laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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ILF
FEDER

Mots du TLFI

BLEU, BLEUE, adj. et subst. masc.


BLEU,
BLEUE, adj. et subst. masc.
I. Emploi adj. Qui, parmi les sept
couleurs fondamentales du spectre, se situe entre le vert et l’indigo, et
rappelle notamment la couleur diurne du ciel sans nuage, celle de l’eau
profonde et claire, etc. :

1. A noir, E blanc, I rouge, U vert,
O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
...
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
RIMBAUD, Poésies, Voyelles, 1871, p. 110.

2. Celle-là avait des yeux bleus,
de ces yeux bleus qui semblent contenir toute la poésie, tout le rêve,
toute l’espérance, tout le bonheur du monde !
MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 1, Découverte,
1884, p. 958.

3. Il [le jardin] va s’effiler fibre
à fibre,

Il ne restera que du bleu,
Air bleu, eau bleue, azur qui vibre,
De tout ce jardin fabuleux...

A. DE NOAILLES, Les Éblouissements, 1907, p.
257.

4. Il fait bleu il fait bon
Il fait aujourd’hui
Il fait bon il fait bleu

Et je suis née juste aujourd’hui
Si vous voulez savoir mon nom
Mon nom est iris bleu !
CLAUDEL, Poésies diverses, Dodoitzu, mon petit
nom, 1952, p. 743.

A. [En parlant d’éléments de la nature] Air,
ciel, lac bleu, mer bleue.
SYNT. Les montagnes des Vosges toutes bleues (ERCKMANN-CHATRIAN,
Histoire d’un paysan, t. 2, 1870, p. 136) ; une ombre bleue et fraîche
(T. GAUTIER, Le Roman de la momie, 1858, p.
195) ; les étoiles bleues et jeunes (Hist. gén. des sc., t. 3,
vol. 2, 1964, p. 539). Fig. Les forces de la houille bleue. La force
des marées (cf. GIRAUDOUX, Bella, 1926,
p. 132 et V. ROMANOVSKY, La Mer source d’én.,
1950, p. 7). Synon. houille verte (Pt ROB.).
Le fleuve bleu. Le Yang Tsé-Kiang. La grande bleue. La Méditerranée.
Le pays bleu. Le midi et au fig. pays imaginaire et merveilleux.

Emplois spéc.
BOT. Une anémone bleue, le chardon bleu.
GÉOL. Pierres bleues. ,,Nom donné
(...) dans les départements du Nord (...) à des calcaires compacts d’un gris
bleuâtre ou violacé, qui appartiennent au terrain carbonifère et
fournissent d’excellents matériaux de construction`` (Lar. 19e,
Lar. 20e). Le calcaire bleu du lias inférieur
(Ch. DURAND,
Les Gdes industr. minérales en Lorraine, 1893, p. 18).

ZOOL. [Qualifiant des espèces] La
baleine bleue, une grosse mouche bleue, l’oiseau bleu
(conte de
Maeterlinck), une perruche bleue, un persan bleu (variété de chats
persans), le renard bleu, le requin bleu. La race bleue du Maine. ,,Race
de moutons de plein air exploitée sur les herbages des départements de la
Mayenne, de la Sarthe et du Maine-et-Loire`` (Lar. encyclop.). Race bleue
du Nord.
,,Race bovine provenant du croisement entre animaux hollandais et
durham`` (Lar. encyclop.). Les chiens bleus de Gascogne (PESQUIDOUX,
Le Livre de raison, 1925, p. III).

