laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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FEDER

Mots du TLFI

RÉFLÉCHIR, verbe


RÉFLÉCHIR, verbe
I. Qqc.1 réfléchit qqc.2
A. [Qqc.1 désigne une surface réfléchissante, qqc.2 la lumière, un objet ou l’image d’un objet] Renvoyer par réflexion dans la direction d’origine ou dans une autre direction. Les nuages et les vapeurs de l’atmosphère peuvent fort bien réfléchir les formes et les couleurs des objets terrestres, puisqu’ils réfléchissent, dans les parélies, l’image du soleil (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 81). Un petit lac réfléchit l’image des centaines de stalactites qui pendent de la voûte, et l’on croit voir au fond de ce lac les ruines d’une grande ville aperçue d’une hauteur considérable, car la surface du lac remet à l’endroit ce qui était à l’envers (GREEN, Journal, 1944, p. 117).
Empl. pronom. Qqc.2 se réfléchit dans, sur qqc.1 [Qqc.2 désigne un objet] Un vieux pont dont l’arche unique se réfléchit harmonieusement dans l’eau tranquille (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 250).
Poét. ou littér. Je retrouvai sans cesse l’image de la jeune fille. Ses mains blanches sur les seaux, son beau regard réfléchissant l’éclat des flammes (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p. 290). C’était une fille (...) aux grands yeux d’un bleu sombre, qui semblaient réfléchir l’azur d’un ciel d’Orient (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 2, 1859, p. 65).
Rem. On relève la constr. qqc.2 réfléchit qqc.3 dans qqc.1 [qqc.2 désigne un objet et qqc.3 son image], où réfléchir a le sens de « mirer » : J’ai vu des monts voilés de citrons et d’olives Réfléchir dans les eaux leurs ombres fugitives (LAMART., Harm., 1830, p. 392).
P. anal. [Qqc.2 désigne un son] Ici et là sous l’ombre des sycomores la vibration du bronze au fond d’une pagode réfléchit l’écho du monstre qui s’est tu (CLAUDEL, Connaiss. Est, 1907, p. 70). Au part. passé ou au passif. Les sons amortis semblaient être réfléchis par un écho lointain (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 344).
B. Au fig. ou p. métaph. Refléter, manifester. Dans ce développement [de l’intelligence] survient le langage qui réfléchit l’entendement, et le met, pour ainsi dire, en dehors de lui-même (COUSIN, Hist. philos. XVIIIe s., 1829, p. 382) :

1. Comment un tel homme [Baudelaire], fait comme pas un autre pour réfléchir le doute, la haine, le mépris, le dégoût, la tristesse, pouvait-il manifester si hautement ses passions et vider le monde de son contenu pour en accuser les beautés défaites, les vérités souillées, mais si soumises, si commodes ?
ÉLUARD, Donner, 1939, p. 107.

Empl. pronom. La crainte de lui avoir dit indirectement une chose désagréable succéda à sa répugnance pour le mauvais propos. Ce malheur se réfléchit vivement dans ses traits si purs et si naïfs (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 94). Je commence à croire que l’ami vraiment, c’est la page blanche où se réfléchit votre âme (GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1891, p. 101).
Rem. On relève a) Dans le sens fig. ou métaph., la constr. qqc.2 réfléchit qqc.3 dans, sur qqc.1 [qqc.2 désigne un objet, qqc.3 son image] Le moi n’a pas encore réfléchi son image sur le miroir de Narcisse (J. VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p. 98). b) Un empl. abusif avec un compl. désignant la chaleur. Synon. réverbérer. Il s’endormit sur la paille tiède, dans la chaleur de cette canicule que la Loire réfléchissait sur Nantes (MORAND, P. de Saligny, 1947, p. 192). c) Un empl. pronom. réfl. au sens de « se replier sur soi-même, revenir sur soi-même ». Le péritoine se réfléchit sur les parois du petit bassin (Lar. Lang. fr.).
II. A. Qqn réfléchit. Faire usage de sa réflexion, exercer sa réflexion. Agir sans réfléchir ; réfléchir avant de parler ; prendre le temps de réfléchir ; réfléchir longuement, mûrement, un moment, un peu. Réfléchissez donc un peu. Moi, j’ai beaucoup réfléchi ; je pense toujours à nous (BALZAC, Langeais, 1834, p. 276) :

