divertir. Faire une partie de campagne.
Au fig.,
fam. Emmener qqn à la campagne.
Se moquer de lui.
SYNT. Coutumes de la campagne ; dépopulation, désertion des
campagnes ; auberge, chemin, cimetière, église, four de campagne ; habit,
pain, pâté de campagne. Comédiens de campagne.
,,Qui ne jouent, qui ne
représentent que dans les provinces`` (Ac. 1798-1878). Le répertoire
principal des comédiens de campagne, c’est-à-dire le théâtre de Hardy

(BRASILLACH, Pierre Corneille, 1938, p. 64).
Verbe + campagne. Aimer, gagner, aller à la, dans la campagne ; passer la
journée à la campagne ; se retirer à la campagne.
3. Arg. Barbotteur de campagne. ,,Voleur de nuit.`` (FRANCE
1907). Garçon de campagne. ,,Voleur de grand chemin`` (FRANCE
1907). Aller à la campagne. ,, Aller en prison.`` (SANDRY-CARR.

1963). Elle est à la campagne. ,, Elle est détenue. Usité parmi les
Filles`` (SANDRY-CARR. 1963).
C. [La campagne comme
terrain d’opération milit.] (Rase) campagne. Terrain découvert où
une armée manœuvre ou se bat (par opposition à l’attaque ou à la défense
d’une place forte). Capitulation en rase campagne (A.
FRANCE
, L’Orme du mail, 1897, p. 57) ; combattre en rase
campagne
absol. tenir la campagne, être maître de la campagne. Être
maître du pays :

10. ... il
[Sylla] s’était contenté de jeter des garnisons dans les villes de la
Campanie (...) sans essayer de tenir la campagne contre ses
adversaires.
MÉRIMÉE, Guerre sociale, 1841, p. 173.

II. [L’idée
dominante est celle d’une activité d’un temps limité]
A. Expédition
militaire comportant plusieurs opérations menées sur un vaste théâtre de
guerre (par opposition à celles menées dans les places fortes) ; p. ext., la
guerre. Campagne de Russie ; plan de campagne ; une campagne de deux ans
 :

11. L’ennemi
est battu, a perdu la tête, et tout m’annonce la plus heureuse campagne,
la plus courte et la plus brillante qui ait été faite.
NAPOLÉON Ier, Lettres à Joséphine, 1805,
p. 97.

12. La violence
de l’attaque allemande déclenchée le 21 février contre Verdun a substitué
la guerre de campagne à la guerre de siège, momentanément.
BORDEAUX, Les Derniers jours du fort de Vaux, 1916,
p. 79.

P. métaph.
 :

13. Paris
n’appartient pas seulement à ceux qui se lèvent matin. (Et qui ainsi préparent,
avant qu’on soit levé, la campagne, la bataille, la victoire de
la journée, la journée même, comme on disait : ...)
PÉGUY, Victor-Marie, Comte Hugo, 1910, p. 829.

Artillerie de
campagne ; batterie, canon de campagne. Pièces de campagne
(Ac.
1798-1932). Pièces légères d’artillerie que l’on transporte aisément.
Service en
campagne.
(Dans l’artillerie), instruction de la troupe sur le terrain. Indemnité
d’entrée en campagne.
Indemnité versée aux cadres de l’armée pour
compléter leur équipement.

Tenue de
campagne.
Tenue du soldat pour les manœuvres et en temps de guerre.
Être, (se)
mettre en campagne.
Participer à des opérations de guerre, entreprendre
quelque chose. Mettre en campagne qqn. Le charger de quelque chose.
(Fig. et fam.). Il s’est mis en campagne depuis hier pour découvrir la
demeure de cette personne
(Ac. 1878-1932).

SYNT. Campagne glorieuse. (Pour le décompte des annuités de
service dans le calcul d’une pension militaire) campagne simple, double,
demi-campagne ; campagne de guerre ; campagne d’été, d’hiver.
(Campagne
+ nom propre). Les campagnes de l’Empire, de Napoléon ; campagne d’Italie,
d’Égypte, de France, de Russie. Commencement, début, ouverture, fin de la
campagne ; succès de la campagne.
Au fig.
et fam., p. iron. Il a fait une belle campagne. ,,Faire des courses,
des démarches inutiles`` (Ac. 1878-1932).
P. ext. Opération
non strictement militaire, menée par l’armée :

14. J’en ai des
souvenirs de « campagne coloniale », c’est-à-dire d’une « 
campagne » d’organisation, de nettoyage, de mise en valeur, de rangement,
dans quelque colonie à climat tempéré.