Au fig. [P. réf. à la couleur
du ciel évoquant le rêve, l’idéal] Les sentiments bleus (MALLARMÉ,
Poésies, Marchande d’herbes aromatiques, 1898, p. 63) ; le songe
bleu d’un paradis
(P. BOURGET, Essais de psychol.
contemp.,
1883, p. 55) ; sourire à ses rêves bleus (R.
MARTIN DU GARD
, Devenir, 1909, p. 170). Vx. Faire des coups
bleus.
Faire des efforts inutiles, des tentatives qui ne réussissent pas
(cf. BESCH. 1845, Lar. 19e) :

5. ... et la musique des orgues lui
barbotait dans le ventre, et la bonne odeur de l’encens l’obligeait à
renifler, comme si on lui avait poussé un bouquet dans la figure. Enfin, il
voyait bleu, il était pincé au cœur.
ZOLA, L’Assommoir, 1877, p. 680.

La petite fleur bleue. La sentimentalité. Un
mélange de cynisme et de
« petite fleur bleue » (E. et J.
DE GONCOURT
, Journal, 1867, p. 323) ; employé (...)
sentimental, épris de petite fleur bleue
(ARAGON, Les
Beaux quartiers,
1936, p. 394).

B. [En parlant de divers aspects de la
pers.]
1. [De l’aspect physique] Les yeux bleu-foncé (MÉRIMÉE,
Colomba, 1840, p. 33) ; son œil bleu-de-lotus (BARBEY
D’AUREVILLY
, 2e memorandum, 1839, p. 284) :

6. ... un gars d’Alsace, blond,
poupard : des yeux bleu faïence, des yeux de « bonne
nature ».
R. MARTIN DU GARD, Jean Barois, 1913, p. 323.

[En parlant des cheveux et de la
barbe] D’un noir bleuté. Les cheveux d’un noir bleu (JOUVE,
Paulina 1880, 1925, p. 19) ; la Barbe-bleue (conte de Perrault).
Spéc. Un menton bleu. Un menton rasé laissant deviner une barbe très
noire (cf. T’SERSTEVENS, L’Itinéraire
espagnol,
1933, p. 79).

Au fig. Le sang bleu. Le sang
noble. Les princesses de sang bleu (SAMAIN, Le
Chariot d’or,
Les Roses dans la coupe, 1900, p. 9) :

7. Ainsi lui Jacques l’Aumône se
trouvait être de sang non seulement bleu mais royal. À sa
majorité, il hérite du château d’Amboise et ne tarde pas à se marier avec
la fille du roi d’Italie.

QUENEAU, Loin de Rueil, 1944, p. 35.

2. [En parlant de la couleur de la peau saisie par le froid, meurtrie
par une contusion ou certains épanchements de sang, congestionnée par un
sentiment vif de colère ou de peur] D’un ton livide tirant sur le bleu. Avoir
le visage tout bleu de rage et de colère
(BALZAC, Annette
et le criminel,
1824, p. 205) ; les cernes bleus des yeux (DANIEL-ROPS,
Mort, où est ta victoire ? 1934, p. 527) :

8. ... tu sais, Poisson, elle est
velue partout comme un ours, et elle a les cuisses bleues.
Comment bleues ?
Oui, bleues, comme quand il gèle et
qu’on a la peau bleue de froid.

COLETTE, Claudine à l’école, 1900, p. 141.

Fam. Être bleu de froid, de colère,
d’émotion. En rester bleu, en être tout bleu.
Être figé d’étonnement.
P. méton., fam. [S’appliquant
aux émotions elles-mêmes] Faire une peur bleue à qqn (ZOLA,
La Bête humaine, 1890, p. 14). Une colère bleue abs. en
voir de bleues.
Passer par de vives émotions.

MÉD. Œdème bleu (vx). ,,Tuméfaction
bleue ou violacée qui se produit spontanément chez certains hystériques`` (Lar.
19e, Lar. 20e,
ROB.). Maladie
bleue.
,,Caractérisée par une cyanose (coloration bleue de la peau), en
rapport avec le passage du sang veineux « bleu » (sang à réoxygéner) dans
le sang artériel « rouge » (sang réoxygéné) et un rétrécissement sur
la circulation du sang veineux`` (Méd. 1966). (Attesté déjà dans BESCH.
1845). Nom sc. tétralogie de Fallot. P. ext. Enfant bleu. Enfant qui
est atteint de la maladie bleue.
3. [En parlant de ses vêtements] La blouse bleu-noir des fermiers
(MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 203) ; cachemires
(...) bleus et bleu de ciel
(MALLARMÉ, La Dernière
mode,
1874, p. 781) ; une robe bleue ; un paletot et un pantalon de drap
bleu
(ZOLA, La Conquête de Plassans, 1874,
p. 940) ; soie bleu-marine (MALLARMÉ, La
Dernière mode,
1874, p. 715). Le tablier bleu. Celui des servantes
 :

