laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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Mots du TLFI

RÈGLE, subst. fém.


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I. Dans le domaine du concr.
A. Instrument de forme allongée, rectiligne, à arêtes vives, dont on se sert pour tracer des lignes droites et pour mesurer. Règle à dessin(er) ; règle graduée, plate ; tracer une figure à la règle. Cette surprenante exigence des géomètres grecs qui prétendent ne reconnaître comme acceptable qu’une construction n’exigeant pas d’autres instruments que la règle et le compas (Gds cour. pensée math., 1948, p. 515). Pas une phrase qui ne porte [chez Calvin]. Tantôt on pense à un coup de règle appliqué sur le bord d’un pupitre, tantôt à un coup d’épée (GREEN, Journal, 1954, p. 289).
[Avec valeur symbolique] FR.-MAÇONN. Le rite écossais ancien et accepté fait apparaître trois fois l’usage de la règle graduée dans le rituel, distinguant ainsi très nettement ses trois significations symboliques : mesure du dessin des plans, mesure des pierres et mesure de l’édifice lui-même ; trois mesures prises sur la ligne droite. Dans tous les rituels, la règle apporte la précision du nombre, la connaissance chiffrée (LANGLOIS Fr.-maçonn. 1983).
BÂT. Règle à manchette. ,,Longue tringle portant une moulure sur l’une de ses arêtes et que les plâtriers emploient pour tracer des plinthes ou des manchettes sous ces plinthes`` (Nouv. Lar. ill.). Règle de forme. ,,On appelle règles de forme, les planches qu’on applique verticalement à l’entrée d’une forme ou bassin de construction, pour servir d’échelle qui donne la hauteur d’eau dans la forme, à compter du fond de la rigole`` (WILL. 1831).
CARTOGR. Règle parallèle. ,,Cet instrument (...) sert à tracer sur la carte des traits parallèles à la direction initiale de la règle`` (A.-B. DUVAL, HÉBRARD, Nav. aér., 1928, pp. 110-111).
SYLVIC. Règle graduée de cubage. ,,Règle utilisée pour le cubage des bois abattus ou débités, graduée conformément aux données de barèmes appropriés, selon que l’on veut estimer le volume de bois rond ou le volume de bois scié qu’on en peut obtenir`` (MÉTRO 1975).
B. MATH. Règle à calcul ou règle logarithmique. Instrument formé de deux règles coulissant l’une sur l’autre et d’un curseur (ou réglette) qui permet, grâce à des graduations logarithmiques d’effectuer rapidement des opérations mathématiques. La règle à calcul à la main, il [un ingénieur] peut éliminer d’avance les formes « fausses », suggérées par de pures associations d’idées (RUYER, Cybern., 1954, p. 224).
II. Dans le domaine de l’abstr.
A. Prescription d’ordre moral ou pratique, plus ou moins impérative, relative au domaine social, juridique, administratif, idéologique ou religieux. Synon. loi, norme, précepte, principe. Règles absolues, impératives, internationales, strictes ; édicter, établir, fixer, formuler des/les règles ; adopter, appliquer, observer, respecter, suivre la/une, les/des règle(s) ; tenir compte de la/des règle(s) ; conformément aux règles ; manquer aux règles.
Règle d’or. V. or1.
Règle universelle. Se soumettre à une règle universelle de probité (M. BLOCH, Apol. pour hist., 1944, p. 40).
1. Dans le domaine soc., jur. ou admin. Prescription émanant d’une ou de plusieurs personnes faisant autorité dans une société ou un groupe donnés. Synon. loi, règlement, statut(s). Règles statutaires. L’art militaire se réduisait à quelques ruses de paysans et à certaines règles de chevalerie (A. FRANCE, J. d’Arc, t. 1, 1908, p. XLVII). On peut, avec un partenaire difficile, se mettre d’accord sur des normes. Pourrait-on faire de même, lorsqu’il s’agit de la vie concrète de l’établissement, de réalités immédiates et non plus de règles générales ? (REYNAUD, Syndic. en Fr., 1963, p. 220).
