laboratoire Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF)
CNRS Université de Lorraine

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Mots du TLFI

ROUGE, adj., adv. et subst.


ROUGE, adj., adv. et subst.
I. Adj. D’une couleur qui parmi les couleurs fondamentales se situe à l’extrémité du spectre, et rappelle notamment la couleur du coquelicot, du rubis, du sang.
A. [Rouge est inhérent à la qualité, la nature, la fonction du qualifié] Couleur, teinte rouge. Regardons une carte géologique à petite échelle de la France (...). Nous voyons, correspondant au Massif Central, une large surface teintée de plusieurs nuances de rouge, du rouge vif au rose pâle (...) aux teintes de la gamme rouge, correspondent diverses appellations : archéen, cristallin, granite, roches éruptives (COMBALUZIER, Introd. géol., 1961, p. 57) :

1. Pour Macbeth, Prassinos a voulu réaliser une symphonie noire et rouge, deuil et sang, flamme et nuit, où se détachent les thèmes aux couleurs contrastées des personnages centraux. Table infernale, la table du banquet flamboie pendant qu’autour d’elle se lient et se délient les passions protagonistes sous le signe distinct des couleurs : le bleu de Macbeth ou le vert de Lady Macbeth.
SERRIÈRE, T.N.P., 1959, p. 114.