9. ... on sent combien un tablier bleu
différencie une femme d’une autre ; on apprécie que le rang est le rang, dans
le monde.
FRAPIÉ, La Maternelle, 1904, p. 44.

Spéc. La dentelle bleue, ou
subst. bleue. ,,Dentelle fabriquée à Coventry. (Elle se portait
beaucoup en Angleterre)`` (Lar. 20e, ROB.).
Le Cordon bleu. Ruban de tabis bleu, que portent les chevaliers de
l’Ordre du Saint-Esprit. Porter le cordon bleu ; le Roi a envoyé le cordon
bleu à un tel Prince ; être décoré du cordon bleu et de sa plaque
(DELÉCLUZE,
Journal, 1828, p. 245). P. méton. ,,Chevalier de l’Ordre du
Saint-Esprit`` (Ac. 1798, attesté en 1932 sous cordon) et
,,haut dignitaire`` (Lar. 19e). Cordon bleu (fam.). ,,Se dit
figurément et par plaisanterie d’une cuisinière très-habile`` (Ac.
1835-1932) ; ,,plaisanterie qui porte sur l’éminence du grade de cordon bleu
et sur l’ancien tablier bleu des servantes`` (LITTRÉ)
 :

10. Mon grand-oncle avait pour cuisinière
un cordon bleu qui, n’ayant jamais affaire qu’à des palais
d’une expérience et d’un discernement consommés, mettait un amour-propre
immense à les contenter.
G. SAND, Histoire de ma vie, t. 2, 1855, p. 310.

4. P. méton. [En parlant de pers. habillées de bleu, en tout
ou en partie]
Bas-bleu. Femme qui a des prétentions littéraires
(cf. bas-bleu).
Parti bleu (vx). ,,Un parti de gens armés,
soldats ou autres, qui sans aveux, font des courses pour piller amis ou
ennemis. On pend les partis bleus quand on les attrape`` (Ac.

1798-1932).
ARM. Les diables bleus. Régiment
de chasseurs (cf. BORDEAUX, Les Derniers
jours du fort de Vaux,
1916, p. 93).
HIST. RELIG. Filles bleues. ,,Nom
que l’on donnait aux filles de l’Annonciade`` (Ac. Compl. 1842) ; attesté
dans l’ensemble des dict.

INSTIT. INTERNAT. Casque bleu. Soldat
de l’O.N.U.
MAR. Officier bleu (vx).
,,Celui qu’un capitaine de vaisseau créait sur son bord [faute d’officier
majeur]`` (Ac. Compl. 1842) ; attesté dans l’ensemble des dict. ; expr.
péj. d’apr. LE CLÈRE 1960. ,,Officier de commerce
appelé pendant la guerre sur les bâtiments de l’État`` (WILL.
1831). Officiers auxiliaires dits bleus (J. DE LA
VARENDE
, Jean Bart pour de vrai, 1957, p. 133). Fam. Col
bleu.
Marin français (cf. ARAGON, Les
Beaux quartiers,
1936, p. 394).

C. [En parlant d’inanimés concr.] Un
diamant bleu, la faïence bleue, l’encre et le papier bleus.
Les billets bleus. Billets de banque.
La bibliothèque bleue. Ensemble de petits
livres à couverture bleue renfermant des romans de chevalerie ou des contes
de fées. (Attesté dep. LITTRÉ). Les chefs-d’œuvre
de la bibliothèque bleue
(NODIER, Trésor des fèves
et Fleur des pois,
1833, p. 54) ; montrer (...) un fond de stérilité,
d’insipidité et de tendresse de la bibliothèque bleue
(STENDHAL,
De l’Amour, 1832, p. 149).