Être à cheval sur les règles. L’homme qui est à cheval sur les règles ou sur les principes, c’est celui qui ne tolère pas qu’on s’en écarte (DUPRÉ 1972).
a) Dans le domaine jur. Règles de procédure, du mariage ; règles juridiques, de droit civil. Les condamnations civiles portées par les arrêts ou par les jugemens rendus en matière criminelle, correctionnelle ou de police, et devenues irrévocables, se prescriront d’après les règles établies par le Code civil (Code instr. crim., 1808, art. 642, p. 796) :

1. ... l’entreprise nationalisée (...) peut, tout en appliquant les règles du droit commun, conformer sa politique commerciale à des motifs d’intérêt général qui ne guideraient pas une entreprise privée.
CHENOT, Entr. national., 1956, p. 95.

Règle de droit. ,,Terme doctrinal utilisé par certains auteurs pour désigner les normes juridiques fondamentales qui s’imposent aux gouvernants`` (CAP. 1936). Synon. règle juridique.
ASSUR. Règle proportionnelle. ,,Principe selon lequel, au cas où la somme assurée est inférieure à la valeur réelle de la chose assurée, la perte partielle demeure à la charge de l’assuré si la chose ne périt qu’en partie`` (BARR. 1967).
b) Dans le domaine admin. Les rédacteurs sont chargés d’assurer la reproduction des séances publiques, conformément aux règles prescrites par l’Assemblée (Règlement Ass. nat., 1849, p. 41). La discussion d’urgence, si elle n’est pas terminée à la première séance (...), est automatiquement remise à la suivante, et placée en tête de l’ordre du jour. D’après une règle établie en 1948 et encore conservée dans le règlement (LIDDERDALE, Parlement fr., 1954, p. 212).
Règles applicables à. Les règles applicables aux transports internationaux (GINESTET, Ass. parlem. eur., 1959, p. 56). Règles relatives à. Règles relatives au cumul (Colloque géogr. appl., 1962, p. 133).
En règle. Conformément aux prescriptions légales, en situation régulière. Être, se mettre en règle ; avoir des papiers en règle. Mais a-t-il comme Pouffe, des parchemins en règle ? Peut-il prouver sa noblesse ? (A. FRANCE, Livre ami, 1885, p. 319).
Rem. ,,Il faut remarquer la nuance importante qui existe entre : être en règle, qui se dit des personnes ayant satisfait aux prescriptions légales ou morales et être de règle, qui s’applique aux choses conformes aux usages`` (DUPRÉ 1972).
P. anal. Être en règle avec Dieu, avec sa conscience. Les écrivains français qui insistent tant sur le simple bon sens sont en règle avec le Concile (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 852).
La/les règle(s) en vigueur. Pour convenances personnelles prononcées par décret, suivant les règles actuellement en vigueur (J.O., Loi organ. troupes coloniales, 1900, p. 4374).
La règle de guerre. Nous avons assez demandé qu’on soumette toute la nation à la règle de guerre (CAMUS, Actuelles I, 1945, p. 94).
Pour la (bonne) règle. Pour suivre au moins en apparence la règle. Je pense que vous avez dit à vos témoins qu’ils n’étaient ici que pour la règle (...) mais que tout était d’avance convenu entre nous ? (KOCK, Ficheclaque, 1867, p. 263).
2. Dans le domaine philos., idéol. ou relig. Principe moral qui guide la conduite ou qu’il convient de suivre. Assujettir nos diverses passions quelconques aux règles imposées par une intelligence de plus en plus prépondérante (COMTE, Philos. posit., t. 4, 1839-42, p. 503). Pour le chrétien, la question du salut prime toutes les autres. Faire son salut est la règle suprême de sa vie (LÉVY-BRUHL, Mor. et sc. mœurs, 1903, p. 52).
Règle de foi. ,,Celle qui sert à juger les actes et les choses d’après la vérité divine ; c’est alors l’ensemble de la révélation`` (Foi t. 1 1968).
Règle(s) de parenté. Règles de parenté. Nous avons déjà étudié le comportement réciproque des proches parents (...). Les sociétés civilisées ont des règles analogues. Les parents veillent sur leurs enfants, et les frères et sœurs ne sont pas exempts de toute contrainte en présence les uns des autres (LOWIE, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 298).
En partic.
