Retour sur la Semaine du Cerveau 2026

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La Semaine du Cerveau 2026 | Café des sciences :
Apprendre avec son corps. Quand les expériences immersives font bouger nos idées !

 

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L’événement

Affiche café des sciences
Date : 19 mars 2026 | 18h30.
Lieu : Nancy | Pub McCarthy | 6 Rue Guerrier de Dumast.

avec Virginie Privas-Bréauté, enseignante-chercheuse en didactique de l’anglais.

Organisation : ATILF (CNRSUniversité de Lorraine) | IMoPA | CNRS Centre-Est | Laurent Koessler, référent scientifique SDC2026 Lorraine.

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Le résumé

Et si apprendre ne se limitait pas à ce que fait notre cerveau mais impliquait aussi tout notre corps ? Nos gestes, nos perceptions, nos émotions et nos interactions avec l’environnement jouent un rôle clé dans la construction de nos connaissances selon les recherches récentes en sciences cognitives. Ce rendez-vous vous propose d’explorer des théories en s’appuyant sur des exemples issus d’expériences immersives et augmentées (réalité virtuelle, dispositifs sensoriels, théâtre immersif augmenté…). Vous y découvrirez comment ces environnements mobilisent le corps pour enrichir la compréhension, la mémoire et la créativité, et comment ils transforment notre manière d’apprendre et d’être au monde.

 

L’idée que l’apprentissage serait une activité purement cérébrale et intellectuelle est incomplète.

Une première pour l’ATILF

Notre laboratoire, spécialisé en sciences du langage participe pour la première fois à la Semaine du Cerveau.
C’est Virginie Privas-Bréauté, enseignante-chercheure en didactique de l’anglais à l’Université de Lorraine et membre de l’ATILF, qui ouvre la voie.
Elle introduit son propos en s’attaquant à un dogme persistant : l’idée que l’apprentissage serait une activité purement cérébrale et intellectuelle. Dans le modèle traditionnel de l’enseignement des langues, le corps est souvent absent. En effet, l’apprenant est assis, il écoute, répète et mémorise du vocabulaire ou de la grammaire dite de manière « désincarnée » c’est-à-dire sans l’utilisation de son corps.
L’intervenante propose alors de renverser cette perspective et affirme que « le cerveau n’apprend pas seul, mais au sein d’un corps en action ». Elle s’appuie pour cela sur les sciences cognitives qui démontrent que la perception, l’action et la cognition sont indissociables.

Le paradigme de l’énaction et la cognition incarnée

Au cœur de sa réflexion se trouve le paradigme de l’ « énaction »1, qui stipule que :

a) le cerveau ne reçoit pas passivement des informations de l’extérieur et,
b) le sens se construit à travers l’action, le corps et l’interaction avec l’environnement. En effet, nous n’avons pas « un cerveau dans un bocal », mais un système complexe où le cerveau est en relation constante avec le reste du corps et son environnement (dans une rue, dans un transport en commun, dans une salle, dans un magasin, à la salle de sport, en classe, aux toilettes publics, …) et entouré – ou pas – de monde.

Cette approche de la « cognition incarnée » (embodiment, en anglais) suggère que les processus cognitifs s’appuient sur des simulations sensorielles et motrices, comme l’utilisation de gestes lors de l’apprentissage de mots. Par exemple, concentrons-nous sur cette expérience, testée avec le public.
« Apprenons ensemble en dix minutes trois mots finnois2 : 1. kirja = livre, 2. omena = pomme et 3. tuoli = chaise et associons chaque mot à un geste ». Cette mise en situation active les systèmes moteurs du cerveau, ce qui rend la mémoire multimodale et facilite la rétention à long terme. Ça a d’ailleurs bien fonctionné en live durant cette conférence !

Virginie Privas-Bréauté a ensuite détaillé le fonctionnement cérébral pour illustrer cette interdépendance. Elle rappelle que le cerveau est divisé en trois aires spécialisées qui communiquent entre elles :

1) Le cortex moteur et prémoteur pour l’action,
2) Les aires sensorielles (visuelle, auditive, somesthésique, olfactive, gustative) pour la perception,
3) Les systèmes limbiques et hormonaux, incluant l’amygdale et l’hippocampe, essentiels pour les émotions3 et la mémoire.

Les recherches des auteurs auxquels la conférencière se réfère, Antonio Damasio, par exemple, montrent que les signaux corporels, appelés « marqueurs somatiques », servent de traces de nos expériences passées et orientent nos décisions, souvent de façon inconsciente. Les recherches en neurosciences affectives complètent donc celles menées en neurosciences cognitives pour confirmer que les émotions jouent un rôle de catalyseur dans l’apprentissage. Elles orientent l’attention, renforcent la consolidation de la mémoire via l’amygdale et les systèmes hormonaux et peuvent motiver l’apprenant ou l’apprenante. Ainsi, le cerveau retiendrait préférentiellement ce qui est surprenant, engageant et émotionnellement marquant. C’est pourquoi, on retient mieux une langue quand on la vit dans une situation réelle ou un voyage plutôt que lors d’une leçon théorique.