[En parlant d’une couleur] Qui tire sur le rouge. Le train est brun rouge, les roues jaunes (GONCOURT, Journal, 1865, p. 213).
Rem. 1. Lorsque rouge est qualifié par un autre terme, adj. ou subst., il est considéré comme subst. et l’ensemble est inv. : Teintures rouge clair, foncé, sang (THOMAS 1956) ; étoffes rouges ou rouge foncé (HANSE Nouv. 1983). V. infra 1 a ex. de Bourde et III A 1 a rem. 2. Lorsque rouge fait partie d’un groupe coordonné, l’invariabilité est fréquente mais non constante et la substantivation est appelée en renfort pour justifier logiquement cette invariabilité d’usage : Les gros bouquins rouge et or (où l’on voit du rouge et de l’or) (d’apr. GREV. 1964 § 381, p. 315).
1. [En parlant d’un inanimé concr.]
a) [d’un élément de la nature]
) Qui est naturellement de cette couleur, en tout ou en partie ; dont une variété est de cette couleur.
BOT. [d’un végétal et gén. p. oppos. à d’autres végétaux, d’une autre couleur dans la même espèce] Algue, betterave, chou, fleur, géranium, oignon, piment, pivoine, poivron, pomme, saponaire, tulipe rouge. Faites cuire des haricots rouges avec sel et deux ou trois oignons, passez en purée (Gdes heures cuis. fr., Ch. Monselet, 1888, p. 171). Il surprenait avec émoi une rose rouge entre des doigts d’enfant (FAURE, Hist. art, 1921, p. 77). V. chou ex. 1.
En partic.
Fruit rouge. Fruit à pulpe rouge et juteuse. Le marché est fort mal approvisionné durant certaines périodes (manque de fruits rouges en avril-mai) (BOULAY, Arboric. et prod. fruit., 1961, p. 38). Salade de fruits rouges. Dessert composé de cerises, fraises, framboises, mûres, etc.
Raisin rouge. [P. allus. aussi à la couleur rouge du vin produit] Raisin à pulpe d’un rouge foncé. Synon. raisin noir ; anton. raisin blanc. Dans la langue de tous les jours les raisins noirs sont souvent appelés rouges, parce que leur vin est rouge ; de même les raisins roses sont qualifiés de gris, parce que leur pellicule est généralement fumée de gris (LEVADOUX, Vigne, 1961, p. 36).
GÉOL., MINÉR.
[À propos de pierres, de métaux, de la nature du sol] D’une couleur vive tirant sur le rouge. Cuivre, grès, or, terre rouge. Un mélange mécanique d’argile rouge avec des grains de peroxyde de fer (LAPPARENT, Minér., 1899, p. 509). La fertilité des sols rouges est très variable : elle est liée essentiellement aux caractéristiques physiques (profondeur, cailloux, argile, structure) et à certains mécanismes chimiques (blocage du phosphore sous forme ferrique insoluble) (GEORGE 1984). V. hématite ex. de Lapparent.
[P. réf. à l’anc. monnaie de cuivre] Loc. vieillie. N’avoir pas un rouge(-)liard. V. liard1.
[Le plus souvent en parlant de pierres précieuses] Rubis rouge. Les grenats sont des silicates alumineux doubles, vitreux, fusibles au chalumeau, transparents et rouges, noirs ou d’un vert brun (A. PÉRÈS, Pierres et roches, 1896, p. 42).
) [du ciel, de la lumière solaire, en partic. à l’aube, au couchant] Qui produit une lumière rouge. Ciel rouge ; teintes rouges du couchant. Rien qu’à la couleur du ciel, devant nous, on a compris que c’était là que ça se tenait, l’enfer. C’était une lueur rouge, fauve, ininterrompue, avec des paroxysmes qui la portaient jusqu’au blanc du métal en fusion (VIALAR, Morts viv., 1947, p. 306).
Rouge de + subst. Un après-midi rouge de soleil, de vin et de souvenirs sanglants (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 361).
Proverbe. Rouge au soir, blanc au matin, c’est la journée du pèlerin (Ac.). Présage de beau temps.
) [du feu] Feu, flamme rouge. V. flamme1 ex. 1.
b) [d’un objet fabriqué, d’une matière première transformée] Qui est rouge en tout ou en partie.
) [d’un élément de la décoration] Canapé, moquette, papier peint, rideau rouge. Une impériale de velours rouge ; avec des rideaux de damas cramoisi, du passement et des crépines d’or (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 550).
[P. méton. ; en parlant d’un lieu, d’une pièce] Où domine la couleur rouge ; qui est décoré, meublé, tapissé de rouge. Pièce rouge. Il ne me faut pas oublier ce que j’ai éprouvé dans la chambre rouge. On aurait dit que la couleur des murs me protégeait contre la méchanceté de mon cœur (J. BOUSQUET, Trad. du sil., 1936, p. 203). Salon rouge de la villa d’Esther et de Florent à Chatou. Luxe d’acteurs (...). Tous les rouges s’y accordent et s’y heurtent (COCTEAU, Monstres sacrés, 1940, II, 1, p. 46).
) Spécialement
HIST. Livre rouge
DR. ANC. Livre recouvert de basane rouge sur lequel on enregistrait autrefois les défauts prononcés à l’audience. (Dict. XIXe s. ; ds Nouv. Lar. ill.-Lar. Lang. fr.).
Registre, relié en maroquin rouge, sur lequel étaient inscrites les dépenses secrètes de la Cour sous Louis XV et Louis XVI. (Dict. XIXe et XXe s.). Loc. Être (inscrit) sur le livre rouge. V. livre1 III A 2 c loc. P. anal. [Les agents provocateurs et délateurs politiques] payés par on ne sait qui, assurément chiffrés et classés au livre rouge, concurrents des policiers des fonds secrets (POULOT, Subl., 1872, p. 372).
HIST. DES TEMPS MOD. Petit livre rouge (de Mao). Recueil d’aphorismes et de sentences extraits des œuvres de Mao Tse Toung, publié pendant la Révolution culturelle en Chine, et dont la couverture était rouge. Après le petit livre rouge de Mao, le livre vert de Kadhafi (Le Nouvel Observateur, 25 oct. 1976, p. 149, col. 1).
JEUX (dominos, roulette, etc.). Anton. noir. Jouer sur la couleur rouge. Et les boîtes ! [des anciens dominos] composées de deux casiers symétriques ! comprenaient un jeu rouge et un jeu noir (D’ALLEMAGNE, Récr. et passe-temps, 1904, p. 84). Supposons que j’aie devant moi une roulette avec nombre égal de cases rouges et de cases noires qui est en rotation et que j’aie la bille dans ma main (L. DE BROGLIE, Bases interprét. mécan. ondul., 1963, p. 57).
ŒNOL. ou cour. [P. oppos. à vin blanc, vin jaune] Vin rouge. Vin de couleur plus ou moins foncée, issu de raisins rouges dont la maturation a été complète. Boire un verre de vin rouge ; bordeaux, bourgogne rouge. Les coudes sur la table, en face l’un de l’autre, en buvant du petit vin rouge de ce pays (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 195). Si l’on veut obtenir des vins rouges, les raisins broyés et le moût sont soumis à la fermentation en cuves, déclarée spontanément ou provoquée avec des levures sélectionnées (BRUNERIE, Industr. alim., 1949, p. 76). V. jaune I A 1 c ex. de Erckmann-Chatrian.