Règle (religieuse). Statuts et préceptes disciplinaires définissant la conduite des membres d’un ordre religieux ou d’une congrégation. La règle de Saint Benoît, de Saint-Basile. Après la règle des carmélites, lesquelles vont pieds nus, portent une pièce d’osier sur la gorge et ne s’asseyent jamais, la règle la plus dure est celle des bernardines-bénédictines de Martin Verga (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 577).
Règle maçonnique. ,,Code de règles morales adopté en 1782 par le convent de Wilhelmsbad et qui devint la charte du Rite écossais rectifié`` (FAUCHER 1981).
3. P. ext., souvent au plur. Norme résultant de l’usage, de la tradition ou de l’expérience acquise. Règles de la politesse, de la bienséance ; règles de conduite :

2. Les primitifs omettent souvent certaines règles de politesse qui nous paraissent essentielles, tout en en imposant d’autres, étranges à nos yeux, ainsi la coutume qu’ont les Havasupaï de se pourlécher les lèvres pour marquer le plaisir qu’ils prennent à un repas.
LOWIE, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 301.

4. P. méton., rare. Référence, modèle. Les Vies de saints écrites d’une façon trop exaltée lui déplaisaient (...). Fénelon était sa règle et sa limite (RENAN, Souv. enf., 1883, p. 249).
B. Méthode, recommandation résultant d’une étude ou de l’expérience et applicable dans un domaine donné pour atteindre une certaine fin. Règles techniques. Les règles d’hygiène qui s’appliquent à l’appareil respiratoire consistent, d’une part, en soins visant l’application des conditions physiologiques nécessaires à la vie et au fonctionnement de l’organe, et d’autre part en exercices concourant à son entretien et à son perfectionnement (MACAIGNE, Précis hyg., 1911, p. 190). Voici une âme dilettante, presque physiquement incapable d’une règle de vie, parce qu’elle est tout entière occupée par la jouissance intime de ses rêveries successives (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 694).
Dans les règles, en règle(s). Un escroquerie en règle. C’est que cet État français, dont je vous parlais tout à l’heure, on l’a soumis à un siège dans les règles (GAMBETTA, 1878 ds Fondateurs 3e Républ., p. 178). Chez les Maricopa, la femme était censée savoir apporter l’eau, faire la cuisine et moudre le maïs, et la fiancée devait subir un examen en règles sur ces matières (LOWIE, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 263).
Règle(s) de l’art. La réduction des dosages est contraire aux règles de l’art et peut présenter de sérieux inconvénients (CLÉRET DE LANGAVANT, Ciments et bétons, 1953, p. 120). Selon les règles de l’art. Aucun d’eux ne voulait la revision : ils en font de grands serments dans les coins. Pour la faire avorter selon les règles de l’art, chacun d’eux se propose (CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 344).
1. [Dans les lettres et dans les arts] Conseils à suivre pour obtenir l’effet qu’on se propose de produire. Règles de l’esthétique ; règle d’école. [Dans un art où le modelé doit être par lui-même pathétique] quand le souffle vient à manquer, l’artiste n’a pas, pour le soutenir, les pratiques réalistes et les règles du goût de la statuaire courante (HOURTICQ, Hist. art, Fr., 1914, p. 450). L’expression sincère des choses vues s’impose (...) [à Manet] comme la principale règle d’art à son cerveau, ennemi des subtilités (MAUCLAIR, Maîtres impressionn., 1923, p. 43).
LITT. Règle des trois unités. Règle classique d’unité d’action, de temps, de lieu. On ne ruinerait pas moins aisément la prétendue règle des deux unités. Nous disons deux et non trois unités, l’unité d’action ou d’ensemble, la seule vraie et fondée étant depuis longtemps hors de cause (HUGO, Préf. Cromwell, 1963 [1827], p. 427).
MUS. [Le jeu polyphonique] procède (...) de l’écriture fuguée ou de l’imitation et se soumet volontiers aux règles du contrepoint (CORTOT, Techn. pianist., 1928, p. 37). Règle de l’octave, d’octave. ,,Vieille formule d’harmonisation des notes de la gamme qui prend son principe dans l’affinité des sons`` (ROUGNON 1935, p. 147).
2. [Dans les jeux et les sports] Convention à laquelle les joueurs et les sportifs doivent se soumettre. Les règles du bridge, du rugby.