LARBAUD, Journal, 1934, p. 331.

MAR. MILIT. Voyage
en mer ; intervalle compris entre le jour du départ d’un bâtiment et son
retour. Campagne d’évolution (Ac. Compl. 1842), campagne de
croisière
(Ac. 1932), campagne de découverte, d’observation

(Ac. Compl. 1842-1932) ; campagne de l’Inde, d’Amérique, du Levant
(Ac. Compl. 1842) ; vivres de campagne. Une campagne commence au
temps de l’armement d’un vaisseau et finit à son désarmement
(Ac. 1932)
 :

15. ... il
avait déjà fait dix-huit campagnes quand le commandement de la dernière
expédition lui fut confié. Garde de la marine le 19 novembre 1756, il fit
d’abord, cinq campagnes de guerre : (...) ; et la cinquième sur le
Formidable, commandé par Saint-André du Verger.
Voyage de La Pérouse, t. 1, 1797, p. XXXI.

B. Intense activité
menée pendant une période limitée et mettant en œuvre un maximum de moyens
en vue d’un résultat précis et concerté. Campagne de propagande ;
campagne économique, politique.

1. [Avec insistance sur le caractère d’agressivité ou de
propagande] Faire, mener (une) campagne pour, contre qqn ou qqc. ;
lancer une campagne
 :

16. La session
est finie, cependant. Encore une de passée ! Je parle de cela maintenant,
comme autrefois de nos campagnes. Je crois, ma foi, que les journaux
appellent aussi les sessions : des campagnes parlementaires.

BALZAC, La Cousine Bette, 1846, p. 270.

17. L’éloquence
commerciale fit naître de toutes parts des vocations innombrables de « gogos
 ». Les campagnes d’émissions, les prospectus, les réclames irrésistibles
multipliant leurs prestiges grossiers, tous les biens se mobilisent à l’appel
des faiseurs et des sociétés.
VALÉRY, Variété 2, 1929, p. 111.

18.
Aujourd’hui, tout le monde s’entendait à peu près sur l’essentiel, finies
les polémiques et les campagnes partisanes : il fallait en profiter pour former les lecteurs au lieu de leur bourrer le crâne.
S. DE BEAUVOIR, Les Mandarins, 1954, p. 23.

Campagne électorale.
,,Ensemble des opérations de propagande qui précèdent une élection ou
un référendum`` (Jur. 1971).

Campagne de
presse, de publicité
(ou publicitaire), de vente. ,,Ensemble
des moyens (annonces, articles de publicité, ventes-réclames, etc.) mis en
œuvre, généralement pendant un temps limité, pour le lancement d’un
produit`` (Lar. comm. 1930).
En partic. Campagne
(de presse) pour obtenir satisfaction dans un domaine quelconque de l’activité
publique. Campagne odieuse dirigée contre l’armée de la République (CLEMENCEAU,
L’Iniquité, 1899, p. 352) ; campagne contre l’alcoolisme dans les
classes ouvrières
(P. BOURGET, Nos actes nous
suivent,
1926, p. 69) ; une contre-campagne de presse (LARBAUD,
A. O. Barnabooth, 1913, p. 159).