) En partic. [La couleur rouge a une signification et un rôle]
[La couleur rouge, par son intensité, sert à mettre en relief, à attirer l’attention] L’auto violette du préfet croise l’auto rouge des pompiers (CENDRARS, Du monde entier, Au cœur du monde, 1957, p. 262). Il n’y a pas d’obligation pour un écrivain de tenir compte de l’Index. L’Index, c’est l’étiquette rouge sur une bouteille de pharmacie pour prévenir qu’il y a un poison, c’est tout (GREEN, Journal, 1957, p. 300).
[En parlant de lettres, d’inscriptions, etc.] Caractères, lettres rouges ; corriger, noter à l’encre, au stylo rouge. Le roman blanc à titre rouge (...) qu’elle cache dans son panier (COLETTE, Cl. école, 1900, p. 244).
[En parlant d’un objet qui produit une lumière rouge] Phare rouge. Quelques petits agneaux (...) et un homme portant une lanterne rouge, fermaient la marche (LARBAUD, Journal, 1934, p. 313).
Lanterne rouge. Lanterne qui produit une lumière rouge et que l’on plaçait à la porte des maisons de tolérance en signe de reconnaissance. Une lanterne rouge, drapeau du vice suspendue à l’extrémité d’une tringle, balançait sa carcasse au fouet des quatre vents, au-dessus d’une porte massive et vermoulue (LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p. 237).
Loc. fig. Être (la) lanterne rouge. V. lanterne I A 2. En appos. à valeur d’adj. Quant aux matières « lanterne rouge », celles où les professeurs sont considérés comme les moins valables, on y trouve surtout les langues vivantes : anglais, allemand et espagnol (Le Point, 2 sept. 1985, p. 61, col. 3).
[En parlant de feux de signalisation, la couleur rouge indique une interdiction ; p. oppos. à feu orange, feu vert] Feu rouge. V. feu1 II A 2.
[En parlant d’emblèmes, d’insignes]
Croissant-rouge. V. croissant2 A 3 rem. 2. Croix-rouge. V. croix II C 1 syntagmes.
Drapeau bleu-blanc-rouge. Synon. de drapeau* tricolore. On voyait, traînant dans l’eau, tellement la soirée était chaude, le drapeau bleu-blanc-rouge (BENOIT, Atlant., 1919, p. 242). P. méton. [Qualifie une pers. ou une chose] Bleu-blanc-rouge. Qui est nationaliste, patriote, chauvin. Un pays qui a engendré des Émile Allais (...) des Guy Périllat, des Jean-Claude Killy ? Et encore, on ne cite pas tous ceux, de Léo Lacroix à François Bonlieu, en passant même par Augert, Duvillard et Russel, qui faisaient se ruer la France entière devant une télévision bleu-blanc-rouge (Le Nouvel Observateur, 16 févr. 1976, p. 41, col. 2). [P. oppos. à étranger] Qui est français. Une affiche à la mesure du défi lancé par Julien Clerc : remplir, du 24 avril au 4 mai, dix soirs consécutifs, la gigantesque bulle de Bercy. [...] Aucun artiste bleu-blanc-rouge n’avait osé. Jamais. Trop grand, trop de risques (Le Point, 11 mars 1985, p. 125, col. 1). Était-il possible de remplacer les départs [de la main-d’œuvre étrangère] par une force de travail bleu-blanc-rouge ? La distance énorme entre les qualifications des immigrés et celles des chômeurs permettait d’en douter (L’Événement du jeudi, 14 nov. 1985, p. 37, col. 1).
Drapeau rouge. V. drapeau A 1 d.
Lis* rouge.
c) [En parlant d’un élém. du corps d’un animé] Chair, tumeur rouge ; muscles rouges. Globule rouge. Anton. de globule* blanc. V. globule ex. 2. [P. oppos. à sang noir (v. noir I A 1 b ex. de Coupin)] Sang rouge. La plupart des viscères reçoivent, ainsi que le cerveau, le sang rouge par leur surface concave, comme on le voit au rein, au foie, à la rate, aux intestins, etc. (BICHAT, Rech. physiol. vie et mort, 1822, p. 288).
ALIM. [P. oppos. à viande blanche, viande noire] Viande rouge. Viande de bœuf, de cheval, du mouton, etc. qui a un aspect rouge après cuisson. Synon. chair rouge (v. chair I B 1). Le bœuf, le cheval sont de la viande rouge. On l’a mise au vin de quinquina, au malaga et aux viandes rouges pour lui redonner des forces (FLAUB., Corresp., 1865, p. 177). La viande rouge et saignante vaut mieux que toutes les plantations du monde (MARAN, Batouala, 1921, p. 148).
2. [En parlant d’un animé]
a) [d’une pers.]
) [de son aspect physique] Ses belles lèvres rouges à demi ouvertes frémissaient (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p. 253).
[de la couleur de la peau et p. méton., d’une pers.] (Qui a la peau) d’un rouge cuivré. Ne passons-nous pas pour les plus spirituels des hommes rouges ? En est-il en effet, qui ait plus de valeur et de moyens que nous ? (BAUDRY DES LOZ., Voy. Louisiane, 1802, p. 41). Des portraits dédicacés de chefs sioux amis du grand-prêtre, ses frères rouges (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 570).
ETHNOL., vieilli. Race rouge. Race humaine formée d’amérindiens, caractérisée par une pigmentation rouge cuivrée de la peau. Dans une seconde classification, Kant considère le groupe originel comme blanc de couleur brunette, d’où sont issus les quatre groupes suivants : race très claire (Europe septentrionale) due à un climat chaud et humide, race rouge-cuivre (Amérique) due au froid sec, race noire (Sénégambie) due à la chaleur humide, race olive (Indous) due à la chaleur sèche (Hist. sc., 1957, p. 1360).
Peau-rouge*. Anton. face, visage pâle*.
[du système pileux, en partic., des cheveux] D’un rouge vif ; extrêmement roux. Il était blême, avait les cheveux roux, les favoris rouges, les yeux caverneux (BOREL, Champavert, 1833, p. 27). V. highlander ex. de Haddon. [P. méton. ; en parlant d’une pers.] Dont la chevelure est d’un roux vif. Des créatures blondes, brunes, rouges (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 189).
) [de ses vêtements ; p. réf. parfois au fait que la couleur rouge a été autrefois associée à une fonction honorifique, une dignité et a été utilisée comme emblème révolutionnaire] Chemisier rouge ; robe rouge (de cardinal) ; habits rouges. Quiconque aura été condamné à mort pour crime d’assassinat, d’incendie ou de poison, sera conduit au lieu de l’exécution, revêtu d’une chemise rouge (Procès conspir. 1er Consul, t. 2, 1801, p. 338). D’où viennent ces petits bonshommes, ces « bonhomets » coiffés d’un bonnet rouge et pointu, que l’on voit grouiller et bruire dès que l’on soulève toutes nos vieilles pierres légendaires ? (DÉVIGNE, Légend. de Fr., 1942, p. 13).
[P. allus. au conte de Perrault] Le petit chaperon* rouge.
Spécialement
Ruban* rouge.
HIST., MODE. Talon* rouge.