Au fig. [P. réf. à cette expr.]
Contes bleus. ,,Récit fabuleux, conte de fées, ou discours en l’air,
mensonge`` (Ac. 1835). C’est un des contes bleus de vos salons (LAS
CASES
, Le Mémorial de Sainte-Hélène, t. 2, 1823, p. 191) :

11. Mais ce n’est rien qu’un rêve, médiocre
en lui-même et, par ses conséquences, fou. Personne n’a le droit d’exposer
la patrie pour un conte bleu.
MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914, p. CXVI.

Spécialement

FIN. Carte bleue. Carte accréditive et
de paiement.
GASTR. Bifteck bleu. Servi saignant et peu
grillé. Vin bleu. Vin de médiocre qualité. Un gros vin bleu pour
charretier
(ROMAINS, Les Hommes de bonne volonté,
Verdun, 1938, p. 246).

MAR. Le ruban bleu. Symbole du record de
vitesse transatlantique obtenu par un paquebot (cf. ROUSSEAU,
Hist. des techniques et des inventions, 1967, p. 249).
PEINT. La période bleue ou l’époque
bleue d’un peintre.
Celle où la dominante de ses toiles est la couleur
bleue. La période bleue de Picasso.

URBAN. Zone bleue. Rues d’une ville où
le stationnement des véhicules est limité par un panneau primitivement bleu,
d’une manière plus stricte en durée.
Rem. On relève une forme région. bleuse, adj. fém. Corruption
de bleu, au fig., signifiant optimiste. Les bleuses-vues de vos adeptes
(ADAM, L’Enfant d’Austerlitz, 1902, p. 70).
Attestée dans ESN. 1966.

II. Emploi subst.
A. La couleur bleue. Le bleu du
ciel, étoffe d’un beau bleu, aimer beaucoup le bleu
 :

12. Comme tous les Pasquier, j’ai
donc les yeux bleu-véronique. Ce bleu, qui, chez mon père, était,
même dans le sourire, incompréhensiblement froid, est chez moi... mettons « 
sensible, avec une nuance de naïveté ».

G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Notaire
du Havre, 1933, p. 10.

13. ... toute surface biseautée,
prismatique, nous fournit un spectre composé d’une multitude de nuances en dégradé
dont on retient sept couleurs principales, par longueur d’onde croissante : violet,
indigo,
bleu, vert, orange, jaune et rouge.
A. et N. METTA, Les Pierres précieuses, 1960,
p. 30.

SYNT. Les nuances du bleu sont précisées par un autre adj., un compl.
a) Bleu + adj. Bleu ardent, céleste, clair, doux, dur, électrique,
foncé, froid, intense, laiteux, limpide, marin, pâle, profond, sombre,
tendre, vif ; gros bleu
(plus chargé de couleur), petit bleu.
Bleu + adj. de couleur (avec trait d’union). Bleu-gris,
bleu-indigo, bleu-noir, bleu-vert, bleu-violet.
b) Bleu +
nom en appos. Bleu horizon (couleur des uniformes des poilus en
1914-18), nuit, marine (couleur de l’uniforme des marins), roi ; bleu
barbeau, dahlia, lavande, lin, myosotis, pervenche, véronique ; bleu canard

(à reflets verts), éléphant (à reflets gris), paon ; bleu Nattier
(du nom du peintre), pastel ; bleu acier, ardoise, faïence, pétrole,
porcelaine.
c) Bleu + de + compl. Bleu d’azur, de
roi, de France, de lavande, d’ardoise,
etc.