Règle(s) du jeu. Pour obéir à la règle du jeu, le cavalier devra avancer sa tête jusque sur l’épaule gauche, pour pouvoir porter sa bouche sur la joue de la jeune personne dont la tête est tournée à droite (D’ALLEMAGNE, Récr. et passe-temps, 1904, p. 190). Au fig. [À propos de conditions qui peuvent sembler contestables mais auxquelles on ne peut s’opposer sous peine d’échouer] Les problèmes graves qui remettent en question les modes traditionnels de pensée, les chères habitudes, les règles du jeu économique (DEBATISSE, Révol. silenc., 1963, p. 164). C’est la règle du jeu. V. jeu I A 3 expr. et loc. fig.
3. [Dans les sc. et les techn.]
a) Procédés à appliquer pour obtenir un certain résultat. Règle(s) logique(s), mathématique(s). L’application sévère des règles de la méthode que nous ont léguée les grands expérimentateurs : Galilée, Pascal, Newton et leurs émules depuis deux siècles (PASTEUR ds Travaux, 1882, p. 420).
ARITHM. Règle de trois. ,,Nom donné couramment à la disposition pratique du procédé de calcul numérique de l’image d’un nombre par une homothétie de rapport fractionnaire a/b parce qu’il fait intervenir trois nombres`` (BOUVIER-GEORGE Math. 1979).
ÉLECTR. Règle d’Ampère. Règle qui ,,donne le sens du champ magnétique créé par un courant électrique. Un observateur (...) couché le long du fil avec le courant lui sortant par la tête et regardant le point considéré voit son pôle Nord aller vers la gauche`` (Sc. 1962). Règle de Maxwell. ,,Le sens du champ dans une bobine d’induction est celui de l’enfoncement d’un tire-bouchon se vissant sur les spires où passe le courant dans le sens du courant`` (Sc. 1962). Règle des trois doigts. ,,Règle donnant le sens de la force électromagnétique qui s’exerce sur un conducteur électrique parcouru par un courant placé dans un champ magnétique`` (SIZ. 1968).
PSYCHANAL. Règle d’abstinence. Règle ,,selon laquelle le patient ne doit pas substituer aux symptômes en voie de disparition des satisfactions de remplacement`` (CARR.-DESS. Psych. 1976). Règle fondamentale. Règle ,,posée au début du traitement psychanalytique, [qui] consiste à inviter le patient à exprimer ce qui lui vient à la pensée et ce qu’il ressent, quelles que soient la qualité, l’importance ou la valeur qu’il attache à ce qu’il peut dire`` (FEDIDA 1974).
b) P. ext., souvent au plur. Normes destinées à obtenir, quels que soient les agents, des résultats identiques. La notation doit être soumise à des règles telles que tous les correcteurs aboutissent à des résultats identiques (DELAY, Psychol. méd., 1953, p. 111). Règles de classement. ,,Règles de classement (des bois). Norme de classement (des bois). Description des classes entre lesquelles peuvent être répartis certains bois, ainsi que des critères à mettre en cause et des procédures à mettre en œuvre pour y parvenir`` (MÉTRO 1975).
Rem. Parfois l’énoncé de la règle est une simple information dont il est conseillé implicitement de tenir compte si l’on veut bien faire. Règle de Fried (méd.). ,,La dose d’un médicament pour les enfants équivaut à la dose normale pour un adulte, multipliée par le nombre de mois d’âge de l’enfant et divisée par 150`` (Méd. Biol. t. 3 1972).
C. Principe régissant un langage ou certains phénomènes naturels.
1. Convention régissant un langage.
a) LOG. Règle d’inférence. ,,Dans une théorie ou un système : opération qui, de formules appelées prémisses, tire une formule appelée conclusion. Les règles primitives appartiennent au même titre que les axiomes à la base d’un système. Les règles dérivées sont établies à partir des axiomes et des règles primitives au moyen de métathéorèmes`` (VAX Log. 1982).
b) LINGUISTIQUE
[En gramm. traditionnelle] ,,Prescription normative généralement relative à une zone flottante de l’usage (« dites ; ne dites pas ») ou à des aspects conventionnellement arrêtés de l’orthographe, de la prononciation, des variations morphologiques ou stylistiques`` (D. D. L. 1976). Règle (d’accord) des participes. Quand ma mère parlait devant le vieillard de cette règle des participes, son perpétuel souci, il la consternait en lui répondant que sur les participes il n’en voulait pas savoir plus que Pascal et Racine qui n’en savaient rien (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, pp. 449-450).