HIST. POL. Bonnet rouge. V. bonnet A 2. Églantine rouge. V. églantine B 2.
MAR. Pompon rouge. V. pompon A 1.
[P. méton. ; en parlant d’une pers., d’un groupe de pers.] Vêtu de vêtements rouges, en tout ou partiellement. Regardez tous : voilà l’homme rouge [Richelieu] qui passe (HUGO, Marion Del., 1831, p. 332). V. coquelicot ex. de Coppée.
[Avec allus. à la symbolique du rouge en pol. (v. infra I C 4)] L’homme rouge venait En sabots, en bonnet. M’endormais-je un peu sur ma chaise, Il entonnait la Marseillaise (BÉRANGER, Chans., t. 3, 1829, p. 226).
HIST. ECCL. Chapeau rouge. V. chapeau A 1 a.
HIST. et HIST. POL. Bonnet rouge. Révolutionnaire coiffé du bonnet phrygien. P. méton. Ce qu’il représente ; idées révolutionnaires (supra ex. de Vigny). Églantine rouge. V. églantine B 2. Enfant rouge (vieilli). (Dict. XIXe s. ; ds Lar. 19e-Lar. Lang. fr.). Escadron rouge. Le rouge, unique couleur de la Garde Royale à cheval de Louis XIV, fit donner le nom d’escadrons rouges à ces troupes (LELOIR 1961). Mousquetaire rouge. V. mousquetaire A 2 ex. de Hugo. Pantalon rouge (fam., vieilli). V. pantalon A 1 b.
b) [d’un animal, d’une partie de son corps] Qui est rouge ou d’un roux vif. Poil, plumage rouge. À Noël, la descente avec les vaches blanches et rouges au village (PEYRÉ, Matterhorn, 1939, p. 80). L’oiseau rouge et tiède comme le sang (PRÉVERT, Paroles, 1946, p. 183).
ZOOL. [Rouge caractérise un groupe ou une espèce partic.] Fourmi, grondin, poisson, thon rouge. Un coq de perdrix rouge magnifique, haut en couleur, le bec et les pieds rouges et durs comme du corail (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 6). Les araignées rouges, qui appartiennent à plusieurs espèces d’acariens, n’avaient jamais beaucoup préoccupé le viticulteur jusqu’à ces dernières années (LEVADOUX, Vigne, 1961, p. 73).
Becs rouges, pattes rouges. ,,Comme chez la perdrix la couleur des pattes et du bec caractérise l’espèce, cette particularité sert parfois à la désigner. Pattes rouges (...) et becs rouges (...) sont synonymes de perdrix rouges`` (M. LENOBLE-PINSON, Le Lang. de la chasse, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, 1977, pp. 237-238).
Âne rouge. Âne sauvage aux poils d’un roux vif. Synon. hémione. Il y avait (...) un bébé de cinq ou six mois qui criait comme un âne rouge (GENEVOIX, Avent. en nous, 1952, p. 43). [En parlant d’une pers. ; peut-être p. réf. à la défaveur attachée à la couleur rouge des poils] Par injure. Que tu m’agaces ! À la fin, qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qu’il te faut ? Qu’est-ce que tu veux ? Âne rouge ! (RENARD, Lanterne sourde, 1893, p. 225). Proverbe vieilli. Être méchant comme un âne rouge. ,,Se dit d’un homme ou d’un enfant méchant`` (Ac. 1878, 1935).
B. [Rouge n’est pas essentiel à la qualité, à la nature, à la fonction du qualifié]
1. [En parlant d’une pers., de la couleur de la peau dans certaines circonstances] Qui devient rouge sous un afflux de sang passager.
a) [sous l’effet d’une cause physique ou physiol. (conditions atmosphériques, larmes, boissons alcoolisées, maladie, etc.)] Front, nez rouge ; joues, oreilles rouges ; être rouge comme une écrevisse, un homard, une tomate. Il y a les yeux rouges qu’on ne peut pas cacher ; les larmes, c’est comme le feu, ça brûle, et elle a pleuré, j’en suis sûr (DUMAS père, L. Bernard, 1843, IV, 3, p. 259). Ça ne sent pas la vieille femme enfermée, ici ? Je suis rouge ? Il va me trouver moins bien qu’hier (COLETTE, Mais. Cl., 1922, p. 206). V. gris2 A ex. de Zola.
Rouge de + compl. (indiquant la cause de cet aspect). Nez rouge d’avoir trop bu, de froid ; paupières, yeux rouges d’avoir pleuré ; être rouge d’avoir trop couru. Vasile, rouge de vin, s’avança en chancelant (ABOUT, Roi mont., 1857, p. 125). Le visage rouge de soleil (LARBAUD, Jaune, 1927, p. 107).
PATHOL. Coloration rouge très accentuée et locale sous l’effet de certaines maladies. Gorge rouge. Elle toussait quelquefois, et avait des plaques rouges aux pommettes (FLAUB., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 205).
[P. méton. ; en parlant d’une affection] Qui se caractérise par une coloration rouge de la peau. Mosché prit deux poignées de suie et les lança vers le ciel devant le pharaon ; et aussitôt une peste rouge, des feux ardents s’attachèrent à la peau du peuple d’Égypte, respectant les hébreux (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p. 333). L’apparition de poussées rhumatismales aiguës ou traînantes (...) dans les suites d’une angine rouge (...) est d’observation assez banale (RAVAULT, VIGNON, Rhumatol., 1956, p. 519).
Fièvre rouge (vieilli). Tantôt cette éruption [lors des fièvres éruptives ou exanthématiques] forme des pustules élevées (...) tantôt il n’y a point d’élévations sur la peau, mais seulement des taches, qui en altèrent et changent la couleur. C’est ce qu’on voit dans la rougeole, le pourpre, la scarlatine ou fièvre rouge (GEOFFROY, Méd. prat., 1800, p. 57).
P. anal., ART VÉTÉR. [À propos d’un animal] Maladie rouge. Synon. de rouget. V. ce mot ex. de Garcin.
b) [sous l’effet d’une cause psychol., d’une vive émotion] Anton. blanc, blême, livide, pâle. Visage rouge ; joues rouges ; devenir, être tout rouge ; être rouge comme une cerise, un coq, un coquelicot, une écrevisse, une pivoine, une tomate. Quand elle regarda son cousin, elle était bien rouge encore, mais au moins ses regards purent mentir et ne pas peindre la joie excessive qui lui inondait le cœur (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 129). Touchez mes mains, je brûle... je suis rouge, n’est-ce pas ?... J’étais toujours rouge quand j’entrais ici et que je savais que j’allais l’y trouver ! (G. LEROUX, Parfum, 1908, p. 17). V. pâle A 1 ex. de Sue.
Rouge de + compl. (indiquant la cause de cet aspect). Être rouge de colère, de confusion, de dépit, de honte, de plaisir. Il prit familièrement le bras du commandant, rouge de bonheur (A. DAUDET, Tartarin de T., 1872, p. 133). Simon et Gérard étaient gênés, ils se regardaient à la dérobée, tout rouges de timidité (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 169).
[P. méton. ; en parlant d’une émotion, d’un sentiment] Fam. Qui est très vif, intense et produit une coloration rouge du visage. Célestine ouvrit la lettre, et le plaisir le plus rouge anima ses traits (BALZAC, Employés, 1837, p. 205). V. entrer ex. 12 :