2. Ces réflexions, je suis en train de me les faire, après coup, pour légitimer ma décision. En réalité, je ne les ai point faites ou du moins je ne les ai point formulées. S’il fallait réfléchir ainsi, peser toutes les conséquences de ses actes, avant de sentir leur nécessité, je ne serais plus moi-même, je ne pourrais plus vivre.
H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 202.

Locutions
Chose qui fait réfléchir, qui donne à réfléchir. Chose qui incite à la réflexion ; qui fait modifier un jugement, une décision ; qui incite à la prudence. Lagache avait conservé, comme preuve de sa victoire, une des dents du crocodile (...). Cela fit réfléchir Robert, qui (...) était souvent la victime de ses amis (CHAMPFL., Souffr. profess. Delteil, 1853, p. 125). La première chose maintenant c’était d’avoir des généraux patriotes, et rien que cette idée vous donnait à réfléchir : car nous pouvions en avoir d’autres, puisque le roi les choisissait (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 456).
Je demande à réfléchir, je réfléchirai, laissez-moi réfléchir. [Indique que le locuteur ne veut pas prendre de décision immédiate] Costals reconnut dans cette suggestion le génie même de la haute bourgeoisie. Il demanda à réfléchir encore un peu (MONTHERL., Démon bien, 1937, p. 1270).
B. Qqn réfléchit à, sur qqc. Concentrer sa pensée, son attention sur un objet afin d’en avoir une connaissance approfondie, ou afin d’agir avec circonspection. Réfléchir à bien des choses, à ses paroles, à sa situation ; réfléchir à ce qu’on va dire ; réfléchir sur son avenir, sur le sens de la vie. Je vois bien que vous aimez Lucien, reprit-il d’un air tendrement résigné, car il faut bien aimer un homme pour ne réfléchir à rien, pour oublier toutes les convenances (BALZAC, Illus. perdues, 1839, p. 163). En ce temps-là, les critiques musicaux français s’étaient décidés à apprendre la musique. Il y en avait même quelques-uns qui la savaient : c’étaient des originaux ; ils s’étaient donné la peine de réfléchir sur leur art et de penser par eux-mêmes (ROLLAND, J.-Chr., Foire, 1908, p. 684).
C. Qqn réfléchit qqc.
1. Examiner longuement. Attends !... T’as pas tout réfléchi ?... Reste là ! T’as encore cinq minutes ! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 694).
Rem. On ne relève que qq. ex. att. de cet empl. trans. dir. noté comme incorrect par la plupart des grammaires et des dict.
Loc. Tout bien réfléchi ; c’est tout réfléchi. Après avoir tout bien examiné. C’est tout réfléchi, je ne me marie pas, ça n’est pas mon idée (LOTI, Pêch. Isl., 1886, p. 103) :

3. Vous allez, une fois encore, m’offrir votre démission. Et vous croyez que cela suffit ? Non, Monsieur Salavin. Non ! Tout bien réfléchi, je vous garde. Vous m’entendez ? Vous me comprenez ? Je vous garde. Autrement dit, je ne vous lâche pas. Vous êtes un homme dangereux.
DUHAMEL, Journal Salav., 1927, p. 129.