[En gramm. générative] ,,Instruction qui spécifie les combinaisons de symboles bien formés, dans le cadre d’un système formel. Une règle générative est entièrement explicite, elle exclut tout ce qui n’est pas grammatical. Elle est à la fois descriptive (...) et prescriptive`` (D. D. L. 1976).
2. Vieilli. Principe régissant certains phénomènes naturels qui se répètent et dont on peut observer la régularité. Synon. loi.
BIOL. Règle de Barlow. ,,Les volumes occupés par les différents atomes dans une molécule donnée sont, en gros, proportionnels aux valences de ces atomes`` (Méd. Biol. t. 3 1972).
MÉD. Règle de Liebermeister. ,,Dans les états fébriles, chaque degré centigrade d’élévation thermique détermine habituellement une augmentation du nombre des battements cardiaques de 8 par minute`` (Méd. Biol. t. 3 1972).
PHYS. Règle de sélection. ,,Règle régissant la transformation de quantités physiques caractérisées par des nombres quantiques (...) dans une réaction ou dans une désintégration`` (MUSSET-LLORET 1964). Des énoncés généraux très importants relatifs aux moments cinétiques globaux des atomes ou molécules à grand nombre d’électrons et aux règles de sélection qui permettent de prévoir quelles sont les transitions quantiques que ces atomes ou molécules sont susceptibles d’effectuer (Gds cour. pensée math., 1948, p. 409).
3. P. ext. Ce qu’on peut habituellement observer, quand certaines circonstances sont réunies. L’exception confirme la règle ; échapper à la règle.
Dans la règle. L’accès débute chez un individu souvent en bonne santé, prend en quelques jours son intensité, parcourt son évolution et disparaît, dans la règle, sans laisser de séquelles (CODET, Psychiatrie, 1926, p. 98).
En règle générale. Un livre sur les répertoires à l’usage des érudits et des historiens est, en règle générale, vieilli dès le lendemain du jour où il a été achevé (LANGLOIS, SEIGNOBOS, Introd. ét. hist., 1898, p. 22).
Constituer la règle. On ne conçoit point aisément une action intentée à l’administration à l’occasion d’un objet de correspondance : la non-responsabilité constitue la règle (PRADELLE, Serv. P.T.T. Fr., 1903, p. 211).
Être de règle/la règle. La terminaison par asphyxie est la règle (NOCARD, LECLAINCHE, Mal. microb. animaux, 1896, p. 237). L’amnésie consécutive est de règle presque constante (CODET, Psychiatrie, 1926, p. 124). C’est la règle. (...) Tu vas maintenant me signer le papier. C’est inutile. Je ne nierai pas que tu me l’as laissé. Ne sois pas méchant avec moi. Je sais que tu diras la vérité. Tu es d’ici, tu es un homme. Mais tu dois signer, c’est la règle (CAMUS, Exil et roy., 1957, p. 1614).
Rester la règle. Les conditions d’accès les plus larges pas de limitations de diplômes resteront la règle, comme il a été d’usage dans les débuts de la P.S.T. [promotion supérieure du travail] (Encyclop. éduc., 1960, p. 269).
III. GYNÉCOL., lang. cour., toujours au plur. Écoulement de sang qui se reproduit périodiquement en l’absence de grossesse, chez la femme, de la puberté à la ménopause. Synon. menstrues (vx), menstruation. Règles abondantes, difficiles, douloureuses, irrégulières ; avoir ses règles. Lorsque les règles manquent à une femme dans l’âge d’être réglée, et qui n’a pas été épuisée par une maladie précédente, ou par quelque hémorragie considérable, on appelle cet état suppression des règles. Cette suppression peut être totale ou partielle (GEOFFROY, Méd. prat., 1800, p. 389). Les troubles des règles sont très fréquents, mais ils risquent d’être négligés chez cette fillette qui n’a pas encore trouvé son épanouissement sexuel (QUILLET Méd. 1965, p. 159).
REM. Réglément, adv., vx. De façon réglée, régulière. Les longues séances d’affaires eurent lieu, dès lors, réglément trois fois par semaine (BOURGES ds Lar. Lang. fr.).