2. [Avec insistance sur le caractère saisonnier de l’action ou ses
limites de temps] Vieilli. Saison propre à certains travaux d’une durée
inférieure à l’année. Cette maison sera bâtie en trois campagnes (LITTRÉ,
Ac. 1835-78) ; embaucher des ouvriers pour toute la campagne (JOSSIER
1881).

a) [Avec déplacements] PÊCHES (en haute mer). Ensemble des opérations
de pêche comprises entre le départ d’un bateau et son retour au port
d’attache. Campagne de pêche fatigante (MOSELLY,
Terres lorraines, 1907, p. 262). Certains chalutiers-thoniers
bretons entreprennent, après la campagne du thon, une campagne de maquereaux
dans la Manche ou de sardine au Maroc
(L’Industr. des conserves en
France,
1950, p. 18).

b) [Sans déplacement] Campagne agricole annuelle (Traité de
sociol.,
1967, p. 263) ; campagne d’agrumes (ROB.) ;
campagne de fouilles archéologiques.
INDUSTR. ,,Cycle
complet d’une entreprise de transformation à caractère saisonnier, depuis
l’achat des matières premières jusqu’à la revente`` (ex. fabriques de
jouets, sucreries, conserveries) (BOUD.-FRABOT 1970) ; en
partic.,
,,période pendant laquelle un certain matériel est utilisé à
la fabrication d’une catégorie déterminée de produits`` (TEZ.
1968). Crédit de campagne. Crédit spécialement affecté à une
campagne de ce type.
Prononc. et Orth. : [].
Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. a) 1536 [date indiquée
par C. A. Mayer] campaigne « vaste étendue de pays plat et découvert
 » (MAROT, Epitre 45, vers 69, éd. C. A.
Mayer) ; 1671 rase campagne (POMEY) ; b) 1671 « les champs, les terres cultivées par opposition à la ville » (ibid.) ;
av. 1660 battre la campagne « la parcourir pour faire lever le gibier
 » ici fig. « chercher des faux-fuyants » (Scarron ds LIVET Molière,
t. 1, p. 324) ; c) 1797 les mœurs de la campagne (ici en oppos.
à celles de la cour) (CHATEAUBRIAND, Essai sur les
Révolutions,
t. 2, p. 344) ; 2. a) 1587 « terrain non fortifié où
les troupes se déplacent en combattant » artillerie de campagne (LANOUE,
422 ds LITTRÉ) ; en campagne rase (ID.,
427, ibid.) ; d’où 1587 se mettre en campagne (ID.,
437, ibid.) ; 1731 fig. (HAMILT., Gramm.,
11, ibid.) ; 1671 « expédition militaire » (POMEY) ;
1836 fig. plan de campagne (STENDHAL, Lucien
Leuwen,
t. 1, p. 121) ; b) 1836 p. anal. campagne parlementaire
(ID., op. cit., t. 3, p. 275). Forme prov. ou
plus prob. normanno-pic. correspondant à l’a. fr. champa(i)gne « 
vaste étendue de pays plat » (v. champagne1) qu’elle a
progressivement éliminé en ce sens ; l’hyp. d’un empr. à l’ital. campagna
(REW3, no 1557 ; WIND, p.
148) n’est pas nécessaire pour le sens 1 étant donnée l’existence des
formes normanno-pic. en a. fr. (XIIe-XIIIe
s. ds T.-L.). Au sens 2 une infl. ital. est possible vu l’antériorité des
attest. dans cette lang. (v. BATT. et PRATI)
et l’infl. de l’Italie sur le vocab. milit. fr. au XVIe
s. (v. aussi HOPE, p. 172). Fréq. abs. littér. :
9 754. Fréq. rel. littér. : XIXe s.
 : a) 15 951, b) 14 606 ; XXe s. : a) 15 747,
b) 10 572. Bbg. DUCH. 1967, § 40, 48.5, 70.7.
GOTTSCH. Redens. 1930, p. 321.
GOUG. Mots t. 1 1962, p. 62.
HOPE 1971, pp. 172-173.
KOHLM. 1901, p. 35.
LA MÉNARDIÈRE (C. de). Le Fr. tel qu’on le parle. Fr.
R.
1971, t. 44, p. 710.
OSSWALD (P.). Frz. campagne und seine Nachbarwörter
im Vergleich mit dem Deutschen, Englischen, Italienischen und Spanischen : ein
Beitrag zur Wortfeldtheorie. Tübingen, 1970. IX-217 p.
ROG. 1965, p. 94.
SAIN. Lang. par. 1920, p. 395.
SAR. 1920, p. 47.
Termes techn. fr. Paris, 1972, p. 116.
WIND 1928, p. 148, 201.

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