La dimension sociale : apprendre par résonance

Virginie Privas-Bréauté souligne également le fait que l’apprentissage est aussi une affaire de relations. Elle mentionne la découverte de « neurones miroirs » par les équipes de Giacomo Rizzolatti, qui permettent d’apprendre par résonance motrice (imitation) avec les autres.

L’acte d’apprendre une langue étrangère comme une expérience humaine ne peut être efficace que si elle mobilise simultanément le cerveau, le corps, les émotions et les relations sociales

En observant ou en interagissant avec autrui dans des dispositifs immersifs, le cerveau de l’apprenant ou l’apprenante simule les actions et les émotions observées, ce qui faciliterait l’acquisition de compétences (psycho)sociales et linguistiques.

Les dispositifs immersifs comme outils pédagogiques

Pour mettre en pratique ces théories, Virginie Privas-Bréauté préconise l’usage de dispositifs immersifs qui engagent l’individu sur quatre plans :

1) narratif,
2) sensorimoteur,
3) cognitif
4) psychologique.

Elle indique aux participants qu’elle propose notamment à des étudiants en anglais le théâtre et les pratiques théâtrales pour mettre le corps en mouvement et susciter des interactions sociales ou la réalité virtuelle | RV pour aider à enregistrer des nouveaux mots. Et ça marche ! C’est très convainquant à la fin d’une année universitaire lors du constat des progrès effectués par les étudiantes et les étudiants qui confirment ce mécanisme action/acquisition.

Les recherches de Virginie Privas-Bréauté montrent en effet que l’usage de casques de RV permet de simuler des environnements où l’apprenant et l’apprenante doit agir et réagir physiquement, ce qui active ses systèmes moteurs et sensoriels.

Virginie Privas-Bréauté invite aussi ses étudiants et étudiantes à faire l’expérience des jeux et autres activités créatives car, selon la recherche en sciences du langage, par exemple, les dispositifs d’apprentissage ludiques et créatifs favorisent l’engagement et l’interaction.

L’intervenante termine sa présentation en définissant l’acte d’apprendre une langue étrangère comme une expérience humaine complète qui ne peut être efficace que si elle mobilise simultanément le cerveau, le corps, les émotions et les relations sociales. Ainsi, en sortant de la passivité des classes traditionnelles pour bouger et ressentir, l’apprenant, l’apprenante transforme l’information en une connaissance vivante et durable.

 

Mots clés

Linguistique, didactique, anglais, sciences cognitives, théâtre contemporain, émotions, créativité, corps, cerveau, formation, enseignement, apprentissage.

 

Contact

Virginie Privas-Bréauté est enseignante-chercheuse en didactique de l’anglais à l’Université de Lorraine, membre du laboratoire de recherche ATILF (CNRS/UL). Linguiste et didacticienne, spécialiste du théâtre immersif et des technologies comme la réalité virtuelle ou augmentée, elle explore comment ces expériences mobilisent le corps pour enrichir l’apprentissage des langues, en s’appuyant sur les sciences cognitives, notamment les théories de la cognition incarnée dont le paradigme de l’« énaction ». Ses recherches croisent théâtre contemporain anglophone, émotions, créativité et formation des enseignants pour transformer les apprentissages en aventures sensorielles et interactives.

Virginie Privas-Bréauté | | Page perso

 

Aller plus loin

Consulter l’article Succès de la Semaine du Cerveau 2026 en Lorraine sur le site CNRS Centre-Est.
Consulter le programme lorrain de la Semaine du Cerveau.
Consulter la Semaine du Cerveau en Lorraine sur le site Echosciences Grand Est.
Lire l’entretien avec Virginie Privas-Bréauté, didacticienne (2018).
Voir le retour en images sur l’ATILF fête la science, avec Virginie Privas-Bréauté.

 

Références bibliographiques

Damasio, A. (1994). L’erreur de Descartes : L’émotion, la raison et le cerveau humain. Éditions Odile Jacob.
Damasio, A. (2002). Le Sentiment même de soi – Corps, émotions, conscience. Éditions Odile Jacob.
Immordino-Yang, M. H. (2016). Emotions, Learning and the Brain. WW Norton & Company.
Rizzolatti, G. & Sinigaglia, C. (2008). Les Neurones Miroirs. Éditions Odile Jacob.
Varela, F. (1996). Invitation aux sciences cognitives. Éditions du Seuil.
Varela, F., Thompson, E. & Rosch, E. (1993). L’inscription corporelle de l’esprit. Sciences cognitives et expérience humaine. Éditions du Seuil.

 


 

Glossaire

1 « énaction », paradigme de Francisco Varela et son équipe.
2 Qu’est-ce le finnois ? Langue parlée en Finlande. Le finnois (en finnois : suomi) est une langue finno-ougrienne, de la branche fennique de la famille des langues ouraliennes, utilisant l’alphabet latin [source : Wikipédia].
Quelle est la différence entre finnois et finlandais ? Les dictionnaires retiennent que finnois désigne la langue, tandis que finlandais est l’adjectif référant à la Finlande et à ses habitants, certains notant que l’usage de finlandais pour la langue existe aussi de facto.
3 En savoir plus sur les émotions ? Consulter l’article web de la dernière journée d’études EMO-Lang du 20/03/2026 initiée par Marie-Claire Lemarchand-Chauvin soutenue par Virginie Privas-Bréauté, toutes deux membres de l’ATILF.