Prononc. et Orth. : []. Ac. 1694, 1718 : regle ; dep. 1740 : règle. Étymol. et Hist. I. 1. a) Ca 1200 « principe, maxime qui dirige notre conduite » (Moralités sur Job, 342, 14 ds T.-L.) ; b) 1657-62 « prescription fondée sur l’usage, les conventions, à laquelle il convient de se conformer en certaines circonstances » (PASCAL, Pensées, éd. L. Lafuma, 81, p. 509) ; d’où expr. 1688 dans les règles (RACINE, Les Plaideurs, éd. R. Picard, Au lecteur, p. 309 : avoir ri dans les règles) ; 1740 se mettre en règle (Ac.) ; en partic. 1899 être en règle avec sa conscience (CLEMENCEAU, Iniquité, p. 482), av. 1750 de règle (ST-SIMON, Mémoires, éd. A. de Boislisle, t. III, p. 100) ; 1839 pour la bonne règle (TOEPFFER, Nouv. genev., p. 81) ; 2. ca 1200 « ensemble des préceptes qui régissent la vie religieuse » la riugle des moines (Dialogue Grégoire, 105, 22 ds T.-L.) ; 1269-78 regle (JEAN DE MEUN, Rose, éd. F. Lecoy, 9689) ; 3. 1458 « ce qui se passe quand certaines circonstances sont réunies » c’est une rigle generalle (Mist. Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 3669, t. I, p. 140) ; 1893 en règle générale (DURKHEIM, Divis. trav., p. 224) ; 1707 c’est la règle (LESAGE, Crispin rival de son maître, 5 ds LITTRÉ) ; 4. 1520 math. la regle de trois (DE LA ROCHE, Arismetique, f o 19, ibid.) ; 5. a) 1538 « prescription qu’il convient de suivre dans l’étude d’une science, la pratique d’un art ou d’un métier » (EST.) ; cf. 1563 les règles de l’architecture (B. PALISSY, Recepte, p. 85 ds IGLF) ; en partic. 1660 dramat. sans sortir de la règle (CORNEILLE, Mélite, Examen [1660] ds Œuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t. I, p. 139) ; b) 1657-62 une règle sans exception (PASCAL, op. cit., 727, p. 594) ; c) 1690 gramm. (FUR. : apprendre une langue par règles) ; 6. 1538 « convention propre à un jeu » (EST.) ; 7. av. 1647 « loi naturelle ou loi scientifique » (DESCARTES, Principes de la philos. ds Œuvres et lettres, éd. A. Bridoux, p. 639) ; 8. 1671 « régularité, mesure, ordre » (SÉVIGNÉ, Corresp., éd. R. Duchêne, t. I, p. 249 : vous songez à mettre la règle dans votre maison) ; 9. 1690 au plur. « menstrues » (FUR.). II. 1. 1317 « instrument long et droit qui sert à tracer des lignes » (Compte fait par le receveur des foires de Champagne, 154 J ds C. A. Bevans, The old french vocabulary of Champagne, Chicago, 1941, p. 45) ; 1845 règle à calcul (BESCH.) ; 1875 règle à dessiner (Lar. 19e) ; 2. 1904 règle à manchette (Nouv. Lar. ill.). Empr. au lat. class. regula « règle servant à mettre droit ; étalon servant à juger ; bâton droit, barre, latte » ; a éliminé une forme plus francisée riule, 1119 « prescription d’ordre moral » (PHILIPPE DE THAON, Comput, 2268 ds T.-L.) ; ca 1170 « instrument de forme rectiligne » (Rois, 250, ibid.) ; att. uniquement en a. et m. fr. (v. aussi l’angl. rule « règle ») ; l’a. fr. a eu en outre une forme pop. reille « ais, bardeau » en partic. XIe s. judéofr. « barre servant à fermer une porte » (RASCHI, Gl., 889, éd. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, p. 123). Cf. rillette. Fréq. abs. littér. : 5 732. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 7 873, b) 7 287 ; XXe s. : a) 7 781, b) 9 078. Bbg. BASTIN (J.). Adv. de manière. In : Nouv. glanures gramm. Riga, 1907, p. 29 (s.v. réglément). GOHIN 1903, p. 371. QUEM. DDL t. 19.

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