2. Pareil au foyer que l’huile exaspère,
Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
Dit d’une lionne à l’âpre forêt
Communiquant sa terrible colère
Quand Marco pleurait.
VERLAINE, Poèmes saturn., 1866, p. 87.

2. [En parlant d’un inanimé concr.]
a) [d’un végétal]
) Qui passe naturellement par cette couleur. Anton. vert.
[Rouge est signe de maturité] Cerise, fraise rouge. Cinq pieds de tomates portaient leurs fruits rouges accrochés à des tuteurs (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 94).
[Rouge est signe de dessèchement] La feuille rouge des cerisiers tremblant dans le rouge matin de novembre (COLETTE, Apprent., 1936, p. 138).
) BOT. Qui est atteint d’une maladie qui provoque une coloration rouge. V. rougeaud II A ex. de Levadoux. [P. méton.] Maladie rouge. Synon. de rougeot. V. maladie A 2 b ex. de Brumpt.
b) [d’une chose concr., d’un élément du corps] Qui est rougi par le sang ; qui est souillé, taché, recouvert de sang. Baïonnette, épée rouge (de sang). J’ai questionné un des soldats, qui a daigné me répondre, parce qu’il ignorait sans doute pourquoi ma casaque et ma charrette sont rouges (HUGO, Han d’Isl., 1823, p. 450). Il se lava les mains, rouges de sang (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 547).
[P. méton. ; en parlant d’un moment, d’un événement] Pendant lequel le sang coule. Ils guettent le sang ; chacun attend l’heure rouge (L. DAUDET, Morticoles, 1894, p. 66). Jupiter : (...) C’était une fête [l’assassinat du roi], hein ? La Vieille : Ah ! Seigneur, c’était (...) une horrible fête. Jupiter : Une fête rouge dont vous n’avez pu enterrer le souvenir (SARTRE, Mouches, 1943, I, 1, p. 17).
Loc. arg., fig. Manger du pain rouge (v. pain B).
c) Rouge de + compl. (indiquant la cause de cet aspect), littér. Dont la teinte rouge est donnée par des éléments surajoutés de couleur rouge. Sur les pentes sèches, c’était tout rouge d’oseille sauvage (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 308). Il s’engagea dans le verger, au milieu des cerisiers rouges de cerises (BILLY, Introïbo, 1939, p. 48). V. filet1 A 5 b ex. de Hamp.
d) En partic. Qui est devenu rouge au feu et dégage un rayonnement calorifique. Charbon, poêle rouge ; cendres, tisons rouges. Le bouleau (...) qui ne se consume que lentement et montre encore des braises rouges à l’aube d’une longue nuit d’hiver (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 114).
[En parlant d’un métal]
Fer rouge. V. fer B 2 c .
Arg. milit. Boulet rouge (v. boulet synt.). Loc. fig. Tirer à boulet(s) rouge(s) (sur qqn ou sur qqc.) (v. boulet A).
En compos. Infra-rouge*.
C. Au fig.
1. [Rouge connote l’importance (avec l’idée sous-jacente d’un danger à parer et parfois une connotation pol., infra I C 6)]
POL. Téléphone rouge. Liaison directe, par télex, entre la Maison-Blanche et le Kremlin. Cette influence [l’existence de forces nucléaires indépendantes] est si puissante qu’elle a contraint les grands adversaires eux-mêmes à prendre des sécurités (comme le téléphone rouge) contre les malentendus possibles ! (BEAUFRE, Dissuasion et strat., 1964, p. 103).
2. [Rouge connote la surcharge (et parfois l’idée sous-jacente de danger)]
CIRCULATION ROUTIÈRE. [En parlant d’un espace de temps] Pendant lequel la circulation est surchargée et donc dangereuse. Heures rouges. Les prévisions de trafic font apparaître (...) quatorze jours rouges, c’est-à-dire difficiles (Le Monde, 8 janv. 1985, p. 44).
POSTES ET TÉLÉCOMM., TRANSP. (aviat., S.N.C.F., etc.)
Heure, période etc. rouge. Heure, période etc. surchargée (représentée visuellement par la couleur rouge) pendant laquelle les usagers ne peuvent bénéficier de tarifs réduits. Afin de vous permettre de choisir les meilleures dates de voyages et de bénéficier des réductions (...) la S.N.C.F. a publié un calendrier où les jours sont inscrits en bleu, blanc ou rouge (...). Les jours rouges correspondent aux périodes de grands départs (Guide prat. du voyageur, Paris, SNCF, 1987, p. 11) :

3. Communications locales : 1 unité toutes les 6 mn aux heures rouges ; 1 unité toutes les 9 mn aux heures « blanches » (...). Lundi au vendredi : période « rouge » (plein tarif) de 8 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h ; période « blanche » (30% de réduction) de 12 h 30 à 13 h 30 et de 18 h à 21 h 30 ; période « bleue » (50% de réduction) de 21 h 30 à 22 h 30 et de 6 h à 8 h...
Dossier familial, nov. 1986, n o 146, p. 44.