1. P. méton.
a) Vêtements de couleur bleue. Être habillé de bleu, vêtu de
bleu, des jeunes filles en bleu.
Spéc. [En parlant d’un
enfant] Être voué au bleu. Être habillé de bleu en vertu d’un vœu
à la Vierge Marie.
b) Marque bleutée laissée sur la peau par un coup, un traumatisme. Se
faire un bleu
 :

14. ... il pensait à sa mère, morte
aussi, et qui lui avait tant distribué de marrons qu’il en sentait encore les
bleus, croyait-il.
QUENEAU, Pierrot mon ami, 1942, p. 15.

2. Au fig.

a) [P. réf. à la couleur du ciel sans nuages] Il y a un peu de
bleu dans l’horizon financier de ma vie
(FLAUBERT, Correspondance,
1880, p. 252). Voir tout en bleu. Être optimiste.
b) Péj., fam. N’y voir que du bleu. Ne pas se rendre compte de
quelque chose, ne pas comprendre (comme quelqu’un qui ne voit pas les nuages
dans le ciel).

Être dans le bleu. Être dans le vague, ne
pas avoir encore d’existence :

15. ... j’aurais presque envie de me
recoucher et en tout cas de ne rien faire. Mais le moyen, quand j’ai une leçon
dans un moment et que cette leçon est encore dans le bleu. (...) il
faut absolument que ma leçon soit prête la veille, pour être convenable,
...
AMIEL, Journal intime, 1866, p. 271.

3. P. euphém., vieilli [Dans les jurons où bleu
remplace Dieu] Tonnerre de bleu (COURTELINE, La
Conversion d’Alceste,
La Vache, 1892, p. 204).
Rem. Même phénomène en compos. : corbleu*, palsambleu*,
sacrebleu*, etc.

B. Matière colorante bleue :

16. Le bleu minéral ou
bleu d’Anvers, est un mélange à proportions variables de bleu
de Prusse, d’alumine, de carbonate de magnésie et de sulfate de
zinc.

Nouv. manuel complet du fabricant de couleurs, t. 1, 1884, p. 308 (encyclop.
Roret).

17. Ce religieux pratiquait l’art de
fabriquer du bleu d’outremer en broyant des pierres de
lapis-lazuli calcinées. L’outre-mer valait alors son poids d’or ; ...
A. FRANCE, Le Lys rouge, 1894, p. 139.

SYNT. (variétés de bleu). Bleu anglais, d’aniline ou de
rosaniline
(Méd. Biol. t. 1 1970), azoïque, d’azuline, de
cobalt
(Ch. COFFIGNIER, Couleurs et peint.,
1924, p. 378 ; J. OVIO, La Vision des couleurs,
1932, p. 140) ; bleu de composition ou bleu en liqueur
(,,dissolution d’indigo dans l’acide sulfurique fumant, employée en
teinture`` [PRIVAT-FOC. 1870]) ; bleu de crésyl

(R. HUSSON, F. GRAF, Manuel de biol. gén.,
1965, p. 58), de cuve, d’émail, de houille, d’indigo, bleu de méthylène
(,,matière colorante soluble dans l’eau, d’un bleu intense (...). Employé en
teinture, sur coton mordancé au tanin, en pharmacie, et comme colorant en
biologie`` [UV.-CHAPMAN 1956]), de nerprun, de
prusse
(Y. QUÉRET, Manuel de l’industr. du gaz,
1923, p. 158), de tournesol, de toluïdine (M. PRIVAT
DE GARILHE
, Les Acides nucléiques, 1963, p. 52), de quinoléïne
(LITTRÉ, ROB.) ; bleu de Paris, de France, de
Berlin, minéral
(Ch.-E. GUIGNET, Les Couleurs,

1889, p. 177) ; bleu de montagne, de Péligot (ID.,
Ibid., p. 179).
BLANCHISSAGE Bleu de lessive ou
absol. bleu. Utilisé dans le blanchissage du linge (cf. ex.
21). Blanchisseuse [qui] mettait trop de bleu (ZOLA,
L’Assommoir, 1877, p. 538).