2. Qqn réfléchit que
a) S’apercevoir au cours de ses réflexions du fait que. Je t’avais écrit toutes mes peines sans réfléchir que je t’écrivais des choses qui ne peuvent qu’être dites, et dites à toi seule (HUGO, Lettres fiancée, 1821, p. 48). Son chocolat lui avait donné soif. Il réfléchit qu’il n’avait pas déjeuné et qu’il avait une alimentation absurde. Puis, brusquement, une idée saugrenue lui passa par la tête : « Ai-je seulement éteint ma lampe à alcool ? » (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 26).
b) Juger, estimer après réflexion que. Il réfléchit que dans un corps à corps il aurait sûrement le dessous (GIDE, Caves, 1914, p. 857). Il avait réfléchi que les engagements qu’il avait pris lui interdisaient de publier ses Confessions, mais non pas de les lire (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1952, p. 283). V. allumoir ex. de Romains.
Rem. On relève la constr. réfléchir si. Il s’arrêta, réfléchit si toutes les précautions étaient prises (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 272).
Prononc. et Orth. : [], (il) réfléchit [-]. Ac. 1694, 1718 : refleschir ; dep. 1740 : réfléchir. Étymol. et Hist. 1. 1269-78 reflechir « renvoyer par réflexion » (JEAN DE MEUN, Rose, éd. F. Lecoy, 18220) ; 2. 1314 se reflecir « se courber, se replier en revenant sur soi » (Chirurgie Henri de Mondeville, éd. A. Bos, n o 337, p. 96) ; 3. 1609 se reflechir « revenir sur sa pensée pour l’approfondir » (J.D.S.F., Prop. d’Epict., p. 647 ds GDF. Compl.) ; 1672 réfléchir « penser mûrement » (BOSSUET, Traité de la connoissance de Dieu et de soi-même ds LIVET Molière t. 3, p. 480) ; 1701 part. passé adj. (FUR., s.v. Refleschi : les Grammairiens appellent verbes reflechis, ceux qui signifient une action qui retourne sur l’agent qui la produit) ; 1845-46 subst. (BESCH.). Adapt. d’apr. fléchir* du lat. reflectere « courber en arrière, recourber ; ramener », en lat. médiév. « réverbérer (d’un miroir) » ca 1240 ds LATHAM, dér. de flectere « fléchir, ployer », préf. re- marquant le mouvement en arrière. Fréq. abs. littér. : 4 158. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 5 177, b) 4 977 ; XXe s. : a) 5 527, b) 7 274.
DÉR. 1. Réfléchissement, subst. masc. Action de réfléchir. a) [Corresp. à supra I A] Réfléchissement de la lumière. Trônant au comptoir de bar parmi les bouteilles dont le réfléchissement de la glace doublait le nombre, l’hôtelier, avec la dignité d’un roi jaloux de ses faveurs, refusa net, sans cesser de rincer ses petits verres (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 229). b) [Corresp. à supra I B] De là, j’imagine, le rôle des tarots, du marc de café ou de la baguette du sourcier (...) qui permettent ce phénomène de réfléchissement, de perception indirecte (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 380). []. Ac. 1694, 1718 : refleschissement ; 1740-1878 : réfléchissement. 1re attest. ca 1380 (JEAN LEFÈVRE, Vieille, éd. Cocheris, p. 245) ; dér. de la forme du part. prés. de réfléchir, suff. -ment1*. 2. Réfléchisseur, -euse, adj. Qui réfléchit (supra I A). Le phénomène acoustique (...) ricochet des ondes sonores sur des surfaces réfléchissantes (...) n’est plus d’ordre statique, mais plutôt d’ordre biologique bouche ou oreille, émetteur, transmetteur, réfléchisseur (Gds cour. pensée math., 1948, p. 487). Empl. subst. Personne qui réfléchit (supra II). Comme tous les réfléchisseurs éminents, vous avez deux grands côtés : par un de ces côtés, vous êtes philosophe ; par l’autre, vous êtes poëte (HUGO, Corresp., 1840, p. 569). [], fém. [-ø:z]. 1res attest. av. 1686 adj. (CHAPELLE, Epitaphe d’un chien ds LITTRÉ), puis 1870 (LITTRÉ), 1731 subst. (DU PLESSIS, Hist. de l’Église de Meaux, t. 1, p. 525) ; dér. de la forme du part. prés. de réfléchir, suff. -eur2*.
BBG. GOHIN 1903, p. 304, 339, 359. IEREMIA (E.). Essai d’analyse sémique. B. de la Société roum. de ling. rom. 1974, t. 10, pp. 23-35.

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