AVIAT. Vol rouge. Vols rouges accessibles aux seuls passagers payant plein tarif ainsi qu’aux abonnés en possession de cartes (...). Ils sont mentionnés en rouge dans les colonnes jours des pages d’horaires (AIR INTER, Horaires et tarifs, 1984, n o 49, p. 98).
3. [Rouge connote le danger]
Alerte rouge. Danger particulièrement grave. Paris en alerte rouge pour le procès Abdallah. Quatre compagnies républicaines de sécurité (CRS) et huit escadrons de gendarmes mobiles, soit un millier d’hommes supplémentaires, seront déployés au cours de ce week-end à Paris, en prévision du procès Abdallah, qui s’ouvre dans une semaine (L’Est Républicain, 15 févr. 1987, p. 118, col. 1-2-3).
SPORTS (alpin., ski). Piste rouge. Piste classée dans la catégorie des pistes difficiles et dangereuses pour des personnes inexpérimentées. Les épithètes de verte, rouge, bleue, jaune pour désigner différentes pistes et les classer par rang de difficultés sont, comme les degrés de l’alpinisme, des expressions assez récentes. On entendra des : « J’ai fait la rouge en 3 minutes 10 secondes ! et sans chuter. Il y a quinze jours, je mettais une demi-heure pour la verte » (Comment parlent les sportifs ds Vie Lang. 1953, p. 140).
4. [Rouge connote l’interdit]
[P. réf. à la signalisation ferroviaire, routière, etc.] Feu rouge. Obstacle, décision d’arrêter ou d’empêcher quelque chose. Le feu rouge que représentait la politique du (Brésil) pour certaines ambitions des États-Unis était en même temps un feu vert pour la politique française (Le Monde, 31 déc. 1964 ds GILB. 1980).
BANQUE. Liste rouge. Liste des personnes interdites de chéquier pour avoir émis des chèques sans provision. Lorsqu’un compte joint est mis sur la liste rouge de la Banque de France, les titulaires sont tous deux interdits de chéquier, aussi bien sur leur compte joint que sur leurs comptes individuels (Le Chasseur français, juin 1986, p. 98, col. 1).
ÉCON. Pétrole rouge. Pétrole de vente illégale. Il est peu probable que nous puissions interdire la commercialisation du pétrole rouge (GIRAUD-PAMART Nouv. 1974).
POSTES ET TÉLÉCOMM. Liste rouge. Liste des personnes dont les noms et les numéros de téléphone ne sont pas communiqués et figurent dans une liste tenue secrète. Ambroise, tu es bien sur la liste rouge du téléphone ? (...) Oui, je suis sur la liste rouge depuis un certain temps déjà. J’étais sans cesse dérangé nuit et jour, de nuit de préférence, au sujet de mes garçons... Quand j’en ai eu assez de recevoir des menaces pour eux ou pour moi, j’ai fait disparaître mon nom de l’annuaire téléphonique (Les Veillées des chaumières, 5 mars 1988, p. 18, col. 1).
[P. réf. au carton de couleur rouge qui, au cours d’un match de football, est donné à un joueur après une faute grave comme sanction et signe d’expulsion] Carton rouge. Mauvais point, jugement défavorable prononcé à l’encontre de quelque chose, de quelqu’un. Donner, mériter un carton rouge. [Dans un cont. méd.] Vignette bleue carton rouge (...). Les technocrates, les énarques, les politiques, ceux qui gouvernent en général (...) un produit comme celui-là [un « vasodilatateur »] ils appellent ça plutôt un « médicament de confort ». Le joli nom ! (L’Est Républicain, 4 mai 1987, p. 414).
5. [Rouge connote l’intensité des émotions, des sentiments et qualifie le regard] Brûlant, intense, passionné. Il y eut alors entre elle et le journaliste un de ces regards rouges qui sont plus que des aveux (BALZAC, Muse départ., 1844, p. 171).
6. POLITIQUE
a) Vieilli. [P. réf. au drapeau rouge pris pour emblème ; en parlant d’une pers.] Qui est républicain ; qui a des opinions de gauche ; usuel, en partic., qui est communiste ou qui professe des opinions d’extrême-gauche. Bourgeoisie rouge ; juge rouge ; milliardaire rouge. Selon Claudel, rouge à souhait et aux yeux de qui Gambetta avait trahi le prolétariat, Mistral était un blanc, un réac, un clérical (L. DAUDET, Qd vivait mon père, 1940, p. 73). C’était un de ces vieux militants qui consacrent avec un dévouement de saint-bernard, toute leur vie à une cause. Il était socialiste en un temps où c’était encore être rouge (VIALAR, Rendez-vous, 1952, p. 207).
b) [P. méton. ; en parlant d’un lieu] Dont les habitants sont partisans d’une action révolutionnaire, extrémiste ; en partic., dont les habitants sont communistes. Athanase, né dans la banlieue rouge de Trélazé (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 96). C’était [le Var] comme on disait à l’époque un département rouge (...). À côté d’eux [les communistes], les socialistes ont pâli et font figure de réactionnaires (VIALAR, Débucher, 1953, p. 10).
c) [En parlant d’un inanimé] Qui se rapporte à l’action révolutionnaire, aux idées de l’extrême gauche, en particulier aux idées communistes, à l’U.R.S.S. Syndicat rouge ; fascisme, terreur, terrorisme rouge. Le journal que j’ai laissé tous les matins [à l’hôpital] était vivement escamoté. Il paraît que j’ai justement choisi le journal rouge. Je n’ai pas eu la main heureuse (GIONO, Gds chemins, 1951, p. 189).
En partic. Qui se rapporte aux pays communistes, à la Russie soviétique. Existait-il ce mystérieux fonctionnaire soviétique évadé de l’enfer rouge tout exprès pour divulguer ces informations ? (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 290). L’espace rouge (...) le commandant Youri Romanenko (...) l’ingénieur Alexandre Laveirine (...) sont partis hier de Baïkonour, pour un séjour d’un an probablement dans la station orbitale Mir (L’Est Républicain, 7 févr. 1987, p. 401).
Armée rouge. Armée soviétique. L’est européen subjugué, l’Allemagne coupée en quatre et l’Armée Rouge dans le Thuringer Wald, c’était vraiment donner leur plus belle chance aux partis communistes de l’Europe occidentale (BILLOTTE, Consid. strat., 1957, p. 40-12). P. ext. Toute armée révolutionnaire.
Étoile rouge. V. étoile II A 2. Garde rouge. V. garde2 B 3.
Péril rouge. Danger que font courir les pays communistes aux pays capitalistes. Mon père qui était en train de manger son capital vouait à la ruine toute l’humanité ; maman faisait chorus. Il y avait le péril rouge, le péril jaune : bientôt des confins de la terre et des bas-fonds de la société une nouvelle barbarie déferlerait ; la révolution précipiterait le monde dans le chaos (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 129).
II. Adverbe
A. En sa couleur rouge. Le coquelicot fleurit rouge (DAVAU-COHEN 1972).
B. Familier
1. Se fâcher (tout) rouge. V. fâcher B 1.
2. Au fig. Voir rouge. Se mettre très en colère, perdre le contrôle de ses actes. Les têtes, vidées par la famine, voyaient rouge, rêvaient d’incendie et de sang, au milieu d’une gloire d’apothéose, où montait le bonheur universel (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1385) :

4. Tout insensé (...) que cela puisse vous paraître, je vis rouge, rouge, entendez-vous ! et pour la première fois de ma vie je connus le vertige du meurtre, le désir fou, impérieux, irrésistible, de fermer, coûte que coûte, une bouche qui défie...
COURTELINE, Boubouroche, Madelon, 1893, IV, p. 226.

C. POL. Voter rouge. Voter pour les partis d’extrême gauche, en particulier pour les communistes. Voilà ce que c’est que de voter rouge. Le Français est incorrigible : la guerre est à sa porte et il réclame des congés payés (SARTRE, Sursis, 1945, p. 181).
III. Substantif
A. Subst. masc.
1. La couleur rouge, une des sept couleurs fondamentales, à l’extrémité du spectre visible et complémentaire du vert.
a) Caractère de ce qui est rouge. Le rouge du ciel ; aimer le rouge ; peindre en rouge. Un est aux nombres engendrés comme le rouge est aux couleurs, ou Adam aux générations humaines. Adam était le premier, et le mot Adam signifie rouge (SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 7). V. bleu ex. 13 :

5. ... je ne parle pas du rouge de l’orgueil mais de ce rouge des incendies, du lambeau d’andrinople qui flotte derrière les camions, du fanal, de la lanterne des bordels, de la colère qui enflamme un visage, des rixes et des abattoirs, des barricades et des rues louches, le rouge qui coiffe Marianne, rouge des crêtes de coqs et de l’andrinople, rouge des lèvres peintes, rouge du cri de la Marseillaise de Rude et somme toute, rouge du vin et du sang.
COCTEAU, Foyer artistes, 1947, p. 54.