Passer au bleu. Dans le blanchissage,
tremper le linge blanc lavé et rincé dans une eau contenant une substance
bleue (par exemple bleu en liqueur) pour lui donner une teinte bleutée en
effaçant les traces jaunâtres.
Au fig. Passer au bleu qqc. L’effacer,
l’escamoter, la faire disparaître. Passer au bleu des pièces de dix
francs
(ZOLA, L’Assommoir, 1877, p. 684) ; passer
l’histoire au bleu
(L. DAUDET, Le Cœur brûlé,
1929, p. 167) :

18. Dois-je vous parler de la mort
des hortensias, (...) transplantés dans le meilleur massif, pourtant composé
d’excellent terreau et d’ardoise pilée, qui fait virer leur teinte au bleu ?
... Au bleu, oui, qu’ils furent passés, je vous le garantis ! Grâce à
la solution d’eau de javel dont Frédie les arrosa consciencieusement.
H. BAZIN, Vipère au poing, 1948, p. 183.

Rem. Au Canada passer qqn au bleu signifie « le réprimander,
le semoncer énergiquement » (cf. Canada 1930).

C. P. méton. Personnes (généralement)
habillées de bleu.
1. HIST. [P. oppos. aux Chouans, aux Vendéens] Soldat de la République
 :

19. Dans ces temps de discordes, les
habitants de l’Ouest avaient appelé tous les soldats de la République, des Bleus.
Ce surnom était dû à ces premiers uniformes bleus et rouges dont le
souvenir est encore assez frais pour rendre leurs description superflue.
BALZAC, Les Chouans, 1829, p. 7.

Vx. À Constantinople et à
Rome, une des factions du Cirque.
Les bleus et les rouges. Différents corps
de la maison du roi. (Attesté dans l’ensemble des dict. gén.).
2. MILIT. Jeune recrue, par allusion à la blouse bleue des
recrues venant de la campagne (cf. LARCH. 1880),
ou des premiers uniformes de l’infanterie sous la République (cf. LARCH.
Suppl. 1880). « Bleus » (...) fraîchement débarqués
du patelin natal
(COURTELINE, Le Train de 8 h
47,
1888, 1re part., 2, p. 21 ; cf. bleuet2

ex. 2).
P. ext., XXe
s. Novice. Être encore un bleu dans le métier de bistrot (DABIT,
L’Hôtel du Nord, 1929, p. 59)

Rem. On relève dans la docum. le subst. masc. bleu-bit(t)e.
Soldat de deuxième classe, nouvelle recrue. Attesté dans ROB.
Suppl. 1970.
D. Sens spéc.

1. GASTRONOMIE
a) Vin rouge de qualité médiocre. Le petit bleu, le gros bleu ;
les libations du petit bleu
(MURGER, Scènes de
la vie de bohème,
1851, p. 33) ; les émanations du gros bleu (BARBUSSE,
Le Feu, 1916, p. 153).

Rem. La bleue, subst. fém., pop. L’absinthe (cf. BENJAMIN,
Gaspard, 1915, p. 124). Subst. masc. Tabac. Fumer du bleu (CENDRARS,
Bourlinguer, 1948, p. 43).

b) Au bleu. Façon de cuire certains poissons au court-bouillon
vinaigré bouillant, leur peau noire prenant ainsi une teinte bleutée. Truite
au bleu
 :

20. LE CHEVALIER.
(...). Je n’aime la truite qu’au bleu.
(...). Voyons ! C’est bien au bleu qu’on les jette vivantes dans
le court-bouillon ?

AUGUSTE. Justement,
seigneur.
LE CHEVALIER. Et qu’elles
gardent leur saveur, leur chair, parce que l’eau bouillante les a surprises ?
GIRAUDOUX, Ondine, 1939, I, 2, p. 19.

c) Fromage fermenté à moisissures bleues préparé à partir du lait
de vache (par opposition au Roquefort). Bleu d’Auvergne, bleu de Bresse
(MONT. 1967).
2. HABILL. Combinaison de travail. Déchargeurs en bleus de
travail
(MALRAUX, La Condition humaine, 1933,
p. 292) ; un bleu d’ouvrier, un bleu de mécanicien. Être en bleu. Anton.
être en col blanc (cf. GILB. 1970 s.v.
col bleu
).

MAR. Un bleu de chauffe (LE
CLÈRE
1960).
3. JEUX. Craie qu’utilisent les joueurs de billard pour frotter
le procédé de la queue :

21. [Au lavoir]. Il [Olivier] était
fasciné par les savons glissants, les linges empilés, le « bleu »
du rinçage qui coulait comme un morceau de ciel d’été hors de son paquet de
toile, l’apparentant à cet autre « bleu » dont les joueurs de
billard enduisent le bout des queues en bois de frêne.

R. SABATIER, Les Allumettes suédoises, Paris,
Albin Michel, 1969, p. 142.

4. MICROBIOL. Maladie du lait due à un microbe ; maladie des
vins.
5. PHOTO. ,,On donne dans l’industrie le nom de bleus aux épreuves
photographiques de plans, de documents, de dessins, obtenues sur papier au
ferro-prussiate par simple insolation suivie d’un lavage à l’eau. Le papier
au ferro-prussiate donne des dessins en traits blancs sur fond bleu`` (Lar.
comm.
1930).

6. TÉLÉCOMM. Bleu, petit-bleu ou petit bleu (vieilli).
Télégramme. Un « bleu » (PROUST, Du
côté de chez Swann,
1913, p. 78) :

22. ... ses regards tombèrent sur un
petit-bleu qui traînait à ses pieds. Il venait de recevoir
lui-même un télégramme de ce modèle, il crut l’avoir laissé
glisser de son portefeuille ; ...
DE VOGÜÉ, Les Morts qui parlent, 1899, p. 388.

7. ZOOLOGIE
a) Bleu de Gascogne (BURN. 1970).
Race de chiens. Bleu d’Auvergne. Race de chien braque d’Auvergne.
b) Requin (cf. bleuet1).