Rem. Une nuance partic. de la couleur peut être précisée : a) [par un adj.] ) Rouge ardent, clair, cramoisi, éclatant, flamboyant, foncé, franc, pâle, pompéien, pur, safrané, sanguin, sanguinolent, sombre, tendre, vif, vineux. ) [par un adj. de couleur précédé parfois du trait d’union] Rouge(-)brun, carmin, noir, , pourpre, , violet. b) [par un subst. apposé précédé parfois du trait d’union] Rouge(-)brique, capucine, carotte, cerise, coquelicot, corail, écrevisse, feu, flamme, fraise, garance, géranium, grenat, groseille, lie de vin, rubis, safran, sang (de bœuf), tomate. c) [par un subst. complét.] Rouge de chair, de feu, de rubis, de sang. Dans tous ces cas rouge est inv. et fonctionne comme un subst.
Au plur. Nuances de rouge. Les roses de la rose ou les rouges de l’œillet, Velazquez et Goya ne nous les redonnent jamais à l’endroit où ils les ont vus (...) ils brillent dans ces cheveux sombres, ils piquent ce corsage d’une tache sanglante, ils empourprent cette bouche dans ce visage fardé (FAURE, Espr. formes, 1927, p. 77).
b) ) Matière colorante servant à teindre en rouge. Rouge organique, synthétique, végétal ; rouge d’andrinople, de phénol, de rosaniline ; broyer du rouge. Origine des rouges. Il y en a d’origine minérale (...) surtout les rouges de fer (ocre, colcotar), de mercure (vermillon), de plomb (minium) ; d’origine animale : particulièrement celui que fournit un insecte, la cochenille, et qui sert à préparer le carmin et les laques ; d’origine végétale, dont le type était la garance (Lar. mén. 1926).
Rouge neutre. ,,Matière colorante utilisée comme indicateur de pH (coloration rouge à pH 6,8, coloration jaune à pH 8,0) et comme réactif colorimétrique pour le dépistage des colibacilles dans un milieu`` (Méd. Biol. t. 3 1972).
) En partic.
Fard rouge utilisé autrefois pour se colorer le visage. Mettre du, son rouge ; rouge à joues. C’était un de ces esprits que leur fierté met dans la position d’une jeune femme qui arrive sans rouge dans un salon où l’usage du rouge est général (STENDHAL, Armance, 1827, p. 28). Le rouge fut surtout une grande affaire au siècle dernier. Il devait, selon la qualité de son enluminure, indiquer le rang de celle qui le portait. Pour la présentation à la cour, il était plus accentué que jamais (Cost. 1899).
Loc. fam. Avoir un pied de rouge (sur les joues). Avoir une épaisse couche de fard rouge sur les joues. Mon cher, reprit le comte, vous voyez que j’ai un pied de rouge sur les joues, ménagez-moi (FEUILLET, J. de Trécœur, 1872, p. 62).
Rouge à, aux lèvres et ell. rouge. Fard rouge utilisé pour se colorer les lèvres en rouge ; p. ext., fard pour les lèvres de toute autre couleur. Bâton, crayon, tube de rouge (à, aux lèvres) ; dermite du rouge à/aux lèvres. Tu n’étais pourtant pas comme les autres, toi, à t’attifer toujours devant la glace, à te mettre du rouge aux lèvres, à chercher à ce qu’on te remarque (ANOUILH, Antig., 1946, p. 140). Le rouge à lèvres. Deux tendances pour l’été : des lèvres tout à fait mates (dans ce cas, rien de tel que le crayon à lèvres en guise de rouge !) ou légèrement nacrées et brillantes. Voici les nouveaux rouges particulièrement adaptés à la saison chaude (Biba cosmétique, printemps-été 1987, n o 1, p. 32, col. 4).
c) En partic.
) [Corresp. à supra I B 1] Coloration rouge de la peau provoquée par un afflux de sang sous l’effet d’une irritation ou d’une vive émotion. Le rouge de la honte, de l’indignation ; yeux bordés de rouge. Le visage de Mongeot se décompose (...) tout son sang lui monte à la tête ; bientôt au rouge d’une colère concentrée succède une pâleur bleuâtre (BALZAC, Œuvres div., t. 1, 1830, p. 526).
Locutions
Le rouge lui monte au front, aux joues, au visage. Rougir, piquer un fard. Pauvre Pierre ! Comme le rouge lui est monté au front ! Comme il a frémi en t’écoutant raconter l’insulte faite à sa sœur ! (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, II, 5, p. 154). Faire monter, mettre le rouge au front. Faire rougir, et p. méton., faire honte. C’est une chose qu’il faut effacer de notre histoire et qui n’y a figuré que pour faire monter le rouge au front des Français qui la liront plus tard (Procès Pétain, t. 1, 1945, p. 21).
) [Corresp. à supra I B 2 d] Température du feu qui produit une coloration rouge et un rayonnement calorifique ; couleur, aspect du métal incandescent. Lorsque le feu a acquis une température qui varie entre le rouge sombre et le rouge cerise, on commence le grand feu (Al. BRONGNIART, Arts céram., t. 1, 1844, p. 225). Les plaques ou les pièces ayant solidement acquis la forme qu’elles doivent conserver sont de nouveau soumises à la température du rouge cerise afin de les nettoyer et de dégraisser les parties que le contact des mains a pu souiller et où l’émail n’adhérerait pas (A. MEYER, Art émail Limoges, 1895, p. 3).
TECHNOL., loc. Chauffer au rouge ; porter au rouge (un métal). Faire chauffer au feu au point de rendre incandescent. Le fer possède la propriété de se combiner au carbone quand il est porté au rouge au contact de celui-ci (BARNERIAS, Aciéries, 1934, p. 64).
2. [Rouge sert à désigner toute chose caractérisée par la couleur rouge (en tout ou en partie)]
a) Vêtement de couleur rouge, ornement rouge. Pièce tendue de rouge ; être habillé de rouge ; être tout en rouge. Une femme coiffée de rouge se leva et tout le monde applaudit (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 321). Mince bourreau pâle vêtu de rouge (COCTEAU, Poés. crit. I, 1959, p. 263).
[P. allus. à la couleur rouge de l’habit milit.] V. noir II A 2 ex. de Martineau.
b) Spécialement
ALIM. [Corresp. à supra I A 1b ] Vin rouge. Boire, servir du rouge, un verre de rouge. Il s’approche de la table, saisit le litre de « rouge », et se sert une bonne rasade (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 59). Dubourg (...) décoiffait la bouteille, versait le rouge, l’avalait à grandes coulées (ARNOUX, Roi, 1956, p. 287).
Pop., fam. Gros rouge. Synon. pop. gros bleu, gros qui tache (v. gros1 III A). Gros rouge qui tache (plus rare). La qualité des vins s’est considérablement améliorée dans ce qui n’est plus aujourd’hui « la patrie du gros rouge qui tache » (L’Express, 27 mars 1967, p. 37, col. 2). Au fig., en appos. à valeur d’adj. 4 septembre : quai de la gare, une fois encore. Chansons gros rouge, mais chansons mornes et vin triste (VIALAR, Carambouille, 1949, p. 296).
Vx, rare. Un rouge-bord. V. bord II C. Il (...) versait des rouges-bords à sa femme (...) et à moi, malheureux, qui avalais sans goûter, les vins rouges, roses, blancs (...) dont il proclamait (...) l’âge et le cru (A. FRANCE, P. Nozière, 1899, p. 111).
BOT. [Corresp. à supra I B 2 a ] ,,Toute maladie qui se manifeste par un rougissement, suivi d’une chute prématurée, des feuilles et en particulier des aiguilles de conifères`` (MÉTRO 1975).
CHASSE. Chien de rouge. Chien spécialisé dans la recherche du grand gibier blessé. Synon. chien de sang*. Le chien de rouge peut arriver à retrouver son animal sans l’aide de rougeurs dans des conditions parfois stupéfiantes en raison du temps écoulé, de la température ou des distances parcourues (DUCHARTRE 1973). Rouge de rivière. Canard sauvage aux pattes et à la livrée rouges. Synon. souchet3. Après la bisque d’écrevisses, que dirions-nous d’un rouge de rivière aux oranges ? (DUMAS père, Dame Monsoreau, 1846, III, 5e tabl., 5, p. 206).
ZOOLOGIE
Bas-rouge. Variété de beauceron, au pelage noir, au bas des pattes rousses. Surnommé bas-rouge en raison des taches feu à l’extrémité de mes pattes, ma première qualité fut la garde des troupeaux. Ne m’appelle-t-on pas encore « berger de Beauce » ? (Rustica, 30 sept. 1981, n o 614, p. 52).
Rem. Dans des comp., v. rouge-gorge, rouge-queue.
PATHOL. ANIM. Maladie dermique du chien. Le rouge du chien débute comme la gale. Des vésicules apparaissent à la base des poils, se crèvent et couvrent la peau de croûtes denses et nombreuses. La peau, très-rouge au début, devient ensuite violette, et parfois ne présente plus qu’une large plaie dans les parties envahies dont les poils tombent (LITTRÉ-ROBIN 1865).
Loc. Avoir une crise de rouge, pousser, prendre, tirer le rouge. [En parlant d’un dindonneau] Chez lequel la chair rouge des caroncules et de la fraise se développe. Les dindonneaux, jusqu’à leur puberté « où ils tirent le rouge », sont sensibles à tout : au froid, à la pluie, au vent, au moindre mal (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 250).
3. [Rouge connote le danger ou l’interdit]
a) ) CIRCULATION. [Corresp. à supra I A 1 b ] Couleur rouge caractéristique des signaux d’arrêt ou de danger. Le feu est au rouge. Automobiliste qui a une contravention pour être passé au rouge (DUB. 1980).
) Loc. Mettre le rouge
COURSES (chevaux). Mettre le disque rouge qui signale sur un champ de courses que les jeux sont faits et ne peuvent plus être modifiés (d’apr. LE BRETON 1960). Le rouge est mis. ,,Les jeux sont faits (Turf)`` (CAR. Argot 1977).
SPECTACLES. Mettre une lampe rouge à l’extérieur d’un lieu de tournage pour signaler l’interdiction de pénétrer sur le plateau (d’apr. LE BRETON 1960). Le rouge est mis. ,,Signal lumineux de couleur rouge que l’on place à l’entrée de chaque studio pour en interdire l’accès pendant l’enregistrement`` (Radio 1972).
b) Au fig.
BANQUE. [P. anal. des comptes tenus autrefois à la main et notés à l’encre rouge] Être dans le rouge, au rouge, en rouge. Être à découvert. Des chiffres à faire rêver les entreprises qui, par ces temps de crise, sont « au rouge » depuis longtemps chez leurs banquiers ! (Le Nouvel Observateur, 17 mai 1976, p. 61, col. 1). Si votre compte est en rouge, vous paierez des agios assez élevés, mais cela peut valoir la peine. Un conseil toutefois ; lors de votre discussion avec l’employé de banque, ne vous contentez pas d’un accord verbal (Le Chasseur français, juin 1986, p. 98, col. 3).
[Le plus souvent dans le domaine écon. et à propos d’une entreprise ; rouge désigne une période d’alarme, de difficultés] Chômage au rouge ; sociétés en rouge. 11 heures j’entre dans le rouge. Il me reste un quart d’heure pour terminer la mise en pages. Encore une foule de détails à régler. Il y a des jours comme ça où on se dit qu’on n’y arrivera jamais (Le Monde Aujourd’hui, 1er-2 déc. 1985, p. 1). Gaz de France est sorti du rouge. Gaz de France a réalisé en 1985 un bénéfice de 485 millions de francs, contre un déficit supérieur à 3 milliards en 1984 (Le Monde, 1er mars 1986, p. 30).
Mettre au rouge. Dénoncer les dangers de. Scooter des neiges : les verts mettent au rouge. Pontarlier. La nouvelle mode des courses et des rallyes sur la neige avec des véhicules 4 X 4, des scooters ou autres engins à chenilles inquiètent un peu partout les écologistes qui dénoncent les impacts sur le milieu de ce genre d’épreuve (L’Est Républicain, 7 févr. 1987, p. 412).
4. [Rouge connote l’intensité des émotions, des sentiments] :