8. Arg., subst. fém. [Au poker] Carte rare, qui doit compléter
une main. File-moi la bleue (J. GALTIER-BOISSIÈRE, P.
DEVAUX
, Dict. hist., étymol. et anecdotique d’arg., 1939, p. 32
dans ESN. 1966).
Prononc. ET ORTH. : [blø]. FÉR. 1768 signale :
,,Le masc. est monosyllabe`` ; il transcrit le fém. en 2 syll. : bleû-e (cf.
aussi FÉR. Crit. t. 1 1787, GATTEL
1841 et LITTRÉ). Les FÉR. ainsi
que GATTEL 1841 notent [ø :] long pour le fém. bleue.
Au masc. les dict. notent cette syll. brève sauf LAND.
1834 qui la transcrit longue. Pour FÉR. Crit.
t. 1 1787 elle est douteuse. Enq. : /blø/. FÉR.
1768 signale que le plur. est ,,bleus et non pas bleux, bleues
et non pas bleuses`` ; (cf. aussi FÉR. Crit.
t. 1 1787, LAND. 1834 et GATTEL
1841). À rapprocher de LITTRÉ qui signale en wallon
les formes bleûf, bleus, au fém. bleuse, bleusse. Pour le fém.
la forme bleuve en bourg., la forme bleusse en pic. Au sujet du
plur., cf. encore CLÉDAT 1930, p. 48 et GREV.
1964, § 357. GREV. 1964, § 381 note : ,,si pour désigner
la couleur, on emploie un adjectif qualifié par un autre adjectif ou complété
par un nom, l’ensemble reste invariable, parce que le premier adjectif est
pris substantivement, et suppose l’ellipse de « d’un » : Des yeux bleu
clair
(= d’un bleu clair). Des gants jaune paille. Des robes
bleu de ciel. Des tissus vert pomme. Des tenues bleu horizon.
On a coupé ses cheveux châtain clair`` ; (à ce sujet, cf.
aussi Lar. 19e). ,,Les composés de bleu (ou d’une autre
couleur) et d’un nom de chose s’écrivent sans trait d’union... Ils en
prennent un si le composé est formé de deux noms de couleur : un beau bleu-vert.
(On écrit au pluriel : des bleus d’azur, des bleus ciel, des bleus
Nattier,
etc. et invariable : des bleu-vert)`` (THOMAS 1956).
Étymol. ET HIST. A.
Adj. 1. a)
ca 1121 « de couleur pâle, blanchâtre, livide » rocheit
blef
« liais » (S. Brandan, éd. E. G. R. Waters, 264) ; 1226 face
bleve
(G. LE CLERC, Trois Mots, 196 dans
T.-L.) ; b) 1718 (Ac. : Bleu. En parlant De certains
espanchements de sang qui surviennent à la peau, se prend quelquefois pour
livide, plombé), d’où subst. infra ; 2. ca 1150 blef « qui est de la couleur du ciel quand il est pur » (Thèbes, 4061
dans GDF. Compl. : Li paisson qui tienent le
tref Sont de color vermeil et blef) ; 1164 blöe (CHR.
DE TROYES
, Erec et Enide, éd. W. Foerster, 1601 dans T.-L.) ; XIIe-XIIIe s. bleu (Lapidaire de Modène, éd. P. Pannier, Paris, 1889,
vers 106). B. Subst. 1. 1180-1200 « 
couleur bleue » (Mort Aym. de Narb., 174 dans GDF. Compl. : Tote la char li revertist en blef) ; 1577 « matière colorante » (Privil.
des .XXXII. bons mét. de Liège,
II, 321, 35, ibid. : Bois de
Provence, qu’on dist bois de bleu) ; d’où a) 1718 art
culin. au bleu (Ac.) ; b) 1851 « vin rouge de mauvaise qualité
 », supra ; c) 1928 « sorte de fromage » (Lar. 20e) ;
2. 1254 « tissu bleu » dans FEW t. 151, s.v. * ; d’où 1791 « conscrit » (d’apr. BRUNOT t. 9, p. 994) ;
3. 1863 « marque livide sur la peau, consécutive à un coup » (LITTRÉ
 : Il lui fit des bleus en le pinçant fortement).
De l’a.b.frq. * « id. » (BRÜCH, pp. 32-33 ; WALT.,
p. 80 ; REW3, no 1153 ; BL.-W.5 ;
DAUZAT 1968 ; FEW t. 15, 1, pp. 146-150 ; EWFS2),
à rapprocher de l’a.h.all. ,
,

a. sax. ,
a. nord.
(KLUGE20, s.v. blau) cité au VIe s. sous la forme du b. lat. blavus par ISIDORE, Orig.,
19, 28, 8 dans TLL s.v., 2052, 36. Les formes a. fr. blo(e), blou
s’expliquent à partir de la forme primitive , la forme bleu provient du type *bláwu par l’intermédiaire de *.
Blef
est une forme masc. refaite sur le fém. a.fr. blève (de *).
STAT. Fréq. abs. littér. : 10 915. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 8 865, b)
22 291 ; XXe s. : a) 19 910, b) 14 936.

BBG. BRÜCH 1913,
p. 33. DAUZAT Ling. fr.
1946, p. 45. GOUG. Mots t.
1 1962, p. 28, 279. MONTGUYON
(J.). Rhétorique de la mode Vie Lang. 1971, p. 431.
RIGAUD (A.). Poisses d’avril. Déf. Lang. fr.
1971, no 57, p. 19. ROMMEL
(A.). Die Entstehung des klassischen französischen Gartens im Spiegel der
Sprache. Berlin, 1954, p. 76. SAIN.
Arg. 1972 [1907], p. 70, 243.

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