5. Tout au long du conte [le Petit Chaperon Rouge], et dans le titre comme dans le nom de l’héroïne, l’importance de la couleur rouge, arborée par l’enfant, est fortement soulignée. Le rouge est la couleur qui symbolise les émotions violentes et particulièrement celles qui relèvent de la sexualité. Le bonnet de velours rouge offert par la grand-mère à la petite fille peut ainsi être considéré comme le symbole du transfert prématuré du pouvoir de séduction sexuelle...
Br. BETTELHEIM, Psychanalyse des Contes de Fées, 1976, p. 221.

B. Subst. masc. ou fém.
1. Celui, celle qui a le teint ou les cheveux rouges, qui est vêtu de rouge. La petite rouge. [Anatole] s’en ira, les mains dans les poches, retrouver sa nouvelle bonne amie, la rouge-carotte (COPPÉE, Contes rap., 1885, p. 245). Vous auriez pas vu entrer à l’hôtel un grand rouge à tête frisée, qui a toujours une belle façon ? (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 178).
2. Au fig., POL. Celui, celle qui est républicain (vieilli), qui professe des opinions d’extrême gauche et est partisan d’une action révolutionnaire ; en partic., celui, celle qui est communiste. À l’Assemblée, il va de banc en banc (...) rit avec les bleus, avec les blancs, avec les rouges (HUGO, Choses vues, 1885, p. 202). Tous ces gens-là (...) étaient des révolutionnaires, des rouges, des égorgeurs de bourgeois, d’aristocrates (VIALAR, Bête de chasse, 1952, pp. 79-80).
En partic., vieilli. [P. oppos. à jaune (vieilli)] Ouvrier, ouvrière adepte des idées des syndicats révolutionnaires. L’idée de Biétry était d’opposer les jaunes, c’est-à-dire les bons ouvriers, aux méchants, c’est-à-dire aux rouges (L. DAUDET, Temps Judas, 1920, p. 215).
C. Subst. fém., spéc.
1. JEUX
a) BILLARD. [P. oppos. à la blanche] Boule rouge. Sur la table verte, on poursuit la rouge et la blanche dont l’ivoire retentit en se choquant (PESQUIDOUX, Chez nous, 1923, p. 3). V. blanc. ex. 40.
b) DOMINOS, ROULETTE. [P. oppos. à la noire] Case de jeu de couleur rouge. Jouer, miser sur la rouge. Il s’enquérait auprès de quelques joueurs émérites de l’état de la Rouge et de la Noire, et jouait dix francs au moment le plus opportun (BALZAC, Rabouill., 1842, p. 296).
2. ZOOL. Perdrix rouge. Synon. pattes rouges (supra I A 2 b zool.) Deux compagnies de rouges furent « arrêtées » encore. Raboliot, vers chacune, envoya ses deux coups, le premier sur les perdrix blotties, le second dès l’envol, à un mètre de terre (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 257). V. gris1 I B 1 b ex. du Chasseur français.
3. SPORTS (alpin., ski). Piste rouge (supra I C 3). Avant de se lancer sur une piste de descente ou dans un parcours de slalom, les champions passent longtemps sur le tracé pour étudier la trajectoire idéale. Quel rapport avec le skieur du dimanche qui se lance sur une « rouge » ? (Le Monde Loisirs, 17 nov. 1984, p. II). Supra I C 1 ex.
REM. Rougement, adv., hapax. Les boutiques de barbiers (...) avec leurs enseignes, sur leurs carreaux, de jambes et de bras dont le sang jaillit rougement dans un verre (GONCOURT, Mme Gervaisais, 1869, p. 233).
Prononc. et Orth. : []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adj. A. 1. ca 1130 « qui a la couleur caractéristique du sang, de certaines fleurs, etc. » (Paraphrase Cantique des Cantiques, éd. W. Foerster et E. Koschwitz, Alt fr. Übungsbuch, p. 165, vers 17) ; spéc. 2. a) 1228 rouge vin (JEAN RENART, G. de Dole, éd. F. Lecoy, 494) ; 1649 verser à rouge bord (RICHER, L’Ovide bouffon, 504 ds BRUNOT t. 4, p. 501) ; 1668 rouge bord « verre ou gobelet de vin rouge » (BOILEAU, Satires, III, 136, éd. A. Cahen, p. 54) ; 1754 p. ell. de vin, subst. « vin rouge » (L’Impromptu des harangères, 9 ds QUEM. DDL t. 21) ; b) 1464 [éd. 1512] rouge chapel « chapeau de cardinal, dont la couleur est rouge » (Continuation des Chron. de Monstrelet, 3e vol., t. II, f o 256a ds GDF. Compl.) ; 1690 (FUR. : On appelle un Cardinal un chapeau rouge, ou bonnet rouge, la calotte rouge, parce que ce sont les marques de sa dignité) ; c) 1690 livre rouge « livre de couverture rouge sur lequel on enregistrait les défauts prononcés à l’audience » être écrit sur le livre rouge « risquer une condamnation ou quelque mal de personnes puissantes » (FUR.) ; 1718 marqué en lettres rouges « signalé à la justice » (DANCOURT, Déroute du pharaon, sc. 22 ds LITTRÉ) ; 1971 pétrole rouge « pétrole de vente illégale » (Combat ds GIRAUD-PAMART Nouv. 1974) ; 1972 subst. (Admin. : Rouge. Écriture comptable négative (perte) ou découvert) ; 3. qualifiant un objet destiné à attirer l’attention a) 1731 drapeaux rouges (de signalisation, repérage, etc.) (TERRASSON, Sothos, t. 2, p. 36) ; b) 1870 croix rouges des ambulances (v. croix II C 1) ; c) 1879 lanternes rouges du dernier wagon (HUYSMANS, Sœurs Vatard, p. 122) ; d’où 1924 lanterne rouge « dernier » (MONTHERL., Olymp., p. 311) ; d) 1890 pour indiquer l’interdiction du passage feux rouges (ZOLA, Bête hum., p. 285) ; 4. 1789 drapeau rouge « drapeau de signalisation déployé d’abord pour indiquer la publication de la loi martiale et indiquant donc un état d’insurrection » (Le Moniteur, 21 oct. 1789, éd. 1863, t. 2, p. 79 d’apr. A. GEFFROY, infra bbg.) ; 1792 bonnet rouge « bonnet des révolutionnaires » (Journal des théâtres, 10 mars d’apr. ID., infra bbg.) ; 1830 partis [...] rouges « partis révolutionnaires » (LAMART., Corresp., p. 83) ; 1835 subst. les rouges « les révolutionnaires » (BALZAC, Goriot, p. 218) cf. aussi le Vieux Cordelier de C. DESMOULINS, n o 7, mars 1794, p. 247 d’apr. A. GEFFROY, infra bbg. ; 1924 armée rouge (BAINVILLE, Hist. Fr., t. 2, p. 278). B. 1. a) 1180-1200 d’une couleur vive tirant sur le rouge » rouge or pour désigner l’or le plus pur (ALEXANDRE DE PARIS, Alexandre ds Elliott Monographs, éd. E. C. Armstrong, vol. II, Branche I, 2437, p. 55) ; 1690 cuivre rouge (FUR.) ; 1831 sans un rouge liard (v. liard) ; b) 1368 « roux, tirant sur le roux » cheval bay royge (Cartons des rois, A.N. K 49, pièce 37 ds GDF. Compl.) ; c) 1376 vén. bêtes rouges p. oppos. aux bêtes noires (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 2, 3) ; d) 1501 rouge terre « ocre » (Régisseur Mons, 515 ds IGLF) ; 2. 1611 « dont la peau prend la coloration du sang (p. ex. sous l’effet d’une émotion) » (COTGR.) ; 3. 1755 la race rouge « les Indiens d’Amérique » (MIRABEAU, Ami des hommes, t. 3, p. 394) ; 1781 subst. p. ell. de homme (BARRUEL, Les Helviennes, t. 1, p. 245). C. 1re moit. XIVe s. « porté à incandescence » (Recettes méd., ms. Bibl. mun. Evreux, 23, 45, éd. P. Meyer ds Romania t. 18, p. 576) ; 1798 tirer à boulets rouges fig. (Ac.). D. 1. 1690 « dont certains éléments du corps sont rouges » perdrix rouge (FUR.) ; 1925 subst. fém. p. ell. de perdrix (GENEVOIX, Raboliot, p. 141) ; 2. 1748 la messe rouge « messe de rentrée du parlement où les magistrats portent leurs robes rouges » (DIDEROT, Bijoux indiscrets, p. 112) ; 3. 1791 « qui se manifeste par des rougeurs » fièvre rouge (STAËL, Lettres jeun., p. 434). E. 1855 « vif, excessif » (SAND, Hist. vie, t. 3, p. 256). II. A. Subst. masc. 1. a) 1er quart déb. XIIe s. « teinte rouge de quelque chose » (Lapidaire de Marbode, 272, éd. P. Studer et J. Evans, Anglo-norman lapidaries, p. 38) ; b) ca 1180 avec un art. partitif, comme en parlant d’une matière (Fierabras, 61 ds T.-L.) ; 2. XIIIe s. « tissu de couleur rouge » (Du valet qui d’aise a malaise se met, 6, éd. W. Foerster ds Jahrbuch für romanische und englische Sprache und Literatur, t. 13, 1874, p. 295) ; 3. a) 1579 fard appelé rouge d’Espagne (A. PARÉ, Œuvres, éd. J.-Fr. Malgaigne, Médicaments, XXV, 44, t. 3, p. 606) ; 1606 Rouge à farder (CRESPIN, p. 355) ; b) 1636 « matière colorante rouge » (MONET) ; 4. 1636 « couleur du feu, de l’incandescence » (ibid.) ; 5. 1661 « couleur du visage à la suite d’une émotion » (MOLIÈRE, Les Fâcheux, I, 1) ; 6. 1771 pousser le rouge (en parlant de dindonneaux) (BUFFON, Hist. nat. des Oiseaux, t. 2, p. 143) ; 7. 1796 « maladie qui se manifeste par l’apparition de quelque chose de rouge ou des rougeurs » ici subst. fém. « maladie du ver à soie » (Fr. ROZIER, Cours compl. d’agric. théor., prat., écon. et de méd. rurale et vétér., Paris, t. 9, p. 580) ; [1817] d’apr. FEW t. 10, p. 532b] subst. masc. « maladie du pêcher » (GÉRARDIN DE MIRECOURT, Dict. raisonné de bot., éd. 1820, p. 493) ; 8. a) 1843 « sang » (SUE, Myst. Paris, t. 5, p. 175) ; b) 1970 chien de rouge (BURN.) ; 9. 1846 désignant un animal rouge de rivière « souchet » (DUMAS père, Dame Monsoreau, III, 5, p. 206) ; 10. [1923 d’apr. ESN.] 1935 le rouge est mis « les jeux sont faits » p. allus. au disque rouge qui indique que la décision prise concernant une course de chevaux est irrévocable » (SIMONIN, J. BAZIN, Voilà taxi ! p. 186) ; 1952 (O. UREN, Le Vocab. du cin. ds Fr. mod. t. 20, p. 218 : lampe rouge qui indique qu’on est en train de tourner. « Silence, le rouge », « demandez le rouge »). B. Subst. fém. 1776 « bille rouge (dans les jeux d’argent) » (RESTIF DE LA BRET., Paysan perverti, t. 3, p. 68). III. Empl. adv. 1784 fâcher tout rouge (BEAUMARCHAIS, Le Mariage de Figaro, II, 2) ; [1842-43 (E. SUE, Mystères de Paris d’apr. LITTRÉ)] 1843 voir rouge (SAINTE-BEUVE, Corresp., t. 5, p. 87) ; 1945 voter rouge (SARTRE, Surois, p. 181). Du lat. rubeus, -a, -um « roux, rougeâtre » qui a souvent supplanté ruber, -bra, -brum « rouge » dans les lang. rom. sans toujours, comme en fr., prendre le sens de ce dernier. Fréq. abs. littér. : 13 222. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 10 300, b) 25 728 ; XXe s. : a) 24 610, b) 18 855. Bbg. BETTELHEIM (B.). Psychanalyse des Contes de Fées, 1976, p. 221. BIDU- (A.). Syst. des n. de couleurs. Bucuresti, 1976, p. 217. COLÓN (G.). Un Cambio de perspectíva etímológica Rosicler y su mediato origen francés. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1971, t. 9, n o 1, pp. 229-251 (s.v. rouge clair). DUB. Pol. 1962, pp. 411-412. GEFFROY (A.). Ét. en rouge, 1789-1798. Cah. Lexicol., 1987, n o 51, pp. 119-148. GRUNDT (L.-O.). Ét. sur l’adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, pp. 250-253. KRISTOL (A.-M.). Color. Les Lang. rom. devant le phénomène de la couleur. Berne, 1978, pp. 146-212. LAURIAN (J.-M.). Über die grüne Grenze ou la longue marche des lexies colorées. Contrastes. 1983, n o 7, pp. 79-95. QUEM. DDL t. 9, 13, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 31, 33.


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